Par Hocine T | 21 Octobre 2012 | 1799 lecture(s)

Aït Mendes Perchée à plus de 800 m d’altitude

Une bourgade en quête de développement

 

Le grand village d’Aït Mendes, dans la commune de Boghni, à 39 kilomètres au sud de la wilaya de Tizi-Ouzou, semble loin du temps présent. 

Pour rejoindre ce village de 15000 habitants, répartis sur cinq hameaux (Mehban, Tala Nbrahem, Ighil Nbil, Imrabden et Igarfiwen), il faut monter encore et toujours, comme c’est le cas pour beaucoup de villages de Kabylie. Un douar perché sur les hauteurs du majestueux Djurdjura, à plus de 800 mètres d’altitude. Il est vrai que les paysages y sont sublimes et la nature généreuse, mais hélas, le reste n’incite pas à autant de réjouissance. A commencer par le réseau routier, notamment à l’intérieure du douar qui est dégradé à l’extrême. Les chemins sont étroits, atteignant difficilement les deux mètres de largeur par endroits, sinueux et détériorés. Par voiture, on ne roule qu’en première… Les croisements et les dépassements sont impossibles. 

Les caniveaux n’existent qu’en partie. Les ouvrages et les bouches d’évacuation des eaux pluviales sont pour la plupart obstrués. Du coup les eaux de la pluie malmènent le bitume et creusent des crevasses. 

Les chemins d’Alma vers Ath Mouh, de Chréa vers Ighil Nbil et Alma Besri et celui reliant Aït Ali à Aït Bouchama, pour ne citer que ceux-là, sont dans un état de dégradation avancé.

Une dizaine de fontaines polluées

L’environnement des lieux n’est pas plus reluisant. Visiblement, il faut du temps et de l’argent pour réparer les dégâts. Le verre, les bouteilles vides et les canettes envahissent la localité, même le parc du Djurdjura  n’est pas épargné. Les dégâts causés à la faune et à la flore sont dramatiques. Le village compte une dizaine de fontaine toutes polluées et transformées au fil des années en dépotoirs sauvages. L’assainissement est partiel et ne concerne pas tous les quartiers. Certains foyers continuent de rejeter leurs eaux usées à ciel ouvert et d’autres ont recours à des fosses septiques. A Aït Bounoua et Aït Ali, les exemples ne manquent pas. Pour ce qui est de l’alimentation en eau potable, les villageois s’estiment lésés car l’eau se fait toujours rare, hiver comme été. Les quartiers situés sur les hauteurs n’ont d’autres solution que l’achat de citernes tractables au prix de 800 DA l’unité. Signalons qu’une nouvelle conduite, à partir du barrage de Koudiet Asserdoun, est en voie de réalisation. Quant à la conduite existante (El Ain par Mendes), elle est piratée en plusieurs endroits. Du coup, l’eau n’arrive pas dans des centaines de foyers. Le réseau du gaz naturel est aussi partiel et le taux de raccordement n’est que de 10%. Les travaux de raccordement des villages de Melban, Aït Bounoua, Tala Nbrahem, Askrem et Alma Nbesri sont en cours mais peinent à être finalisés. La première entreprise n’a pas tenu ses engagements et l’actuelle est, dit-on, en train de réparer les dégâts et de poursuivre les travaux.

Une localité infestée par la débauche

La violence, les kidnappings et les lieux de débauches ce n’est pas du tout des sujets qui sont étrangers à la population locale. Cette dernière en connaît un bout. La région est passée par un climat d’insécurité et une psychose jamais connue dans la région, il n y a pas de cela longtemps. A Tiniri, Une vaste oliveraie qui faisait la richesse des villageois était devenue la source du mal. Elle était d’ailleurs considérée comme une zone impénétrable. Voyant le mal venir et s’accentuer, menaçant le quotidien et la vie des villageois, le comité de village n’a pas trouvé d’autres solutions que celle de réunir les citoyens et de leur faire part des dangers qui menacent leur douar. La décision fut alors prise de mettre un terme définitif à cette situation. Les villageois, venus en grand nombre et encadrés par leur comité, ont rasé pas moins de sept lieux de débauche. Des bulldozers ont été réquisitionnés pour... Bien entendu les délinquants et les propriétaires des lieux n’ont eu qu’à sauver leurs têtes. Sur place, les traces des installations sont encore imposantes. Les ustensiles de cuisine utilisés, des centaines de bouteille vides, des centaines d’autres emballages jonchent encore les lieux. Mais depuis ce sursaut d’orgueil, le calme est revenu dans toute la région et le respect des lois régissant le village est de nouveau rétabli. La vente d’alcool, le tapage nocturne, la vente de stupéfiants et tous les actes visant à déstabiliser la quiétude du village sont désormais interdits.  Une forte amende est infligée à toute personne violant la réglementation. En dernier recours, le comité a menacé de porter plainte contre d’éventuels fauteurs de troubles.

La culture et le sport, les parents pauvres !

A Ath Mendes, les activités culturelles, on n’a pas l’habitude d’en voir, temoigne un jeune du village. Ni foyer de jeunes, ni maison de jeunes et encore moins une bibliothèque ou une salle de lecture. C’est le désert culturel. Les jeunes du village n’ont d’autre choix que celui de chercher ailleurs… Signalons toutefois qu’une maison de jeunes est inscrite au profit de ce village. Elle sera implantée…à Tiniri. C’est ce qu’on dit. Mais point d’entame de travaux. Pour ce qui est du secteur du sport, le constat n’est pas meilleur. Les « acquis » se résume à une aire de jeu à Maghrous. Pas vraiment suffisant pour inciter les jeunes ne serait-ce à créer un club de football. En revanche, on y trouve une section de tir sportif, de kick boxing, d’aérobic et de full contact. Les entraînements se font dans des salles de fortune. Bien entendu le réseau de la téléphonie fixe n’existe pas dans ce grand douar. L’Internet est donc automatiquement indisponible. Les amateurs n’ont toujours qu’une seule solution : il faut aller voir ailleurs... Le secteur de la santé est aussi en très mauvaise posture, puisque l’on n’y enregistre que deux unités de soins qui ne prodiguent que des soins de base, à savoir les injections et les changements de pansement. Pour des soins efficients, les villageois n’ont encore et toujours qu’une seule solution : Encore aller voir ailleurs !

Hocine T

 

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