Par DDK | 13 Mars 2018 | 948 lecture(s)

HAïZER Il y a 61 ans, la bataille d’Ath Houari...

Izemouren rend hommage aux victimes

Le village Izemouren, sis à 5 km au nord du chef-lieu communal de Haïzer, a commémoré, hier, le 61e anniversaire de la bataille d'Ath Houari ayant eu lieu le 12 mars 1957.

Communément appelée «La bataille d’Izemouren», celle-ci a eu lieu sur les hauteurs du village, au piedmont du Djurdjura. Hier matin, il y avait foule dans l’enceinte du monument érigé à la mémoire de 37 martyrs qui sont tombés au champ d’honneur lors de cette bataille, après avoir résisté aux parachutistes de l’armée coloniale. Des portraits de ces martyrs ont fait l’objet d’une exposition installée sur la placette du village. Une conférence sur cet événement historique a également été animée par des témoins, des rescapés, et certains membres des familles des chouhada, ainsi que des moudjahidine ayant vécu cette mémorable journée. L’après-midi du 11 mars 1957, un capitaine de l'armée française, informé par des harkis, mobilisa près de 200 soldats pour encercler le village d’Izemouren, relevant de la zone 4 de la wilaya III historique. Plus de 75 maquisards avaient trouvé refuge en ces lieux cette nuit-là. Le lendemain matin, dès l’aube, les soldats français ont appelé en renfort des avions et des canons pour bombarder le village au napalm et au mortier. 27 maquisards sont tombés au champ d'honneur ainsi qu’une dizaine de victimes civiles, alors que l'armée coloniale, même si elle nie toujours avoir subi des pertes, enregistra la mort de 43 soldats dans ses rangs, dont deux capitaines. Pour M. Rachid Hadjoudj, président de l’association «Izemouren», il s’agit aujourd’hui de faire connaître ce pan de l’histoire algérienne aux générations futures, en rendant un vibrant hommage aux glorieux chouhada. Le P/APW de Bouira, M. Boutata Ahmed, présent à la commémoration, a tenu à rendre un vibrant hommage aux valeureux martyrs qui se sont sacrifiés lors de cette bataille. «Nous devons raconter ce qui s'est réellement passé, afin que la nouvelle génération sache que l'indépendance de l'Algérie ne nous a pas été donnée, mais qu’elle fut arrachée au prix du sang de nos glorieux martyrs», dira-t-il.

Le rescapé Mazouz Mansour témoigne...

M. Mazouz Mansour était âgé d’une dizaine d’années lorsque eut lieu la bataille d’Izemouren. Malgré ses 85 ans, ses souvenirs demeurent intacts. De même pour son frère cadet qui a vécu à ses cotés cette terrible bataille : «Notre maison familiale servait de refuge aux éléments de l’ALN et j’ai été contacté par Si Antar, un maquisard de la région, pour leur apporter des vivres au maquis, car notre demeure était sous surveillance. J’ai pris des bêtes de sommes, chargées de vivres, pour les emmener à l’endroit indiqué. En passant devant la maison d’un homme du village, aujourd’hui décédé, celui-ci m’a déconseillé de faire le trajet en me disant que notre maison était déjà surveillée par l’armée française. Je lui ai dit que j’avais été chargé de cette mission et que je devais la mener à bien. Il s’est proposé de le faire à ma place et je suis rentré chez moi. Au cours de l’après-midi, j’ai vu les moudjahidine se rendre au lieu où ils devaient retrouver le stock de nourriture, ils étaient plus de soixante-dix et je voulais absolument leur parler car c’étaient des héros. Je les ai suivis, puis accompagnés. Et pendant plus de deux heures je suis resté avec eux. Si Antar m’a alors demandé de faire le guet pendant qu’ils se restauraient et se reposaient. J’étais au sommet de la colline, avec le défunt Boutrane Mouloud, et mon frère était en contrebas pour épier d’éventuels mouvements suspects. Jusqu’à l’aube nous avons veillé sur eux avant qu’ils ne repartent vers les maquis. Mon frère cadet est rentré à la maison pour se reposer, mais moi je voulais encore les accompagner. Sur le trajet, les moudjahidine ont vite repéré des mouvements suspects entre les figuiers. C’était des parachutistes français qui étaient en embuscade. Les moudjahidine se sont dispersés en remontant sur la colline et moi je suis rentré dans notre maison qui se trouvait non loin de là. J’ai immédiatement réveillé mes frères qui étaient endormis et des échanges de tirs se sont fait entendre. Nous avons fui vers la plaine et regardions la scène de l’accrochage. Des avions ont été dépêchés sur les lieux et ils ont commencé à tirer au napalm sur la zone et sur les maisons environnantes. Tout était en flammes, je me rappelle. Ce n’est qu’au crépuscule que les camions militaires ont commencé à redescendre vers Haizer et nous ignorions le sort réservé aux moudjahidine. J’ai demandé à l’un de mes amis de m’accompagner pour aller sur les lieux. Nous sommes montés et là c’est un triste spectacle qui s’est offert à nos yeux. Des flammes brulaient encore dans l’ancienne mosquée. A l’endroit de la bataille, les buissons étaient toujours embrasés, mais pas âme qui vive. Avec une torche nous avons commencé à ratisser les environs et avons trouvé les corps de Si Mohand Ouali et Si Menouar, à côté de la fontaine. Deux autres corps gisaient de l’autre côté du sentier. Ce soir-là, nous avons découvert juste ces quatre martyrs. Le lendemain matin, les militaires français sont revenus et ont terrorisé la population. En signe de représailles, ils ont fouillé les maisons, pillé et saccagé le peu de nourriture qu’ils trouvaient. Nous avons assisté, impuissants, à cette scène pendant toute la journée. Et avant de repartir, ils ont dit que les 4 corps pouvaient être enterrés mais pas question d’enterrer les autres cadavres se trouvant sur l’autre versant de la colline. De toute la région, des villages avoisinant jusqu’à El Esnam, des citoyens sont venus ici pour nous aider à rechercher les cadavres des glorieux combattants. Toute cette zone entre les deux collines a été ratissée dès le lendemain par ces bénévoles qui avaient tous des membres de leurs familles parmi ces moudjahidine. Un martyr a même été retrouvé avec son fusil à la main, il n’avait pas été découvert par l’armée française. Tous les moudjahidine ont été enterrés par la population sur les lieux où ils étaient morts. Il y aurait eu, avec les victimes civiles, plus de 37 morts», témoignera M. Mazouz Mansour. D’autres témoins raconteront qu’au lendemain de cette opération, les villageois ont tous été évacués vers des camps militaires, pour être surveillés. Ce n’est qu’après l’indépendance que les villageois retourneront dans leurs maisons partiellement détruites. D’ailleurs, une de ses habitations, à moitié brûlée, ayant servi de refuge pendant la guerre de libération nationale, témoigne toujours des atrocités enregistrées dans cette région durant l’occupation coloniale.
Hafidh Bessaoudi.

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