Par DDK | 7 Mai 2016 | 2021 lecture(s)

Tizi-Ouzou Gestion et fonctionnement de l’université Mouloud Mammeri

Les syndicats enfoncent le clou

Poursuivant ses travaux en vue de la session extraordinaire prévue pour le 16 mai prochain, la commission éducation et enseignement supérieur a reçu, mercredi dernier à l’hémicycle Rabah Aissat, les représentants des syndicats du supérieur.

Le CNES, Le SNAPAP et le CLE n’ont pas raté l’occasion de révéler des pratiques non moins scandalisantes qui, selon eux, visent depuis des décennies à mettre à mort l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Un plan machiavélique y a été concocté pour la régression et la descente aux enfers de l’université. Intervenant en premier, les membres de la commission de l’APW ont dit d’une seule voix : «Nous connaissons parfaitement la crise dont se noie l’université de Tizi-Ouzou, puisque nous avons été interpellés et avons aussi mené des visites inopinées au niveau des cités, des campus et des résidences. Nous avons également reçu ici même les directeurs des œuvres sociales et le nouveau recteur de l’UMMTO. Il est donc important pour nous de vous recevoir, d’écouter votre analyse et d’entendre vos préoccupations et vos suggestions de sortie de crise. Notre souhait est de contribuer par tous les moyens possibles et surtout par le dialogue à rendre à l’UMMTO son lustre d’antan et son rayonnement scientifique, culturel et cognitif. Les syndicats sont des partenaires incontournables tout autant que les DOU, le recteur et tous les responsables, sans oublier les étudiants qui sont d’ailleurs le centre d’intérêt. L’avenir de l’UMMTO est relié à l’avenir du développement de notre wilaya, voire de toute l’Algérie, c’est pourquoi il faut tout mettre en marche pour retrouver la stabilité qui permettra à l’université de jouer son rôle naturel, loin de toutes les considérations». Le représentant du CNES a exprimé le souhait de travailler avec l’APW, en disant : «la communauté universitaire est sensée être la préoccupation des élus. Nous souhaitons que le travail collégial entre l’université et l’APW devienne une tradition durable».

«Les problèmes sont immenses»

Poursuivant son intervention, le représentant du CNES, dans un discours fleuve, a énuméré plusieurs manquements : «pour parler de l’UMMTO, il faut parler aussi de son environnement, de son histoire et des événements qu’elle a connus depuis des années. Par le dialogue, nous pouvons traverser cette crise multiforme. Depuis 2009, nous n’avons pas protesté, au lieu de prendre en charge le redressement de l’université, il ya eu un laisser-aller généralisé. Le pourrissement a engendré maintenant un bras de fer imposé. Il aurait fallu débattre bien avant pour ne pas arriver à cette situation. Comme chez nous, il n’y a que la pression qui fait avancer les choses et bien, nous en sommes dedans. Il est primordial de changer les mentalités et les idées reçus et créer un environnement favorable. Pourquoi laisse-t-on la situation s’envenimer pour réagir ? Le constat est connu de tous. Le drame imposé à notre université n’est un secret pour personne. Les problèmes sont immenses. Ce n’est pas avec le changement d’un seul homme que la situation va s’améliorer, d’ailleurs jusqu’à présent, nous n’avons enregistré aucun geste d’apaisement. Nous ne constatons même pas les soins d’urgence pour sortir l’université de la crise. Certains responsables de cette situation qui sont là depuis 2001, ne sont pas inquiétés, ils continuent d’appliquer leur plan de déstabilisation et de mener leur plan vers plus de régression et de chaos. C’est la mise à mort de l’UMMTO programmée depuis des décennies qui se poursuit. Ce même nouveau recteur a été lui-même malmené et chassé lorsqu’il était doyen par ceux là même dont il est responsable aujourd’hui. Ceux qui ont ruiné l’UMMTO sont tous des anciens de cette université. Sa gestion et sa planification se font toujours par les mêmes personnes. Il faut changer toute l’équipe».

«Des promotions pour services rendus»

Le représentant du comité local des étudiants poursuivra dans le même sillage : «Il y a un procédé diabolique orchestré pour mettre à genou notre université. Mais, nous n’abdiquerons pas. À commencer par la dernière visite du ministre où les véritables représentants des étudiants ont été empêchés de rencontrer le ministre, car ils ont peur que ce dernier ne sache la vérité. Lorsque des étudiants sont promus par les responsables pour service rendu, on est en droit de nous poser des questions. Notre université s’implose. Les passe-droits sont légion, les étudiants sont opposés systématiquement les uns contre les autres pour bloquer toute revendication légitime. Les agressions, le délestage par les dealers dans l’enceinte même de l’université sont monnaie courante. Ces gens sortis d’un autre âge sont recrutés par des manières que tout le monde connait et avec la bénédiction des responsables concernés qui institutionnalisent donc la violence. Cela bien sûr dans l’optique d’empêcher les étudiants de se réunir, de se concerter et de débattre. Un véritable frein à main à toutes les bonnes initiatives des étudiants. De véritables CAID sont recrutés pour nous museler. Il faut voir le profil d’ouvriers recrutés que ce soit dans le gardiennage ou dans le transport. De toutes les manières, les étudiants sont déterminés à résister et ne feront aucune concession pour permettre aux malintentionnés d’atteindre leurs objectifs malsains et malveillants. L’UMMTO se relèvera pour être de nouveau un espace de rayonnement sous toutes ses formes, de tolérance et de démocratie. Nous sommes les gardiens du temple quitte à subir le harcèlement et la violence des chasseurs de lumières de tous bords». Le représentant des étudiants n’a pas manqué de signaler plusieurs anomalies, sinon la dilapidation des bien des étudiants : «Quand quelqu’un achète 1 000 DA de tickets, il faut se poser des questions. À bastos, à titre d’exemple, le nombre d’étudiants est de 17 000 et il n’y a qu’un seul resto. Pourra-t-on vraiment servir 17 000 repas entre 11 heures et 13 heures ? Et là une question s’impose : où va toute cette nourriture. Il faut consulter les registres de comptabilité. La ration prévue par étudiant en viande à titre illustratif est de 150 grammes et le yaourt est de 125 gr mais allez voir ce que l’on nous sert, lorsqu’on nous le sert ? Il faut consulter les cahiers des charges et comparer avec le service. Cela uniquement pour parler de quantité, concernant la qualité, il y a de quoi parler pendant des heures. Nos droits sont bafoués». L’intervenant parlera aussi de plusieurs pratiques du moins intolérables. La pratique sportive et culturelle est au point mort. L’absence de stade, de salle de sport, l’indisponibilité de sono et de transport sont des freins mis en place pour empêcher les étudiants de se réunir et de débattre. «Tout passe par la Maison de la culture Mouloud Mammeri», ironisera l’orateur.

«Basta à l’arbitraire et à la dictature»

Le représentant du SNAPAP n’ira pas par 36 chemins pour demander le départ des responsables de ce chaos : «ce qui ont à charge la planification et la gestion des affaires de l’UMMTO sont là depuis 17 ans, ils sont responsables de ce chaos, nous leur demandons de partir. Il faut un changement radical car on ne fait pas du neuf avec du vieux. Quand on n’hésite pas à valider un module à 3 semaines, c’est dangereux. Quand on instrumentalise des étudiants pour garantir sa pérennité au niveau du poste de responsabilité, il y a problème. Un faux syndicat avec en plus un cachet rond a été créé pour faire barrage à toutes les démarches venant de la communauté universitaire soucieuse de l’avenir et du bon fonctionnement de l’université, il y a forcement disfonctionnement. Notre université est en état de siège puisqu’elle est gérée par communiqués. Le siège de notre syndicat est occupé illégalement par ce faux syndicat qui ne possède pas d’agrément mais qui dispose d’un cachet rond. Qui est derrière la confection de ce cachet ? Notre université est dans un bourbier, nous exhortons les responsables de wilaya, les élus et le ministre à procéder rapidement à son assainissement. Il faut revenir aux pratiques légales et mettre un terme aux nominations aléatoires que l’on finit toujours par mettre dehors car on découvre enfin leur incompétence. Les responsables doivent être élus par leurs paires. Quand SAFUM, il faut changer de moteur», une allusion faite au syndicat des fonctionnaires de l’université Mouloud Mammeri. Signalons qu’un des étudiants présents à la rencontre fera des déclarations incroyables : «Ce matin, nous sommes arrivés à 11 heures, c'est-à-dire en retard, mais pourquoi ? Sachez que déjà, dès le matin, il n’y a aucune goutte d’eau dans notre cité. Pire encore, nous avons été interceptés par un groupe «d’ouvriers intimidateurs» qui n’ont pas manqué de nous menacer de représailles si on disait nos vérités lors de cette réunion». Le jeune étudiant fera des révélations à déchirer les tympans : «il faut vite diligenter une enquête ministérielle pour tirer au clair les faits et mettre un terme à ces pratiques de l’âge de la pierre taillée», demandera-t-il. Vers la fin des débats, un intervenant parmi les syndicalistes a averti : «à l’université Mouloud Mammeri comme à la JSK qui sont des tours de contrôle, certains veulent leur faire jouer un rôle qui n’est et ne sera le leur. Aucune concession ne sera faite dans ce sens. Halte à la gabegie. Il faut nous débarrasser des mauvais gestionnaires qui flirtent avec certains cercles voulant mettre nos tours à genou». Signalons que la rencontre a duré jusqu’en fin de l’après-midi. Des disfonctionnements tous azimuts ont été signalés et seront dévoilés en plénière le jour de l’assemblée extraordinaire programmée pour le 16 mai prochain devant les élus, tous les responsables concernés et la presse nationale. Une session des plus chaudes s’annonce.

Hocine T.

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