Par Amar Naït Messaoud | 20 Octobre 2012 | 287 lecture(s)

La place de l’Université dans l’échiquier social et économique

Par-delà les chiffres et les satisfecits

Avec près d’un million et demi d’étudiants, l’université algérienne révèle chaque année de nouvelles facettes de sa complexité, marquées toutes du sceau de la ‘’démocratisation’’ d’accès aux études supérieures entamée dès le milieu des années soixante-dix du siècle dernier. Le constat, aujourd’hui, est que cette vision politique s’apparente inévitablement à une massification problématique qui est loin de rendre service ni aux diplômés ni à l’économie du pays. Les taux de réussite au baccalauréat ne cessent, à quelques rares exceptions, de grimper chaque année, sans que l’on soit rassuré sur la validité des notes obtenues et sur la manière dont elles sont obtenues. Aucune étude docimologique n’a été entreprise pour faire correspondre les épreuves de l’examen du baccalauréat au niveau d’accès aux études universitaires. Pire, la fameuse ataba algérienne (seuil fixé par le ministère de l’Éducation correspondant au nombre de leçons à réviser pour l’examen) ravale piteusement le niveau de terminale et envoie des masses d’étudiants à l’université qui n’ont aucune préparation particulière pour affronter le niveau de graduation. À chaque rentrée universitaire, c’est toujours le même branle-bas de combat pour mener à bien les procédures d’intendance et de logistique (acquisition d’une chambre à la cité U, problème de transport, pièces administratives pour la bourse, …). Cela vient, bien entendu, après le parcours ‘’épique’’ des inscriptions, des confirmations et des transferts.  Toutes ces formalités administratives lourdes, dues à plusieurs facteurs (population universitaire en croissance exponentielle, manque d’infrastructures, des choix problématiques en matière de profils,…) font presque oublier la mission première de l’université qui justifie même son existence : l’enseignement et la formation. Les désagréments de ces formalités, la place exagérée qu’elles prennent dans les occupations quotidiennes du ministère de l’Enseignement supérieur et dans les colonnes de journaux, donnent la nette impression que c’est là une fin en soi. C’est d’ailleurs dans ce jeu trompeur que tombent souvent les autorités en charge du secteur, en s’employant à défendre becs et ongles leurs réalisations (infrastructures et équipements, nombre d’étudiants reçus dans une filière,…). Visiblement, la logique sèche des chiffres risque de ‘’faire avaler des couleuvres’’ à ceux qui se contenteraient de prendre note des bilans, des satisfécits et des autocongratulations. L’on sait pourtant que, depuis maintenant plusieurs années, l’université algérienne s’est fait plus remarquer par ses agitations internes (grèves, sit-in,…), qui ont eu des débordements au-delà même des franchises universitaires, que par une quelque avancée technique ou pédagogique qui mériterait une halte ou une médiatisation. À quelques exceptions près, le monde de la recherche s’est recroquevillé sur des candidatures à des subventions sans un prolongement qui mérité d’être cité dans la sphère de la production industrielle ou d’un autre secteur de l’économie.  Le nombre de diplômés universitaires chômeurs ne cesse d’augmenter chaque année, avec un rythme moyens de 250 000 de primo-demandeurs d’emplois/an. Le dispositif de pré-emploi a largement montré ses limites ; avec un salaire minable et des horizons d’insertion peu certains, les cadres concernés continuent à ronger leur frein et à se déconsidérer psychologiquement, après avoir ‘’largué’’ une grande partie des acquisitions théoriques de l’université.  Dans un contexte aussi morose et manifestement médiocre, est-il réellement surprenant d’apprendre la peu enviable place réservée à l’université algérienne par les classements qui se font à l’échelle mondiale ? Sur les 500 meilleures universités recensées en août 2012 par le TOP 50 de Shanghai, l’Algérie ne figure même pas. Dans ce panel, les institutions universitaires les mieux notées sont celles des États-Unis, de la Grande Bretagne et de la Suisse (150 universités américaines y sont citées, dont 17 figurent parmi les vingt premières places). Des responsables universitaires algériens ont essayé de ‘’nuancer’’ ou, parfois, de remettre en cause le classement ainsi effectué. Mais, malheureusement, cela ne réhabilite en rien l’institution universitaire algérienne tant qu’elle reste loin de ses missions premières, celles que justifie la recherche du développement du pays dans tous ses aspects. Une université budgétivore  qui peine à jouer son rôle de moteur de développement de la société et qui trouve mille difficultés à se placer dans la logique économique qui anime les institutions universitaires de par le monde. 

Amar Naït Messaoud

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