Par DDK | 4 Septembre 2018 | 591 lecture(s)

CONTRIBUTION - La filière lait algérienne

Entre gouvernance centralisatrice et goulots d’étranglements structurels

Les assises nationales de l’agriculture, tenues en avril dernier, parviendront-elles à insuffler des dynamiques locales, entrepreneuriales et paysannes de filière ? Il est trop tôt pour dire si un tel objectif sera atteint ou non. De toute manière, cela est le cas pour la filière lait sujet d’intérêt dans ce texte. De par le caractère stratégique du secteur laitier, son organisation, de l’amont en aval, se heurte à une multitude d’obstacles structurels. Ainsi, la problématique du lait en Algérie est l’une des plus complexes au monde. Nous pouvons même la comparer à des pièces du puzzle difficiles à ajuster. Dès l’indépendance, l’État a décidé d’encourager la consommation du lait, en réglementant son marché, de par ses qualités nutritionnelles et la modicité de son prix comparativement à celui des autres sources protéiques. Par conséquence, le lait, en tant qu’aliment industriel, s’est ancré dans les mœurs de la société algérienne comme étant une «protéine refuge». Le ménage algérien, avec une consommation moyenne de 114 litres de lait/an, arrive en première position au niveau maghrébin. Faute d’une production locale suffisante, l’Algérie a dépensé en moyenne, durant ces dix dernières années, près de 1 Milliard de Dollars/an, ce qui accentue le caractère budgétivore de la facture alimentaire et fait de notre pays l’un des plus grands clients sur le marché mondial de la poudre du lait (3ème place en 2017). Les raisons de l’extraversion de la filière lait algérienne sont nombreuses et complexes. Le premier registre d’arguments est lié à l’environnement institutionnel instable dans lequel s’insère le secteur laitier. Passant d’une coordination socialiste à une économie de marché, le cadre réglementaire et juridique régissant les différents maillons de la filière lait a connu plusieurs restructurations qui sont parfois radicales, depuis l’indépendance. A titre d’exemple, entre les années 2000 et aujourd’hui, près de 4 formules ont été forgées afin de piloter ce secteur : Plan National de Développement Agricole, Plan National de Développement Agricole et Rural, Renouveau Rural, Filaha. De plus, l’environnement institutionnel n’a pas permis un jeu d’acteurs efficace ; la logique sectorielle et centralisatrice prime sur celle d’un système d’acteurs décentralisés et coordonnés. A cet effet, l’un des défis majeurs des assises devrait être la libération des initiatives structurantes au niveau territorial pour une bonne gouvernance élargie et consensuelle. Le deuxième registre d’arguments, qui mérite d’être signalé, est relatif au monde des éleveurs producteurs de lait. Confrontés à plusieurs goulots d’étranglement, ceux-ci constituent le maillon faible de toute la filière. A commencer par la problématique foncière où la petitesse des surfaces agricoles utiles dédiées aux cultures fourragères, conjuguée à leur parcellisation, accentue la dépendance des exploitations laitières vis-à-vis du marché des fourrages et des aliments de bétails, et par ricochet, les coûts de la conduite alimentaire restent élevés structurellement. Sachant que le prix de vente d’un litre de lait cru ne peut dépasser un certain seuil de par son caractère réglementé. Par conséquent, le revenu laitier des éleveurs est volatile. Ensuite, il y a lieu de souligner, entre autres, que le processus de modernisation de la conduite d’élevage est inachevé, cela s’explique à la fois par sa nature onéreuse et par sa faible appropriation dans la majorité des exploitations. Cela empêche l’émergence d’une filière bovine intensive. Nous achevons ce point en évoquant le faible apport des mouvements associatifs, coopératifs et mutualistes à la structuration de la filière lait en Algérie.

Ahmed Kabene.

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