Par DDK | 31 Mai 2018 | 1759 lecture(s)

SAMIR AÏT AKKACHE, directeur de la Maison de l’entrepreneuriat

«Un incubateur d’entreprises dès l’année prochaine»

Samir Aït Akkache est directeur de la Maison de l’entrepreneuriat de l’université Akli Mohand Oulhadj de Bouira. à travers le projet mis en place, intitulé «Étudiants porteurs de projets», la démarche vise à concrétiser, sur le terrain, l’«esprit de la réforme du système LMD» et à améliorer la relation de l’université avec son entourage social direct. La première édition de ce programme, vient tout juste d’être clôturée. Dans cet entretien, Dr Aït Akkache fait le point et parle des missions et objectifs de la Maison de l’entrepreneuriat.

La Dépêche de Kabylie : Pour commencer, pouvez-vous nous parler des objectifs et missions de la Maison de l’entrepreneuriat ?
Dr Samir Aït Akkache : La Maison de l’entrepreneuriat de l’université de Bouira existe depuis 2012. Au départ, elle s’est consacrée uniquement aux journées d’études et de sensibilisation à propos de la création d’entreprises, en partenariat avec l’agence locale de l’ANSEJ. En 2017, nous avons eu l’idée de développer son rôle, notamment en adoptant tout un programme de formation au profit des étudiants désireux de créer leurs propres entreprises. Le principe de cette formation, qui s’étale sur trois mois, est simple. Il est question d’inviter les étudiants porteurs de projets et de les inscrire à ce programme afin qu’ils puissent bénéficier de formations. Notre objectif consiste à d’aider ces étudiants, pour qu’ils puissent concrétiser leurs idées à travers plusieurs étapes. C’est ainsi que nous avons adopté la formation pour la création de PME de l’UNESCO. C’est une formation gratuite et composée de sept chapitres. Avec nos partenaires, notamment l’ANSEJ, les Chambres du commerce et de l’artisanat et le centre facilitateur, nous avons ajouté deux chapitres à cette formation et apporté des petites modifications, afin de la faire adopter au contexte social et économique local. Pour le lancement du programme, et afin d’attirer les étudiants, nous avons organisé, au mois de septembre 2017, un salon de l’entrepreneuriat, au nouveau pôle universitaire. Ce salon était une occasion pour les étudiants d’entrer en contact direct avec d’anciens étudiants devenus aujourd’hui des entrepreneurs. Des étudiants en fin de cycle ont, par la suite, manifesté leur intérêt pour ce programme et nous ont exposé leurs idées pour la création d’entreprises. Après évaluation, nous avons lancé le programme de formation au mois de janvier 2018. Pendant les trois mois de formation, les étudiants ont beaucoup évolué et leurs projets aussi, notamment grâce aux différentes thématiques enseignées. Une évolution que nous avons aussi suivie à la Maison de l’entrepreneuriat. Les étudiants inscrits à ce programme ont aussi participé à différentes formations avec des startups à Alger, Annaba et Ghardaïa. Et même sur le plan psychologique, nous les avons aidés à se préparer à franchir l’étape de la post-graduation et aller à l’extérieur pour se lancer dans le monde de l’entreprise. Et à la fin de l’année, ces projets étaient enfin prêts à être lancés sur le terrain.

Quelles sont les thématiques enseignées lors de cette formation ?
Le programme comporte neuf unités fondamentales : découvrir le monde du travail indépendant, rencontre avec un entrepreneur, l’idée de créer une entreprise, l’environnement et les potentialités de la wilaya de Bouira, le développement des compétences entrepreneuriales, les moyens de démarrer son projet, la mobilisation de ses ressources, les technologies de l’information et de la communication et enfin les premiers pas dans le monde de l’entreprise. Chaque thème contient plusieurs unités. Et pour chaque unité, nous avons convié un formateur, soit un enseignant bénévole de l’université, soit un formateur de l’extérieur. Des entrepreneurs locaux, des formateurs de l’ANSEJ ou du centre facilitateur de l’investissement ont été aussi invités à assurer certaines formations portant sur des thématiques précises. L’avantage de cette formation, c’est qu’à chaque semaine, les étudiants sont enseignés par un nouveau formateur. Ces séances de formation comprennent également un volet technique et pratique. Toujours durant cette période, les étudiants porteurs de projets ont aussi bénéficié de sorties expérimentales à l’extérieur de l’université, notamment au niveau de startups et de boîtes spécialisées dans l’entrepreneuriat. Ces sorties en dehors de l’université et le contact direct avec les spécialistes, parfois étrangers, ont permis à nos étudiants de découvrir une petite partie du vaste monde de l’entrepreneuriat. Au tout début, nous avons commencé la formation avec 15 étudiants, qui suivaient, à partir du 11 janvier, des séances théoriques de deux heures environ, chaque jeudi. Au cours de cette formation, sept étudiants ont abandonné le programme. Mais vers la fin, nous avons pu former huit étudiants avec six projets, sachant que trois d’entre eux ont formé une équipe pour un seul projet.

À l’issue de la formation, les étudiants ont-ils lancé leurs projets sur le terrain ?
Pour le moment, nous avons deux projets qui seront lancés incessamment. Le premier, c’est une usine pour la fabrication de fils en plastique et le deuxième est une plate-forme et une application d’achat et de vente sur Internet. Pour les autres projets, nous sommes actuellement au stade d’incubation : on identifie les applications potentielles de la technologie pour mieux connaître le marché visé, en tenant, notamment, compte de ses besoins. Cette phase d’incubation permet également de constituer ou de compléter l’équipe qui aura la mission d’exécuter le plan d’affaires et de mettre en place un conseil d'administration expérimenté. Le premier projet est une usine de réactivation de charbon actif, le deuxième est une autre usine pour la fabrication de crèmes hydratantes, le troisième est une plate-forme de maintenance informatique et, enfin, le quatrième porte sur la réalisation d’une fromagerie. Ce dernier sera probablement réalisé en partenariat avec la pépinière d’entreprises de Sour El-Ghozlane. Nos étudiants, qui sont actuellement à leur dernière étape, devront faire preuve de détermination et d’engagement, afin de traduire leurs idées sur le terrain.

Lors de la cérémonie de fin de programme, vous avez avancé la possibilité de créer un incubateur propre à l’université de Bouira…
C’est justement notre objectif dès l’année prochaine. Nous avons pris attache avec l’ANVRADET (Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique), qui relève du ministère de l’Enseignement supérieur. Nous avons d’ailleurs récemment adressé une demande à ces mêmes services de l’ANVRADET pour la création d’un incubateur à l’université de Bouira. Nous attendons toujours leur réponse. Nous sommes très confiants, car il existe bel et bien une formule réglementaire pour la création d’un incubateur. Il se peut même que ce soit la maison de l’Entrepreneuriat qui se transforme en incubateur. Ce dernier aura la possibilité de prendre en charge, au niveau de l’université de Bouira, les projets proposés par nos étudiants. Aussi, ces projets seront réalisés ici même dans la wilaya, ce qui générera des bénéfices à notre wilaya, notamment en matière d’emplois et de richesses, et évitera à nos étudiants de se déplacer en dehors de Bouira.

Vous avez récemment lancé les inscriptions pour la nouvelle édition du programme. Quelles seront les nouveautés pour l’année prochaine ?
Pour la deuxième session, nous allons introduire des nouveautés et des améliorations au programme de formation. Nous avons prévu, par exemple, d’associer chaque thème avec un jeu d’entreprise avec comme objectif de créer un milieu d’entreprise. Ainsi, l’étudiant porteur de projet pourra évaluer et développer ses compétences dans le monde de l’entreprise. La période de formation de trois mois sera aussi consolidée, car ceci nous permet d’établir un contact permanant avec les étudiants porteurs de projets. Ça permet aussi à l’étudiant de peaufiner ses connaissances et la maîtrise de son projet. En parallèle, nous allons établir un calendrier spécifique pour les formations et les sorties sur le terrain pour ces étudiants. La grande nouveauté, c’est que nous allons exiger à l’ensemble des étudiants inscrits à cette formation de préparer un mémoire de fin d’étude, qui sera un travail de synthèse pour le projet qu’ils ont choisi. En gros, les étudiants en fin de cycle auront comme thème de leur mémoire de fin d’étude le projet avec lequel ils se sont inscrits dans notre programme de formation. Nous avons aussi un autre objectif pour l’année prochaine : élargir le partenariat vers les grandes entreprises à l’échelle locale. C’est dans cette optique que j’ai déjà pris attache avec la représentation locale du FCE (Forum des chefs d’entreprises). Nous prévoyons aussi d’établir une convention de partenariat avec la FNJE (Fédération nationale des jeunes entrepreneurs). J’espère que ces deux organisations apporteront leurs contributions à ce programme. Les inscriptions pour la deuxième édition ont été déjà lancées. Les étudiants désireux de s’inscrire devront présenter au préalable une fiche technique de leurs projets. Ensuite, la Maison de l’entrepreneuriat se chargera de sélectionner les meilleurs projets.

Un dernier mot pour conclure...
J’aimerais lancer un appel en direction de l’ensemble des étudiants de notre université pour qu’ils s’inscrivent à notre programme en vue de réaliser leur rêve de créer leurs propres emplois. J’espère aussi que la Maison de l’entrepreneuriat sera renforcée et dotée des moyens nécessaires pour réussir cet ambitieux programme.
Entretien réalisé par Oussama Khitouche

0