Par DDK | 9 Aout 2018 | 4453 lecture(s)

Tizi-Ouzou - à deux semaines de l’Aïd El Kebir

Le mouton hors de portée des bourses moyennes

A deux semaines de la fête de l’Aïd El Adha, les marchés à bestiaux de la wilaya n'enregistrent pas vraiment un engouement visible des acheteurs.

Si les éleveurs envahissent ces espaces de très bon matin, mettant en vente de milliers de bêtes, les acheteurs restent toujours indécis. «Il y a le choix, mais, je n’ai pas encore une idée sur le prix. En tout cas, ils sont chers.

Pas moins de 40000 dinars un mouton tout juste moyenne», nous dit un potentiel acheteur accosté au marché à bestiaux de Boghni. Effectivement, les acheteurs ne s’emballent pas, ils attendent encore quelques jours pour jauger le marché à sa juste valeur. De Tala Athmane, en passant par Boghni, Draâ El-Mizan jusqu’à Tizi-Gheniff, et dans toutes les localités de la wilaya, l’appréhension est la même.

«Nous avons peur d’approcher les vendeurs. Ce ne sont pas les éleveurs qui s’occupent de la vente, ce sont surtout des revendeurs. Aujourd’hui, tout le monde devient maquignon», dit un autre citoyen. En tout cas, pour le moment, les prix varient entre 40000 dinars et 80000 dinars. Ce qui loin d’être à la portée des bourses moyennes.

«De nos jours, il est difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. De bon matin, les spéculateurs achètent toutes les bêtes susceptibles d’attirer les clients et flambent les prix. Ils gagnent parfois plus de 10 000 dinars par tête», souligne un autre habitué des lieux. De leur côté, les vrais éleveurs se plaignent eux aussi. «Si nous avons tant souffert pour élever nos moutons, nous constatons aujourd’hui que ces spéculateurs gagnent plus que nous. A part quelques tenaces qui résistent à leur offres dérisoires qui paraissent tout de même alléchantes pour la plupart de nous autres naïfs, ils sont les maîtres des lieux», explique un éleveur d’Assi Youcef qui tenait quatre bêtes bien engraissées.

Et de poursuivre : «Même les moutons qu’on ramène des régions steppiques bloquent en quelque sorte nos bêtes locales. Les maquignons les bradent et cassent les prix, parce qu’ils n’ont rien déboursé pour les engraisser, d’une part, d’autre part, cela rentre dans leur stratégie de nous amener à leur vendre aux prix qu’ils voudront. C’est une concurrence déloyale».

A noter que pour cette année, la demande s’annonce plus forte que les précédentes. Car, nous dit-on, certains marchés à bestiaux, notamment des bovins suspectés d’être atteints par la fièvre aphteuse, sont fermés, et le sacrifice collectif, l’alternative pour contourner la hausse des prix des ovins, est sérieusement compromis.

«Nous avions l’habitude d’acheter un veau. Comme, ils sont interdits de vente et soumis à un contrôle drastique, les quelques bêtes locales qui en échappent sont vendues à des prix excessifs. Le veau qui coûtait 250 000 dinars est aujourd’hui, à 350 000 dinars, voire plus. En tout cas, ils sont inabordables. Par conséquent, il faudra s’attendre à ce que les moutons soient plus chers», précise un autre citoyen.

D’ailleurs, jusqu’au jour d’aujourd’hui, beaucoup restent réticents. «Je ne crois pas que je puisse sacrifier une bête cette année. Avec l’érosion du pouvoir d’achat, et la rentrée scolaire à nos portes, il est peut être plus sage de se contenter de quelques kilos de viande de chez le boucher», nous confie un fonctionnaire d’une administration locale. Cela étant, ce rituel religieux qui coïncide avec bon nombre d’autres événements dépensiers baisse la fièvre acheteuse dans les marchés.

Amar Ouramdane

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