Bouira à la poursuite des délinquants de la route

Virée nocturne avec les gendarmes…

DDK 21-06-2017 3684

Virée nocturne avec les gendarmes…

Lundi dernier, à quelques heures de l’Iftar et à quelques jours de l’Aïd, nous avons accompagné le commandant Bouderna Abdelmalek, de l’Escadron Territorial de Sécurité Routière (ETSR) et ses hommes, le temps d’une soirée de contrôle et de sensibilisation sur les routes de la wilaya.

«Nous sommes continuellement sur le terrain, nous veillons à la sécurité des personnes et de leurs biens. Notre mission s’appuie sur la sensibilisation des usagers», dira d’emblée le commandant de gendarmerie qui nous a reçus au niveau du groupement. Dans la cour, des officiers font le briefing et chaque élément reçoit des instructions fermes. Les motards en tête, plusieurs véhicules quittent l’enceinte du groupement pour se diriger sur le lieu du barrage.

Au cœur d’un barrage

A plus d’une heure de l’iftar, direction l’autoroute, à proximité de la gare routière de Bouira. Plusieurs véhicules de marque Toyota vert et blanc sont garés pour dresser un barrage mobile. Il faut dire qu’à quelques kilomètres de là, un véhicule banalisé doté d’un radar mobile scanne littéralement l’autoroute dans le sens Bouira-Alger. Et la route à cette heure-là est, le moins que l’on puisse dire, encombrée. Le commandant Bouderna Abdelmalek nous confie que les missions de cet escadron sont vastes et diverses : «Selon les circonstances, nous escortons les délégations étrangères, les cortèges d’ambassadeurs ou encore, comme c’était le cas la semaine dernière, les sujets du bac. De même pour les convois spéciaux transportant munitions, phosphates ou convois de fonds», explique-t-il. A peine le barrage installé, un Renault Master utilitaire est arrêté. Après vérification d’usage, un gendarme demandera au chauffeur d’ouvrir les portes arrière. A l’intérieur, il y a un scooter et plusieurs vélos de courses. Après présentation des factures et des papiers en règle, le conducteur reprendra la route. Aussitôt, la radio des gendarmes annonce l’arrivée d’un véhicule immatriculé à Bouira et dont la vitesse détectée par le radar est de 150 km/h. le véhicule sera intercepté au niveau du barrage. Le conducteur venait de Bechloul et se rendait à Alger et comptait se mettre à table à l’heure de la rupture du jeûne. «Vous avez démarré de Bechloul à 19h35 et vous comptez être à El Harrach à 20h05 ?», l’interroge le gendarme après avoir entendu ses justifications. Le conducteur sera invité à descendre de son véhicule pour un retrait de permis. «Au-delà de 150 km/h, nous dressons systématiquement un PV et c’est le procureur qui décide de sa relaxe ou de le placer en garde à vue. C’est la loi, car au-delà de 150km/h sur l’autoroute, nous considérons qu’il ne s’agit plus d’un délit mais d’un crime», nous explique le commandant Bouderna.

Cap sur la sensibilisation

La campagne de sensibilisation routière de la Gendarmerie vise à réduire le nombre de chauffards et de délinquants de la route. Et selon les dernières statistiques, cette stratégie s’avère payante. «Nous avons plus de 40 barrages mobiles sur le territoire de la wilaya de Bouira, en plus des 12 barrages fixes. Et pour ce mois de Ramadhan, comparativement à celui de l’année dernière, nous avons enregistré beaucoup moins d’accidents de circulation, soit une baisse de 42%», révèle le commandant, en estimant que la présence renforcée de l’ensemble des forces de sécurité sur les routes y est pour quelque chose. De même, l’avancement des travaux sur le tronçon autoroutier de Djebahia serait également une cause ayant contribué à la réduction du nombre d’accidents enregistré auparavant. Les conducteurs seraient plus enclins à respecter le code de la route et surtout à limiter leur vitesse, nous dit-on. «Cette dernière semaine de Ramadhan, les routes sont plus encombrées et pour cause, les familles se déplacent en nombre chaque soir pour les préparatifs de la fête de l’Aïd. D’ailleurs, nos éléments sont présents dans les marchés, aux alentours des mosquées et autres lieux fréquentés par les citoyens», dira le commandant Bouderna Abdelmalek. Interrogé sur les principales infractions enregistrées au cours du mois de Ramadhan, à l’origine des accidents de la route, notre interlocuteur affirme que la somnolence ajoutée aux excès de vitesse et au non-respect des distances de sécurité entre les véhicules sont des entorses fréquentes au code de la route. «Les automobilistes sont toujours pressés à quelques minutes de l’Adhan, et c’est pour cela que nous avons choisi cet endroit, à proximité de la gare routière de Bouira, où se trouve un resto Iftar, pour les convaincre de rester rompre le jeûne avec nous et de reprendre la route après. Il y va de leur sécurité et celle des autres usagers de la route», nous explique le commandant Bouderna. A quelques minutes de l’Adhan, la clémence est de circonstance pour les hommes en vert qui «tolèrent» quelques infractions mineures, tels les légers excès de vitesse. D’ailleurs, plusieurs automobilistes l’auront constaté d’eux-mêmes. Contrôlés à 123 ou 125 km/h, des automobilistes se verront houspillés avant de reprendre leurs permis et d’être invités à rompre le jeûne au resto Iftar d’à côté. C’est le cas de ce sexagénaire qui dira qu’il est «généralement prudent sur la route», contrairement à de «jeunes inconscients qui conduisent comme des malades». Pas moins de 20 retraits de permis seront effectués en à peine une heure de temps et pour la même infraction : l’excès de vitesse !

Le wali en guest-star dans un resto Iftar

Une importante délégation menée par le wali de Bouira était justement attendue au niveau de ce resto Iftar et c’est en compagnie du P/APW et des autorités civiles et militaire que M. Mouloud Cherifi a pris place au milieu des quelque 700 convives dont plusieurs familles. La plupart étaient des automobilistes de passage ravis de trouver cet endroit sécurisé pour rompre le jeûne sur cette portion d’autoroute. Un repas qui s’est déroulé dans une ambiance bon enfant et qui a réjoui les officiels qui ont, le temps d’une soirée, partagé un moment de convivialité exceptionnelle. Une solidarité émouvante pour le wali qui réagira en remerciant ouvertement l’ensemble des jeunes bénévoles assurant le service : «Vous faites quelque chose de formidable…Vous laissez vos familles pour venir donner un coup de main ici, c’est vraiment un immense plaisir de voir votre abnégation et votre dévouement. Je salue votre humanité», leur dira M. Cherifi. Il est vrai que les bénévoles ont été à la hauteur, servant les plats, débarrassant et nettoyant les tables au fur et à mesure que les convives sortaient de table pour laisser place aux autres. Les bénévoles profiteront de la présence des officiels pour demander à ce que la wilaya leur offre un chapiteau afin de l’installer chaque année en ces lieux, en pareille circonstance. Le wali invitera le P/APW à prendre des dispositions pour étudier la possibilité de la chose.

Le jeûne rompu, ça repart !

Une fois le jeûne rompu, c’est l’œil alerte que les gendarmes remontent dans leurs véhicules. A leur tête, le capitaine Ali Boudjnifa est en charge de la compagnie territoriale de Bouira. Avec ses hommes, ils veillent au grain, chaque jour, chaque nuit en différents endroits. «Nous combattons le crime organisé, assurons la sécurité des citoyens et sensibilisons les automobilistes notamment en cette période de Ramadhan. Ce sont la quelques actions de notre plan en plus d’assurer les patrouilles nocturnes à travers le réseau routier de la wilaya de Bouira», nous expliquera cet officier de retour sur les lieux du barrage installé pour la circonstance. Là encore, et même si les estomacs sont pleins, les réflexes des automobilistes ne sont pas encore au rendez-vous. «Lorsque vous êtes en faction dans un barrage, vous devez regarder avec attention le véhicule et le conducteur. Les pneus peuvent vous renseigner sur une éventuelle marchandise lourde transportée dans le véhicule. Un phare ou un clignotant défaillant est également un indice qui peut être sujet à une amende et les véhicules après contrôle sont fouillés», déclare notre interlocuteur qui malgré sa disponibilité ne quitte pas ses hommes des yeux et veille à avoir une visibilité complète sur l’ensemble du barrage. Plusieurs contraventions seront également dressées avant que la voiture banalisée ne rejoigne le barrage. Fin de mission pour cet endroit mais le barrage sera érigé plus loin sur une autre portion de l’autoroute. Pendant ce temps, le capitaine Boudjenifa reçoit un message sur son talkie-walkie. Un véhicule en panne est signalé sur l’autoroute de l’autre côté en direction de l’axe Bouira-Béjaïa. Les véhicules de patrouille allument leurs gyrophares et se rendent au lieu indiqué. Sur place, un véhicule est immobilisé et deux jeunes sont à bord. Après avoir vérifié les papiers des occupants et ceux du véhicule, des gendarmes procèdent à la fouille du coffre arrière. Rien de suspect. Les gendarmes appellent alors une dépanneuse pour remorquer le véhicule en panne. Les deux jeunes sont soulagés et le font savoir en remerciant les hommes en vert. Pas le temps de s’attarder toutefois, un autre appel signale un véhicule suspect garé sur la RN05 à quelques mètres de la bretelle de l’autoroute. Sur place, les gendarmes font preuve de méfiance, en abordant le véhicule. Les jeunes qui s’y trouvent semblent agités et c’est tout naturellement que les éléments de la compagnie territoriale procèdent aux vérifications d’usage et à la fouille des individus. Rien de grave apparemment, juste des personnes qui voulaient se défouler mais dont le véhicule garé sur la chaussée aurait pu provoquer un accident en cet endroit faisant jonction entre l’autoroute et la RN05. La nuit s’achève et les gendarmes eux vont se reposer, mais d’autres reprennent la relève pour assurer la sécurité des citoyens. «Le numéro 1055 et le site Tariki.dz eux ne dorment jamais», conclut le capitaine Boudjenifa qui remonte dans son 4X4 pour reprendre un énième appel sollicitant l’intervention des hommes en vert.

Hafidh Bessaoudi.

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