Par Boualem Slimani | 4 Mars 2013 | 4238 lecture(s)

Entretien Kessi Khelaf, maire de Tala Hamza

“L’absence du foncier nous bloque”

L’un des grands problèmes auxquels fait face la nouvelle assemblée communale de Tala Hamza et qui freine son développement est sans conteste le manque du foncier pouvant recevoir des projets publics. Dans cet entretien, le maire, Kessi Khelaf, élu sur la liste FFS, visiblement optimiste, parle des projets déjà inscrits et qu’il prévoit de lancer prochainement au profit des douze localités que compte cette commune de 11 000 habitants. Il parle également des démarches que compte entreprendre l’assemblée pour résoudre le casse-tête du foncier. La décharge communale fermée depuis plus d’une année est également évoquée.

La Dépêche de Kabylie : Dernièrement, les citoyens de votre commune ont protesté contre l’augmentation des tarifs de transport. Est-ce que le problème est réglé ?

M. Kessi Khelaf : Effectivement, il y avait un problème entre les citoyens et les transporteurs suite à l’augmentation du prix du ticket de 5 DA. Les transporteurs ont même arrêté de travailler pour un temps, mais nous avons réglé ce problème. J’ai organisé une réunion avec le directeur du transport en présence de quelques habitants de Tala Hamza et je me suis réuni aussi avec les transporteurs et leurs syndicats. A l’issue de ces réunions de travail, nous avons trouvé un terrain d’entente. Des inspecteurs de la direction du transport, en compagnie d’un transporteur et d’un élu de l’APC, sont sortis sur le terrain pour mesurer le kilométrage et fixer les tarifs. Donc, de Béjaïa jusqu’au siège de l’APC de Tala Hamza le prix est de 15 DA et au-delà de cette distance le tarif est fixé à 20 DA. En outre, nous avons placé des panneaux d’arrêt pour les transporteurs de transit, c’est-à-dire ceux qui assurent les dessertes Béjaïa vers Amizour et Barbacha. Aussi, nous avons pris l’engagement avec les transporteurs de la commune de se réunir une fois, chaque fin de mois, pour améliorer le service et régler d’éventuels problèmes. Par ailleurs, nous venons de régler le problème du transport de nos lycéens qui suivent leurs études au lycée Ibn Sina. Avant, les bus qui les transportaient s’arrêtaient au niveau de l’ancienne gare, qui est un endroit peu sécurisé. Nous avons sollicité la direction du transport pour nous accorder l’autorisation d’accéder à la haute ville et ça a été réglé. Actuellement, le transport scolaire se fait normalement.

Qu’en est-il du problème de la décharge communale, qui demeure fermée depuis plus d’une année maintenant ?

Ce problème nous préoccupe beaucoup. On a fermé une seule décharge et on se retrouve maintenant avec une cinquantaine de décharges sauvages sur le territoire de la commune. Les habitants qui ont procédé à la fermeture de cette décharge, sise à proximité du stade municipal, justifient leur démarche par la menace que représente cette décharge sur la santé publique et l’environnement, en plus des odeurs nauséabondes qui s’en dégagent. Autrefois, un terrain a été choisi dans la localité Aït Amar Ouyoub pour la délocalisation de cette décharge. Il y eut l’approbation de la direction de l’Environnement, mais une partie de la population s’y est opposée, réclamant la propriété sur ce terrain. A notre arrivée à l’APC, nous avons rouvert ce dossier. J’ai demandé au P/APC de Béjaïa une dérogation pour transporter nos ordures ménagères vers la décharge de Boulimat, mais il a refusé. Le wali est au courant de ce problème, nous lui demandons de nous faire une dérogation pour l’utilisation soit de la décharge communale d’Amizour soit de celle de Tichy, en attendant l’ouverture du CET de Sidi Boudrahem. Actuellement, les ordures sont déversées un peu partout sur le territoire de la commune. Je fais appel au civisme des citoyens pour au moins choisir un seul endroit dans chaque village qui servira de dépotoir.

Parlons du développement local dans votre commune. Quelles sont les opérations que vous avez inscrites dans les PCD 2013 ?

Nous avons bénéficié d’une enveloppe de 2,1 milliards de centimes au titre des PCD 2013. C’est très peu pour amorcer un vrai développement local dans une commune au relief accidenté, qui compte 12 villages et plus de 11 000 habitants. Nous avons procédé à la répartition de ce budget par ordre de priorité. Nous avons inscrit une opération à plus de 3 millions DA pour la réalisation d’un réseau d’assainissement au lieu dit Nator. Ce projet comprendra l’ouverture de tranchés, l’installation de buses et la réalisation de regards. Concernant l’aménagement des routes et des voies, nous avons inscrit trois opérations pour un montant qui avoisine les 14 millions DA. Il s’agit de l’aménagement en béton bitumineux de la voie reliant la RN 75 au village Aït Hamouda (5 350 000 DA), le bétonnage des voies Aït T’sana et Bousseltane (2 900 000 DA), ainsi que le renforcement de la voie Aït Hamouda en fossé bétonné pour un budget de 6 millions DA. En outre, nous avons prévu le bétonnage des accotements des voies sur un linéaire de 4 000 mètres pour un montant de 3 690 000 DA. A cela s’ajoutent d’autres opérations d’aménagement urbain, tels l’éclairage public à Aït T’sana, Aberouak et Bousseltane ainsi que la réalisation d’abribus en béton armé avec toit en tuiles dans les différentes localités de la commune. Nous avons essayé de répartir cet argent des PCD d’une manière équitable en procédant par ordre de priorité. Il y a d’autres opérations que nous ne pouvons pas prendre en charge dans le cadre des PCD et que nous prévoyons d’inscrire dans le sectoriel.

En quoi consistent ces projets ?

Nous envisageons de lancer une grande opération d’aménagement urbain au village Aït Amar Ouyoub, qui a connu un exode de sa population vers d’autres régions à cause de l’absence de commodités essentielles pour une vie décente. Nous demanderons un budget dans le cadre du sectoriel pour revêtir le chemin principal donnant accès à cette localité, installer l’éclairage public et assurer l’alimentation des foyers en électricité pour que les habitants puissent y revenir et s’y installer. Nous prendrons également en charge, dans le cadre du sectoriel, l’alimentation en eau potable du village Aït Bouzid. Actuellement, les habitants de cette bourgade continuent de s’approvisionner en eau potable au niveau des fontaines, durant l’hiver, alors qu’en été, c’est l’APC qui leur apporte l’eau en citerne. Le troisième projet à inscrire concernera l’aménagement de la route qui relie Aboudaou au village Ighil Ouberouak. Enfin, nous demanderons l’accélération du projet du raccordement en gaz naturel qui est pris en charge par la direction des Mines et de l’Energie de Béjaïa. Actuellement, le taux de pénétration à Tala Hamza avoisine les 45 %.

Cela fait longtemps que la commune de Tala Hamza n’a pas bénéficié de programme de réalisation de logements sociaux. Pourquoi ?

Si notre commune n’a pas bénéficié de logements sociaux, c’est à cause de l’absence de terrains susceptibles d’abriter ces logements. Nous faisons face à un grand problème de foncier. D’ailleurs, nous comptons faire une demande aux autorités compétentes pour déclasser la zone forestière au niveau de notre municipalité. En effet, si la zone forestière devenait des terrains domaniaux, nous procèderions à l’ouverture de pistes et à des travaux de terrassement pour y construire des logements. Je pense que c’est l’une des solutions probantes à même de résoudre ce problème du foncier. Toutefois, ce problème est compensé par le programme du FONAL (aide à l’habitat rural) qui marche bien à Tala Hamza. D’ailleurs, presque tous les dossiers en instance ont été réglés.

Quelle part réservez-vous aux jeunes dans votre programme ?

La commune possède une maison de jeunes qui a été réalisée il y a maintenant plus de dix ans, mais elle est restée fermée car non opérationnelle, faute d’un personnel adéquat pour assurer son bon fonctionnement. Donc, nous demanderons à la Direction de la jeunesse et du sport de Béjaïa d’affecter un animateur pour gérer cette structure. En outre, nous avons le siège de la garde communale que je propose de transformer en maison de culture. Bien sûr, ce n’est là qu’une idée personnelle que je dois soumettre à l’assemblée. Concernant le sport, nous allons réhabiliter le stade communal auquel la DJS a retiré l’homologation. Nous procèderons, en premier, à la réfaction du terrain en tuf et à la clôture du stade en grillage. Ensuite, nous restaurerons les vestiaires du stade qui se trouvent dans un état lamentable. Sans oublier que nous avons promis aux jeunes de réactiver la salle communale.

Bien que vous n’ayez pas obtenu une majorité absolue aux dernières élections, vous avez comme même pu installer votre exécutif…

L’ensemble des élus s’est mis d’accord pour mettre tout en œuvre afin de faire sortir notre commune de son marasme. Je suis entouré d’une équipe qualifiée, composée, entre autres, de comptables et d’avocats. D’ailleurs, je lance un appel à toute la population de Tala Hamza, y compris les notables et les cadres de la commune pour s’impliquer dans la gestion de l’APC. C’était ma promesse durant la campagne. Il faut que tout le monde y participe, les portes sont ouvertes. Je demande juste à la population de ne pas s’impatienter, car nous sommes nouvellement installés et nous n’avons pas encore ouvert tous les dossiers. J’invite aussi tous les habitants de tous les villages à se constituer en associations pour que nous puissions les consulter sur notre travail et nos décisions et pour que tout se fasse dans la transparence la plus totale.

Entretien réalisé par Boualem Slimani

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