Le projet de la loi de finances pour l’année 2006, qui vient d’être adopté par le conseil, des ministres, confirme les mesures prises par le président de la République destinées à rattraper les retards en matière de développement économique et social. Ces mesures prises dans le cadre du plan de soutien à la croissance économique doté d’une enveloppe de 55 milliards de dollars visent, « à créer de l’emploi par l’encouragement de l’investissement productif, à augmenter le parc logement avec un million d’unités en cinq ans, à améliorer les prestations des services publics (santé, AEP, assainissement, formation et éducation) et à renforcer les infrastructures et équipements publics structurants (routes, chemins de fer, électrification, grands ouvrages hydrauliques) ». Une partie des dépenses liées à la mise en œuvre de ce plan est déjà prise en charge par la loi de finances complémentaire de 2005 dont le projet d’ordonnance a été adoptée par l’APN mardi dernier. Le budget de la loi complémentaire s’élève à 1157,5 milliards de dinars. Une grande partie de ce montant constituera les dépenses liées à l’équipement qui se trouvent ainsi haussées de 41% par rapport à la loi de finances 2005 primitive (elle passent de 750 à 1057,27 milliards de dinars), tandis que les dépenses de fonctionnement passent de 1200 à 1255,27 milliards de dinars, soit une augmentation de 4,61%. Les secteurs prioritaires visés par la loi complémentaire sont les transports et les travaux publics (37%), l’agriculture, l’hydraulique (20%) et l’habitat et l’amélioration du cadre de vie (17%). Le secteur de la formation et de l’éducation est doté de 10% du total de l’enveloppe financière. Notons que pour tous secteurs confondus, les trois wilayas de la Kabylie (Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira) bénéficient de quelque 140 milliards de dinars. Il va sans dire que sans les projets structurants soutenus par l’Etat (particulièrement les réseaux routiers et ferroviaires l’électrification et l’hydraulique), tout espoir d’investissement national ou étranger deviendra vain. A cela s’ajoute le problème du foncier destiné à l’industrie ou à la promotion immobilière. Une partie de cet épineux dossier vient d’être prise en charge par la loi de finances 2006 en permettant la transaction de gré à gré, avec les domaines pour les terrains dont auront besoin les promoteurs immobiliers. Il est vrai que le plan de soutien à la croissance étalé sur une période de cinq ans a soulevé des interrogations et des observations de la part de centaines de spécialistes, qui jugent qu’il doit être précédé d’études sérieuses et de réformes bancaires. L’ancien ministre des Finances, Benachenhou, doute de la capacité des entreprises algériennes à pouvoir prendre en charge un tel programme. Le président Bouteflika lui-même, a eu à lancer en direct à la télévision des responsable de projets au sujet du rythme de travail et de la procédure de passation de marché. Les soucis du Président rejoignant les observations que la Banque mondiale a insérée dans son rapport d’évaluation à mi-parcours de la stratégie de coopération. La Bird tient à s’assurer que le plan de soutien à la croissance bénéficie réellement des outils administratifs et juridiques appropriés qui éviteraient l’alimentation du réseau de corruption et de la bureaucratie. Dans ce rapport élaboré au début du mois de septembre passé, la banque mondiale estime que « les perspectives économiques de l’Algérie pour 2005 et 2006 sont favorables sur tous les fronts. Mais la persistance du chômage élevé, un manque récurrent d’eau dans beaucoup de villes et une grave crise de logement, s’ils ne sont rapidement réglés, pourront devenir des facteurs de mécontentement social ». Tout en notant que le taux de pauvreté a baissé de 14/,1 % à 12,1% entre 1995 et 2000, la Banque mondiale avertit que les besoins essentiels de la population sont immenses. Il est incontestable que sur le plan micro-économique, l’Algérie a obtenu des indicateurs flatteurs, taux d’inflation réduit à 3 ou 4%, croissance du PIB qui a atteint 6,8% en 2004, une diminution des taux d’intérêt et même une baisse de chômage de 30% au début des années 1990, le taux de chômage est descendu à 17% et même 13% selon les dernières estimations. Cependant, les économistes estiment qu’une véritable politique de l’emploi qui réduirait le chômage à moins de 10% et qui assurerait la cohésion du corps social, est tributaire d’un taux de croissance de 8% au minimum et qui s’étalerait sur plusieurs années. Au-delà des chiffres fournis par les institutions nationales et internationales, la misère sociale qui s’affiche dans les rues et venelles de l’Algérie, suffit pour appréhender sérieusement les phénomènes de la pauvreté et du chômage en Algérie, le désarroi des familles à faire face aux dépenses générées par le mois de Ramadhan, juste après la saignée de la rentrée scolaire, sont des indices qui ne demandent aucun commentaire. Après le retour de la sécurité et le repeuplement des villages désertés pendant la décennie du terrorisme, la société et l’économie algériennes ont à relever le défi de l’emploi, de la croissance et de la compétition imposé par le processus de mondialisation. Et c’est pourquoi l’aisance financière dont jouit le pays, les recettes pétrolières qui vont dépasser 40 milliards de dollars à la fin 2005, est mise à profit par le gouvernement pour rattraper les retards en matière de développement et assurer une mise à niveau à nos entreprises pour faire face à la concurrence. Le profit de la loi de finances 2006 confirme bien cette volonté de l’Etat déjà affichée dans la loi complémentaire de 2005.
Amar Naït Messaoud
