Par DDK | 18 Aout 2018 | 2217 lecture(s)

DRAÂ EL-MIZAN - Les habitants de Maâmar reviennent à la charge

Ça coince encore sur les chantiers de la pénétrante

Les délais de livraison de l’axe autoroutier (46 kilomètres) qui devra relier la wilaya de Tizi-Ouzou à celle de Bouira (autoroute Est-Ouest) au niveau de Djebahia, risquent une nouvelle fois d’être renvoyés dans le temps.

Les chantiers subissent encore des arrêts, parfois prolongés, pour diverses raisons. Cette fois, ce sont les habitants de Maâmar qui ont, une nouvelle fois, «interdit aux engins de reprendre les travaux tant que leur situation n’est pas tirée au clair : «Cela fait exactement deux ans jour pour jour que nous avions bloqué ce projet au lieu-dit Voujgou, faisant partie du territoire du village Tafoughalt, et voilà que les responsables reviennent encore nous harceler pour reprendre les travaux. Or, depuis, la situation que nous avions soulevée n’a pas évolué d’un iota», dit un membre du collectif des opposants.

Il s’agit d’un viaduc de 1 400 mètres de longueur programmé pour traverser le lieu-dit Tazrout et Taghzout jusqu’à la mosquée du village Maâmar qui sera, elle aussi, rasée en démolissant au passage une quinzaine d'habitations construites en dur et avec des normes actuelles en matière de bâtiment. «Comment se fait-il que les responsables n’aient pas pris en considération notre revendication ?», s’interroge un autre opposant. «Je le dis et je le répète, nous avons senti que nous sommes méprisés et on ne l’acceptera jamais», dit-il encore avec colère.

Et de revenir sur la genèse de cet ouvrage : «Au départ, tout a été bouclé pour traverser le village Tadarth. C’étaient des terrassements seulement, mais des habitations allaient être rasées. Nous avions signé une pétition avec nos voisins de Tadarth pour éviter ce cas, en proposant une variante qui coûtera moins chère d’une part, et d’autre part, qui évitera de démolir tant d’habitations. À notre grande surprise, la variante proposée n’a pas été accordée et la décision prise était de réaliser ce viaduc qui touchera nos terres et nos habitations. Chose que nous avons rejetée en bloc parce que c’est un complot ourdi à notre insu avec la complicité de l'ex-P/APC. C’est de la hogra pure et simple. Le prétexte trouvé est qu’il ne fallait pas traverser un cimetière. Or, il n’y a que trois tombes à déplacer. C’était tout juste pour valider la solution proposée par le représentant de l’APC».

Un autre intervenant rappellera que des mises en demeure ont été adressées aux habitants de Tadarth de ne pas construire sur leurs terres parce qu’il y avait déjà ce projet : «Des mises en demeure ont été envoyées aux concernés en 2005. Comment se fait-il alors que celles-ci n’ont pas été respectées ? Et en dernière minute, ils décident de raser nos maisons alors que nous n’avions reçu aucune mise en demeure. Si les responsables concernés ne veulent pas prendre la troisième variante, nous leur demandons tout simplement de revenir à la première variante traversant le village Tadarth. D’ailleurs, celle-ci est moins coûteuse que le viaduc de 1 400 mètres», soulèvera-t-il. À noter aussi que les habitants n’ont pas le droit de rester sur les lieux si leurs habitations ne sont pas à plus de 50 mètres de part et d’autre de l’ouvrage. Au total, enchaîne un autre opposant, «en plus des 32 mètres de la largeur du viaduc, on doit respecter les autres distances de sécurité».

Les discussions avec le représentant du ministre des Travaux publics ont échoué

Dernièrement, une commission composée des représentants du village a été reçue au ministère des Travaux publics. Seulement, aucune proposition qui arrange les opposants n’a été trouvée. «Nous étions reçus par le secrétaire général du Ministère. Le langage tenu a été ferme.

On nous a rappelés qu’étant un projet d’utilité publique, celui-ci passera même avec la force. Au lieu de nous écouter, nos interlocuteurs ont répondu que la variante proposée coûtera plus chère que le viaduc. Ils nous ont promis d’envoyer une commission sur le terrain afin, justement, d’étudier la variante proposée et de l'évaluer en conséquence afin de prendre la décision finale.

À ce sujet, je vous dirais qu’à Tazrout, la fraction de la roche soit avec un brise-roche ou encore avec des explosifs causera d’énormes dégâts à des centaines de kilomètres à la ronde. Des habitations non concernées par la démolition risquent de tomber. Seulement, à notre grand étonnement, les engins ont été envoyés pour reprendre les travaux. C’est du harcèlement pur et simple. Ils croient toujours à l’essoufflement de notre mouvement. Ce n’est pas du tout le cas parce que nous sommes décidés plus que jamais à défendre nos intérêts et notre position. Nous ne sommes pas contre cette pénétrante mais nous sommes contre le mépris», déclare un membre de la dite commission.

Par ailleurs, nos interlocuteurs regrettent que le dialogue ne soit pas ouvert avec eux. «Au lieu d’organiser une réunion avec le directeur des travaux publics, de celui de l’ANA, du wali et bien d’autres parties, on nous envoie à chaque fois soit un chef de projet, soit encore le représentant du groupe ONE. Ce n’est pas à ces personnes de trouver des solutions, car ces dernières ne font qu'exécuter les ordres de leur hiérarchie. Nous voulons que ce dossier soit traité en toute transparence et que toutes les décisions qui seront entérinées soient portées sur un PV qui sera signé par toutes les parties concernées», souligne un autre habitant.

«Un terrain a été choisi dernièrement pour installer un concasseur. On n’a pas été associés à cette décision. D’ores et déjà, nous disons que nous nous opposerons à cela parce que nous connaissons les désagréments qui seront causés aux arbres et à notre quiétude», s’élève une autre voix.

Concernant les indemnisations proposées, à savoir 1 400 dinars le mètre carré, ils les considèrent non seulement dérisoires mais comme une arnaque. «Comment se fait-il qu’ailleurs ils acceptent d’indemniser les expropriés à hauteur de 30 000 dinars le mètre carré bâti et chez nous on nous propose 1 400 dinars ?», se demande un jeune homme décidé à mourir pour défendre son principe de rester sur les lieux.

«Pour construire notre villa et planter des arbres dans notre jardin, ça nous a coûté toute une vie. C’est toute une histoire et un patrimoine. Et du jour au lendemain, vous êtes forcés à partir laissant tant de souvenirs et tant d’événements passés dans votre vie. C’est injuste ! Notre déracinement coûte beaucoup plus que les indemnisations à nos yeux. S’ils veulent recourir à la force, il vaudrait mieux que nous soyons enterrés sur nos terres que d’aller tout simplement mourir à petit feu dans un bâtiment entre quatre murs», pense un autre citoyen concerné par ce déplacement.

«Si des discussions sérieuses seraient ouvertes avec tous les responsables concernés, nous aurions notre mot à dire. Y a-t-il quelqu’un qui accepterait qu’il soit déraciné alors qu’une solution plus facile est proposée afin d’éviter ce massacre ?», interroge un dernier intervenant. En tout cas, à entendre tous ces opposants, le problème de faire traverser ce hameau par ce viaduc de 1 400 mètres de longueur et de 32 mètres de largueur est loin d’être réglé.

Ce qui engendrerait encore beaucoup de retard pour la concrétisation de ce méga projet qui a, déjà, fait couler autant d’encre que de salive, notamment en ce qui concerne le choix de son itinéraire dans un relief très accidenté sans avoir pris en compte à l’avance les entraves qui surgiraient. Depuis son lancement en 2014, on peut dire que le taux d’avancement reste insuffisant.

Pourtant, les délais contractuels fixés au lendemain du démarrage des travaux étaient fixés à trente-six mois pour réaliser 46 kilomètres de route avec tout ce que comprend cet axe autoroutier, comme échangeurs, comme ouvrages d'art et viaducs, alors que toutes les oppositions ne sont pas encore levées.

Amar Ouramdane

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