Par DDK | 13 Mars 2018 | 943 lecture(s)

Béjaïa - Lutte contre la violence dans les stades

«Seuls l’implication de tous»

Comment endiguer la violence dans les infrastructures sportives, notamment les stades de football, est le sujet d’une journée d’étude organisée, hier à Béjaïa, par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Dans son intervention, le président de la commission nationale exécutive de prévention et de lutte contre la violence dans les infrastructures sportives, M. Reda Doumi, a insisté sur l’importance de l’implication de tout le monde et à tout les niveaux, pour endiguer ce phénomène, qui a pris, dira-t-il, «des proportions alarmantes». Il soulignera la nécessité de mettre en place «une stratégie s’inscrivant dans la durée» pour espérer contenir ce phénomène présent dans toutes les manifestions sportives. «Il vrai que nous parlons souvent de la violence dans les stades de foot. Mais la violence est également présente dans d’autres sports et compétitions, comme ce fut le cas, dernièrement, à l’occasion d’un tournoi de judo. Pour endiguer ce phénomène, l’implication de tout un chacun est primordiale. Il ne faut donc pas se contenter des campagnes de sensibilisation conjoncturelles. Il faut que notre lutte s’inscrive dans le temps. C’est un combat de longue haleine», a-t-il expliqué à l’assistance, composée, essentiellement, de responsables de clubs sportifs, des ligues de wilayas de différentes disciplines sportives, des corps de sécurité impliqués dans la sécurisation des infrastructures sportives lors de compétitions et la protection civile. L’orateur citera, à titre illustratif, l’expérience de l’Angleterre dans sa lutte contre le hooliganisme. «L’Angleterre a pris une vingtaine d’années pour venir à bout de la violence dans ses stades. Donc, si l’année prochaine vous constatez que le phénomène persiste encore en Algérie, il ne faut pas désespérer», a affirmé Reda Doumi. Avant d’exposer les actions à entreprendre pour faire disparaitre la violence dans les infrastructures sportives, Reda Doumi a présenté un état des lieux peu reluisant des conditions entourant le déroulement des compétitions sportives, notamment l’organisation des matchs de foot. Au niveau des clubs, il relèvera le manque de structuration caractérisée par l’absence de centres de formation et l’instabilité de l’administration. Pour les infrastructures, il soulignera avec insistance le manque de normes de sécurité aux niveaux des accès et des billetteries. En ce qui concerne le volet règlementation, il a soulevé l’insuffisance de l’arsenal juridique et la faiblesse dans l’application des sanctions à l’encontre des acteurs de la violence. «Il faut reconnaitre qu’il y a des groupuscules qui ne viennent pas aux stades pour le sport. Nous devons être intransigeants avec eux», a-t-il prôné.

Un fichier de personnes interdites d’accès aux stades

L’une des actions que le ministère de la Jeunesse et des Sports compte entreprendre en urgence pour faire face à ce phénomène de la violence est le renforcement de l’arsenal juridique à l’encontre des fauteurs de troubles dans les stades. «Deux décrets relatifs au déroulement et sécurisation des manifestations sportives sont en voie d’achèvement. Ils porteront, entre autres, sur l’établissement d’un fichier des personnes interdites d’accès aux stades. Il s’agit d’un casier judiciaire sportif», a déclaré Reda Doumi. L’autre mesure consiste dans l’obligation faite aux clubs professionnels de recruter des directeurs de sécurité. Concernant les infrastructures, le conférencier a mis l’accent sur la nécessité de leur mise à niveau, en les dotant de caméras de surveillance, en modernisant les accès aux stades et en remplaçant les billetteries classiques par d’autres électroniques. Actuellement, fait savoir l’orateur, une dizaine de stades seulement sont équipés de caméras de surveillance sur tout le territoire national.

«Il faut s’attaquer aux causes»

Intervenant au cours de cette journée d’étude sur le phénomène de la violence dans les stades, Bergui Abderrahmane, ancien arbitre et actuel président de l’association «Ouled El Houma», a appelé avec insistance à aller droit au but. «Nous devons changer de stratégie. Il faut s’attaquer aux causes de ce phénomène», a-t-il prôné. Pour lui, les comportements et les agissements de certains responsables de clubs sportifs sont pour beaucoup dans la progression de la violence dans le milieu sportif. «L’enjeu financier a malheureusement pris le dessus. Nous entendons parfois des déclarations incendiaires émanant de présidents de clubs, qui s’apparentent à des manipulateurs», a-t-il déploré.
Boualem Slimani

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