Par Oussama Khitouche | 28 Décembre 2011 | 2019 lecture(s)

Bir Ghbalou : Au lendemain de la “révolte des logements”

Une daïra en stand by !

La daïra de Bir-Ghbalou, sise à une trentaine de kilomètres à l’ouest du chef-lieu de la wilaya de Bouira, s’est transformée durant ces derniers mois en un champ de tension, d’émeutes et de guerre de clans, notamment après la délibération et l’affichage de la liste des bénéficiaires des 102 logements sociaux le mois d’octobre dernier, qui a engendré un violent soulèvement populaire.

Une véritable révolte qui aura duré plus de cinq jours, où les manifestants ont procédé à la fermeture des deux sièges de la daïra et de l’APC, bloqué la circulation automobile au niveau des RN 8 et 18, les deux importants axes routiers qui traversent le centre-ville de cette localité et ils se sont violemment accroché avec les forces anti-émeute dépêchés sur les lieux. Des événements qui ont engendré des dégâts matériels à commencer par les 102 logements sociaux qui ont été saccagés. Une situation qui a nécessité l’intervention d’une véritable armada de responsables de la wilaya de Bouira pour calmer les esprits des habitants de cette localité, à coup de promesses et d’engagements. Ainsi cette fameuse liste de bénéficiaires de logements sociaux, qui a suscité ce soulèvement, n’aura été, à vrai dire, que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les citoyens de cette localité n’ont voulu qu’exprimer leurs ras le bol, leur colère et leur mécontentement vis-à-vis de la dégradation du cadre de vie, l’enclavement et à la marginalisation. En effet, les citoyens contestataires avaient élaboré une plateforme de revendications, regroupant toutes leurs préoccupations et doléances. Par la suite, ils l’ont transmise au premier responsable de la wilaya. Ce dernier s’est engagé pour une prise en charge totale et urgente de leurs revendications. Après trois mois de contestation, «la guerre» comme l’appellent les habitants, hormis les chantiers des deux nouveaux sièges de l’APC et de la protection civile, qui ont été lancés, rien n’a été encore concrétisé sur le terrain. Les fameux 102 logements sociaux continuent à être au cœur d’un conflit entre différents groupes. D’ailleurs, plusieurs listes ont été rendues publiques. Toutefois, ces dernières ont fait l’objet de grogne populaire, ce qui a contraint les autorités à leur suppression. Les habitants continuent également de protester pour le retard enregistré dans le raccordement de leurs foyers au gaz de ville et la dégradation de leur cadre de vie. Ainsi, c’est en compagnie de Said, un jeune habitant cette localité qui compte à elle seule prés de 28.000 habitants, que nous avons effectué une tournée dans les principales artères du chef-lieu de la daïra de Bir-Ghbalou.

Manque d’aménagements urbains, absence d’éclairage public...

Said a tenu d’abord à nous faire visiter les différentes institutions publiques existantes au niveau de la daïra, à commencer par le siège de l’APC, celui de la Daïra, de la polyclinique ainsi que le stade communal et aux chantiers de la piscine ainsi que de la nouvelle mairie. Lors de notre visite, notre interlocuteur indiquera l’état de délabrement avancé de la voirie, et l’absence de projets de réhabilitation. : «Ces routes n’ont pas été bitumées depuis l’ère coloniale, c’est au temps où Bir–Ghbalou était encore une commune mixte», se désola Said à propos de l’état des routes et de poursuivre : «Il n’y a que les deux routes nationales qui passent par le centre de ville qui sont carrossables», nous dira Said. Un état de fait remarquable et remarqué lors de notre tournée. La majorité des routes du centre-ville sont dans un état lamentable et gagnées par l’insalubrité. Partout on peut apercevoir des flaques d’eaux ainsi que d’immenses fossés qui sont omniprésents. Pire encore, certains quartiers ne disposent même pas de chaussées, comme le prouve l’état de la route de la cité avoisinante du siège de la daïra. Un véritable calvaire pour les habitants, surtout durant cette période hivernale. Le centre-ville quant à lui, n’est guère reluisant… En effet, un grand marché anarchique de fruits et légumes est installé à proximité de quelques restaurants et cafétérias, situés sur le bord de la RN8 menant vers Alger. Aucune place publique, ni jardin ni lieu de loisir n’existe au niveau de cette localité. : «Nous n'avons qu’un seul rond-point, c’est au niveau du croisement des RN18 et8 qui est dans un état de dégradation avancé. L’éclairage public est inexistant, au quotidien on enregistre fréquemment des accidents de circulation…., cet axe est très dangereux de nuit», nous dira un autre habitant de cette localité.

Les jeunes voués à eux-mêmes

L’absence d’un centre de jeune, d’une Maison de culture, de bibliothèque ou bien de stades, est l’autre problème rencontré par les habitants de cette localité et notamment les plus jeunes d’entre eux. Le stade communal est dans un piteux état, ce dernier est très mal équipé et aménagé et ne compte qu’une seule tribune accessible au public. A l’intérieur nous avons rencontré un jeune joueur de l’équipe local E.S.B.G, une équipe qui évolue en régional II, avec les prestigieuses équipes du H.C. Ain Bessem et le M.C.Bouira, «Nous avons honte de recevoir les équipes ! Nous sommes la dernière équipe qui n’a pas encore un stade en tartan, sans parler des vitrières et des douches, qui sont inexistantes.», dira ce joueur. Malgré ces manques et insuffisances, les jeunes joueurs de l’E.S.B.G ont du talent en s’illustrant brillement en régional II. Autres signes de cette jeunesse à l’abandon, la maison de jeune a été transformée en centre pour analphabètes, les quartiers sont dépourvus de stade maticos, les 100 locaux commerciaux sont transformés en lieu de débauche, alors que la grande majorité de la population de cette localité sont des jeunes. Face à l’absence des postes d'emploi et au manque d’alternatives, les jeunes n’ont s’autres choix que de ‘’s’exiler’’ à Alger. ‘’En restant a Bir Ghbalou de nombreux jeunes sombrent dans les méandres de l’oisiveté et se retrouvent rapidement face au fléau de la drogue….’’, dira notre accompagnateur.

“On attend toujours le gaz de ville !”

Malgré que les travaux de raccordement de la localité au gaz de ville soient achevés depuis plus d’un mois et que les citoyens ont fait toutes les démarches nécessaires dans ce sens, la majorité des habitants du chef-lieu de daïra, tardent toujours à bénéficier de cette énergie. Cela étant, les deux autres communes relevant de la daïra de Bir-Ghbalou, à savoir Raouraoua et Khebouzia, ont été raccordées au gaz de ville. Le premier magistrat de la wilaya s’était pourtant engagé au raccordement au gaz naturel de la localité, mais les habitants du chef-lieu de la daïra dépendent toujours de la bonbonne de gaz butane. Une bonbonne pas toujours disponible et qui par ce froid se fait rare et surtout de plus en plus chère.

Absence d’une couverture médicale adéquate !

Malgré le nombre non négligeable d’habitants, ainsi que les nombreux cas d’accidents de circulation recensés annuellement aux niveaux des deux routes qui la traversent, la daïra de Bir Ghbalou n’est pas encore dotée d’un hôpital ou bien d’un service d’urgence médical. Le seul centre de santé existant est la polyclinique, un grand édifice dépendant du secteur de santé d’Ain Bessem. Ce dernier n’assure guère une bonne couverture médicale aux citoyens, car il n’est ouvert que de 8heures à 18heures. Sans parler du manque flagrant en personnel et matériel médical. L’infrastructure sanitaire ne compte que deux médecins généralistes, un dentiste et un service de radiologie, «Ils ne peuvent assurer que des petits soins, à part cela tous les cas sont automatiquement transférés à l’hôpital de Ain Bessem», affirme Said.
Cela dit, les cas les plus graves sont directement transférés vers les hôpitaux d’Alger ou de Tizi-Ouzou. Une situation très difficile pour ses derniers, notamment, pour les cas des blessés des accidents de circulation : «beaucoup de blessés meurent faute de transport vers les autres centres de soins, surtout de nuit», révélera l’un des citoyens rencontrés sur place.

Quel crédit aux assurances du maire ?

Le président de l’APC de Bir Ghbalou, M. Ramdhane Debab , nous a accordé prés d’une heure de temps, pour évoquer les différents projets destinés au désenclavement de la commune. Rencontré le lendemain de notre visite, ce dernier nous affirme la bonne volonté et l’engagement des autorités de la wilaya, pour la résolution de tous les problèmes urgents au niveau de la commune de Bir-Ghbalou, «Nous avons plus de 600 autres logements sociaux en cours de construction, une maison de jeune ainsi qu’un projet de réhabilitation urbaine pour le centre de la ville, qui est en voie de finalisation. D’ici la fin 2013, tous nos villages seront alimentés en gaz de ville, aussi nous avons demandé que la polyclinique soit ouverte 24h/24h et avec un service d’urgences médicales. Chose qui va être prise en charge dans les prochains jours», nous dira le premier magistrat de la commune. Au sujet de l’aménagement urbain, ce dernier nous affirme que le raccordement au gaz de ville constitue l’entrave principale quant à la réalisation de travaux d’amélioration du cadre urbain du centre-ville et qu’un projet de réhabilitation sera bientôt mis en marche après la finalisation du projet du gaz de ville. Cependant, le maire a refusé de nous donner le moindre commentaire au sujet des récents événements qui ont touché la commune, «j’ai été écarté de la commission d’étude de dossier, alors que selon la loi, je suis le vice-président de cette commission, car je représente la population. Contrairement à la répartition des 69 logements de 2009, où j’ai veillé personnellement à leurs distributions, nous n’avions eu aucun problème de ce genre». Par ailleurs, il est utile de signaler que nous avons essayé à deux reprises de joindre le chef de daïra, mais ce dernier n’était pas présent lors de notre déplacement. Il est certain que ce responsable aurait été plus apte à répondre aux questions qui préoccupent le quotidien de la population de Bir –Ghbalou qui aspire toujours à une vie meilleure et à un cadre de vie décent.

Oussama Khitouche

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