Par DDK | 16 Mai 2018 | 2222 lecture(s)

BOUNOUH - Voyage et détente à Tizi-Oujaâvouv

Sur les terres de Farid Ali et la baraka de Bou Qabrine

Le brouillard venait de se dissiper au chef-lieu de la commune de Bounouh, une région qu’on appelle communément l’aârch n’Ath Smaïl, en cette journée printanière.

Des véhicules immatriculés à Alger, Blida, Tizi-Ouzou, Boumerdès arpentaient déjà le chemin communal qui relie les villages de haute montagne Helouane, Ath Talha…, pour ne citer que ceux-ci, à la ville de Bouira, en passant par le col de Tizi-Oujaâvouv, à plus de mille deux cents mètres d’altitude. L’on a emprunté cette route sinueuse et escarpée avec ses virages dangereux, laissant apparaître sur les deux côtés une végétation luxueuse. Tout de même, il faut reconnaître que son état est très bon parce qu’elle a été bitumée en tapis. Des deux côtés de la route, on peut admirer de belles habitations construites, généralement, par des retraités algériens ayant exercé dans des usines françaises lors des années 40 à 80, après leur retour au pays. Au fur et mesure que notre véhicule avançait, des maquis de lentisque, de ronces, de genêts et d’autres plantes folles, arrivant jusqu’aux accotements, se font de plus en plus dominants. Quelle beauté ! «Ah ! Que la Kabylie est belle !», s’exclama notre accompagnateur.

Deux monuments à ne pas rater !

Tout d’abord, il faut se rendre sur la tombe de Farid Ali, chanteur révolutionnaire et auteur de la célèbre chanson ‘’A Yemma Aâzizen U stru’’, à Ikhalfounène, où une stèle a été érigée l’an dernier pour honorer sa mémoire. Les gens de passage sur ce chemin, reliant la wilaya de Tizi-Ouzou, du côté de Bounouh, à Bouira, ne peuvent continuer leur voyage sans marquer une halte à la zaouïa Cheikh Sidi Abderrahmane Bou Qabrin parce qu’on dit que le père de la Tariqa Errahmania aurait deux tombes : l’une à Baâli (âach n’Ath Smaïl) et l’autre à Alger. Juste à l’entrée, un carré des martyrs, rénové ces dernières années, trône là comme pour rappeler à tous l’engagement de la région dans la guerre de libération nationale. Une stèle commémorative sur laquelle sont gravés tous les noms des martyrs tombés au champ d’honneur. «Il ne reste que deux talebs dans cette zaouïa. Les problèmes, qu’à vécus ce lieu, ont poussé les autres à partir. C’est malheureux. Au milieu des années 80, ça grouillait de monde. Les talebs venaient de toute l’Algérie. Tous les imams des mosquées à travers le pays sont pratiquement passés par là. Quand est-ce que cette zaouïa reprendra la place qui lui revient à Baâli ?», s’interroge, dépitée, une personne âgée assise à l’entrée de ce lieu de savoir. En effet, le mausolée est resté fermé depuis plus d’une année. «En tout cas, ajoutera notre interlocuteur, il est attendu que qu’il reprenne du service».

À Ath Talha, l’eau fraîche coule à flots

Arrivés à un point d’eau, un senior, peut-être un octogénaire, est venu remplir des jerricans. Il fera savoir que cette source s’appelle «Ajaâvouv». À la question de savoir pourquoi l’eau coule sans qu’elle ne soit acheminée vers un réservoir, il expliquera : «L’eau vient directement de la montagne. Si les responsables du village ont laissé cette conduite couler dans le ruisseau, c’est pour permettre aux bêtes de s’y abreuver. Il y a même un projet de la capter et de la drainer jusqu’au réservoir de Helouane. Elle pourra alimenter au moins quatre à cinq villages. C’est une eau saine». D’autres véhicules arrivèrent et s’arrêtèrent à cet endroit enchanteur, notamment en cette saison printanière, écoutant au passage les eaux gazouiller. Tout juste en bas, une stèle a été érigée à la mémoire des martyrs tombés dans une grande bataille durant la guerre de libération nationale. «Quatorze martyrs sont tombés arme à la main devant l’ennemi. Il y avait un blessé et un rescapé», enchaînera la même personne. Poursuivant notre route, l’on découvrit d’autres endroits enchanteurs, telles de belles cascades. Avec leurs téléphones portables, les visiteurs immortalisèrent ces paysages à couper le souffle. «Notre pays est beau. On n’a pas besoin d’aller ailleurs si et seulement nos responsables développent le tourisme. C’est splendide ! Je ne regrette pas d’avoir fait ce trajet d’Alger jusqu’ici. J’y reviendrai dès que l’occasion me sera donnée», lancera un Algérois à son compagnon de route. Comme son nom l’indique, Tizi veut dire le sommet. C’est le point culminant de tout l’aâch n’Ath Smaïl. Il est à plus de mille deux cents mètres d’altitude. En hiver, les accès sont souvent bloqués par la neige. Des deux côtés de la route, des familles pique-niquaient alors que d’autres prenaient des photos dans la grande forêt de pins. «C’est sublime, n’est-ce pas ?!», s’émerveillera notre accompagnateur. Et de poursuivre : «Vous êtes à Tizi Oujaâvouv. Durant la guerre de libération nationale, l’occupant voulait même y implanter un hôpital. Mais le projet avait été retiré pour des raisons que nous ne connaissons pas», dira-t-il. Ici, l’air est frais et pur. «On raconte, qu’il y avait dans cette endroit précis une pierre cubique où les notables se rencontraient pour discuter des problèmes et traiter les différends entre les tribus, mais aussi pour élaborer des stratégies afin d’attaquer les Turcs, installés à Ikharvane N’Djemadj. Cheikh Benabderhamne, Cheikh El Hamel et Cheikh Aheddad se sont retrouvés plusieurs fois devant cette pierre durant des journées entières, pour résoudre des problèmes qu’on leur soumettait», raconte un habitant d’Ath Talha, manifestement bien documenté sur l’histoire de la région. M. Saïd Semoudi, président de l’association Akal D Izuran (La terre et les racines) interviendra : «Dès que nous aurons notre agrément, nous mènerons une grande opération de nettoyage de cet endroit. Nous allons ensuite le clôturer et demanderons sa classification en tant patrimoine historique. Il y a de grosses pierres qui dépassent la tonne chacune. On ne sait pas comment elles ont été transportées jusqu’à cet endroit, pourtant rocheux, accidenté et escarpé. C’est une époque très importante de notre histoire. Les Turcs sont passés par là. On doit faire des recherches pour justement élucider pourquoi les Turcs avaient choisi cette zone montagneuse». L’interlocuteur d’Ath Talha montrera un chemin muletier, passant par Ikhravane N’Djemadj : «On l’appelle Avrid Aârdhi. C’est significatif parce que la sécurité y régnait. Il n’y avait pas de bandits sur cette route. Il va de Laârba Nath Irathen jusqu’à Bouira. Il était emprunté par les caravanes qui se dirigeaient jusqu’à Sidi Aïssa et à M’Sila», notera-t-il. Notre interlocuteur évoquera d’autres histoires époustouflantes et des anecdotes sur «Avrid aârdhi».

Le championnat national de parapente, une réussite

L’événement majeur qui fera découvrir cette belle région aux touristes, venus des quatre coins d’Algérie, est sans conteste le 3e Championnat national de parapente. Cette manifestation a été organisée par la Fédération nationale des vols aériens, en collaboration des directions de la jeunesse et des sports des wilayas de Tizi-Ouzou et Bouira, avec la participation des communes de Bounouh et Ath Laâziz (Bouira). Ce fut aussi l’occasion de donner la chance aux artisans locaux de présenter leurs produits. Il y eut des potiers, des fabricants de fromage de chèvre et d’autres produits du terroir mis en valeur à l’occasion. C’était vraiment une véritable foire. «Je ne demande rien de plus qu’un lot de terrain pour développer ma ferme et ériger une école de formation pour apprendre aux jeunes la fabrication du fromage de chèvre», dira une fermière venue d’Ath Mendès. Le coup d’envoi de cette compétition à laquelle ont participé 26 associations, venues de différentes wilayas du pays, a été donné en présence des chefs de daïra de Bouira et de Boghni, ainsi que des maires de Bounouh et Ath Laâziz, en présence des comités de village de l’aârch n’Ath Helouane (Bounouh et Bouira). Il mérite de souligner que l’organisation a été parfaite, avec la participation des services de sécurité (Gendarmerie nationale), la Protection civile et les services de la santé. «Nous avons découvert un endroit exceptionnel pour cette discipline», dira une participante du club de Bouira. Et un autre pilote venu de Biskra de renchérir : «Nous avons pris part à ce championnat et exposé notre matériel à la fois. C’est vraiment une très belle région. L’accueil a été chaleureux et nous avons rencontré un public merveilleux». De nombreuses familles ont découvert pour la première ces vols aériens : «Je regardais à la télé des pilotes s’adonner au sport aérien. Aujourd’hui, j’ai ça vu de mes propos yeux ! C’est à couper le souffle !», s’exclame une visiteuse venue spécialement d’Alger.

Une zone d’expansion touristique à promouvoir

Ce plateau de 118 hectares, classé par un arrêté ministériel depuis déjà deux ans en zone d’expansion touristique, n’attend que sa viabilisation. L’on apprendra que pas moins de cinq investisseurs ont déposé leurs dossiers, pour investir dans cette zone. D’ailleurs, deux d’entre eux étaient présents sur les lieux le jour du coup d’envoi de la manifestation sportive, tenue du 10 au 13 mai, pour présenter les projets qu’ils aspirent à réaliser dans cet endroit exceptionnel. «Avec le lancement de la zone, je crois que Tizi Oujaâvouv sera plus connue et revalorisée. Ce sera le décollage économique de toute une région. Nous interpellons les responsables concernés à faire vite parce que le développement de notre pays dépend du tourisme. C’est une source intarissable», estimera un membre du comité de village de Helouane. En tout cas, ces quatre jours ont été une véritable réussite. Cette zone relevant des wilayas de Tizi-Ouzou et de Bouira, méconnue jusque-là, sort petit à petit de l’oubli. À rappeler que la clôture du 3e championnat national du parapente est intervenue dimanche dernier. Le seul vainqueur de cette édition n’est autre que les organisateurs qui ont réussi le pari. «Le défi est relevé», diront-ils. L’on quitta Tizi Oujaâvouv en entendant tous les participants dire que ce championnat a revêtu un cachet tout à fait particulier, puisqu’il a permis, notamment, la découverte de beaux paysages du massif majestueux du Djurdjura.

Amar Ouramdane

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