Par L. Beddar. | 4 Octobre 2012 | 2538 lecture(s)

Takaâts Au village des oliveraies et des amandiers

Une majestueuse forteresse

Takaâts, dans la commune de Seddouk, wilaya de Béjaïa, est un beau village entouré d’oliveraies à perte de vue, que bordent des lignées d’amandiers et des haies de cactus (Akermous).

C’est la pleine saison de la cueillette des figues. Rares sont les maisons où vous ne trouverez pas ce fruit du terroir ancestral garnissant un panier posé sur la table. Tout voyageur qui emprunte la grande RN 74, qui serpente la région sur environ 8 km, ne peut s’empêcher de s’émouvoir de ce que la nature a façonné comme paysages enchanteurs, d’une beauté incomparable, que les visiteurs qualifient volontiers de paradis de l’escalade et de l’escapade. Au détour d’un virage anodin, en amorçant le plat, apparaît le village de Takaâts, à 80 km de la ville de Béjaïa. Un village majestueusement perché sur une colline, fier de son histoire millénaire et de sa beauté ensorceleuse.

Visible des quatre points cardinaux en raison de son assise rappelant un nid d’aigle, la localité de Takaâts offre un splendide panorama dépaysant et impressionnant à la fois. Cette citadelle qui brille de mille feux semble veiller sur la vallée de la Soummam, qu’elle domine du piton d’Akbou jusqu’à l’entrée de Sidi Aïch, tournant naturellement le visage vers les montagnes du Djurdjura dont on peut admirer une pléiade de petits villages proprets à l’architecture typiquement kabyle. De l’autre côté, le dos tourné au mont Achtoug et perchés sur les collines, les quatre villages d’Amdoune n’Seddouk. Nonchalante, superbe et languissante au soleil de l’été, l’enchanteresse vous lance son chant de bonheur, vous invitant à entrer par la porte Sud située aux quatre chemins de la RN 74, ouvrant bien les bras pour vous accueillir chaleureusement. Village de culture, de tourisme et d’histoire, où se côtoient, dans un subtil environnement, une pinède aux arbres rabougris et une végétation drue située à la lisière d’Amalou Sidi Mouffok, Takaâtz offre le décor d’une province verte avec une diversité de paysages séduisant toujours le visiteur. C’est aussi et surtout une terre de traditions, où riment chaleur de l’accueil et richesse du terroir. Une terre séparée des villages d’Amdoune n’Seddouk par la rivière Tassift avec laquelle elle garde des liens ancestraux, une amitié et une fraternité originales et toujours intactes.

C’est ici, le plateau de Massinissa...

Pour ceux qui ne le savent pas, cette plaine, appelée dans le temps plateau de Massinissa (Takaâtz Imessissen) est une ancienne ferme agricole. Même si cela pourrait faire pleurer les nostalgiques, il faut dire que de cette plaine nourricière d’autrefois, ne restent que des amas de béton formant la grande ville, chef-lieu de la commune de Seddouk. Les oliviers déracinés au bulldozer ont cédé la place à des maisons édifiées anarchiquement, sans plans, ternissant l’image de marque de la ville. Takaâts, historiquement parlant, est la citadelle la plus ancienne. Certaines légendes laissent même entendre qu’elle était un ancien fort de Massinissa, érigé sur les meilleures terres du douar M’cisna dont elle faisait partie avant la création de la ville de Seddouk en 1929. Cette ville prit un grand essor, au détriment de la localité de Takaâts qu’elle a reléguée au rang de village. Mais un

village qui se développera lui aussi petit à petit. Après l’indépendance, Takaâtz prend sa revanche en disputant aux autres, la partie Ouest qui la sépare de la ville de Seddouk, se l’appropriant grâce aux efforts de ses enfants qui ont introduit une véritable culture du travail et de l’investissement. Plusieurs fonderies et fabriques d’ustensiles de cuisine en aluminium ont ainsi vu le jour. Cette culture, devenue une tradition, s’est enracinée au plus profond des ingénieux Takaâtis, qui ne manquent pas de dynamisme. Pas moins de trois fabriques, modernes, sont venues renforcer celles déjà existantes. Il s’agit d’une unité de production de cumulus dont le produit est très compétitif, d’une unité de fabrication de pièces mécaniques pour véhicules industriels et, enfin, d’une grande et prestigieuse usine de fabrication de matériels électriques (postes à souder, groupes électrogènes, etc.). Des infrastructures qui ont contribué à résorber, pour une grande part, le chômage dans la région. Mais Takaâtz a quand même gardé sa place de grande région agricole, avec de grandes fermes où sont pratiquées la culture maraîchère et la production animale, avec de vastes régiments d’oliviers sur le versant Ouest accidenté, ainsi que divers élevages, notamment avicoles, dans la petite plaine à la lisière de l’oued Soummam, près de Takrietz. En matière d’infrastructures publiques, la localité de Takaâtz est dotée d’un bureau de poste, qui rend d’énormes services à la population, ainsi que d’une aire de sport aménagée où s’entraînent des jeunes regroupés dans l’équipe locale d’athlétisme. Bientôt, une salle de soins viendra s’ajouter à ces infrastructures. Elle sera implantée dans un lotissement urbain du village, dont l’assiette de terrain a déjà été dégagée par la municipalité.

Les villageois, grâce à une cohésion sociale des plus remarquables, élisent démocratiquement des notables qui travaillent inlassablement pour les intérêts de la collectivité. Leur labeur et leur sueur ont été couronnés par divers projets, notamment celui du réseau de gaz de ville, qui a propulsé les habitants dans une vie plus confortable. Ils ne manquent presque de rien en matière de commodités et la vie dans la cité est agréable.

Dans le domaine de l’habitat, l’ancien village fait toujours dans la résistance, malgré le poids des âges de ses habitations typiquement kabyles construites avec de la pierre locale et charpentées de tuiles rouges traditionnelles. L’extension fulgurante du village a permis l’émergence de lotissements et de grandes propriétés et résidences pavillonnaires assorties de jardins fleuris que délimitent des murets.

Ahmed Oumezreg, un bandit d’honneur qui a défié la France

On y trouve également des habitations collectives éparses, à l’image de celles des cités Mikouchadhane et Aâdha, qui s’imposent comme des intermèdes entre le village et la ville. Enfin, citons aussi la succession de locaux commerciaux sur les deux côtés de la RN 74 qui ne tardera pas à atteindre, si ce n’est déjà fait, le grand centre urbain de la ville de Seddouk. Ce tronçon est en train de se transformer en un grand boulevard commercial. Taâkats, la résistante, c’est aussi le village d’Ahmed Oumerzeg, un «bandit d’honneur» qui avait défié les gendarmes français, lesquels avaient installé un climat de terreur dans la région, croyant qu’ils pouvaient la pacifier à leur entendement par la peur après la mort des Belhaddad. Mais Oumerzeg était là pour leur rappeler le caractère rebelle de la région, arrosée du sang des martyrs. Et c’est ainsi que Oumerzeg brisa l’ordre établi en prenant le chemin du maquis. Pour la guerre de libération, ce village a payé un lourd tribut, avec nombre de ses fils tombés au champ d’honneur pour que vive l’Algérie libre et indépendante. C’est aussi de ce village que sont sortis la quasi-majorité des maires de la commune de Seddouk, après l’indépendance. C’est aussi le village qui a enfanté feu Methia, un illustre écrivain, auteur de plusieurs ouvrages traitant de la psychanalyse. Takaâts a également engendré nombre de footballeurs talentueux qui ont fait le bonheur du RC Seddouk. Nous citerons les Benbenlout Brahim, Salhi Abdenour et Anares Mustapha et autres. Takaâts est parmi les plus importants villages de la région.

L. Beddar.

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