Par S. Bénédine | 19 Juin 2013 | 4930 lecture(s)

Une ville côtière, mais pas suffisamment touristique

Tigzirt, malgré tout, on l’aime !

Jeudi dernier, sur la route de Tigzirt. Tout ce qu’il y a de plus normal en ce début de saison estivale. En dévalant la crête du sommet  de Makouda, ce n’est toutefois  pas encore la grande circulation.

La route paraît tranquille, autant que le plat de la grande bleue qui s’annonce au regard en contrebas. On roule sans grand soucis… Il faut dire qu’en dehors de la population locale, contrainte de faire le détour par Sidi Naâmane, en partant de ou en allant vers, Tizi-Ouzou, les estivants sont  quelque peu découragés par la route habituelle, fermée depuis plusieurs mois au niveau de Timizar Laghbar à hauteur du  Pont de Bougie. Les plus touchés trouvent d’ailleurs que ce chantier s’éternise…  Il est vrai que l’on conçoit mal la fermeture d’une route desservant toute une région pendant plus d’une année… Un temps pourtant suffisamment large pour se lier à une femme, l’épouser, lui faire un enfant et la voir même le mettre au monde. Mais apparemment pas assez pour élargir ou retaper un tronçon d’une sinueuse route…  Mais bon ! Ca se passe comme ça chez nous. On a tellement pris l’habitude ! La rentrée de Tigzirt est aussi en travaux. Curieuse ingénieuse idée, on bitume la route principale à la mi-journée. Rien que ça ! Et forcément, même si ça ne circule pas beaucoup, à ce niveau-là, ça fait une sorte d’entonnoir, avec, de part et d’autre, des chaînes de voitures qu’un jeune, la mine défaite, la lèvre supérieure chichement soulevée par une boule de chic « superbement » en vue, fait passer à sa guise. Les automobilistes, en attente, s’ennuient visiblement autant que ces ouvriers qui se tapent la corvée d’un goudron bouillonnant sous 40°. Le nouveau tapis humide s’allonge au moins sur une cinquantaine de mètres. Au bout de la traversée, si vous roulez par malheur en carrosserie blanche, c’est tout simplement fichu pour les bas de caisse… Un peu comme en maçonnerie, les portières se retrouvent mouchetées en  noir, à cause du goudron rejeté en arrière par les roues. Y a de quoi vous hérisser les cheveux.  Vous avez beau faire attention mais…  Et ça fait grincer des mines et fuser des tas de  « belles » paroles chez les passants. Allez savoir pourquoi ceux qui devaient le faire n’ont pas pensé à envisager cet encombrant chantier plutôt dans le temps ? Ou tout au moins songer à des travaux en nocturne ? Ca aurait évité des désagréments de trop aux automobilistes. Pour les touristes c’est une toute autre histoire… Quel accueil ! Même pas une route libérée et on ose parler de station balnéaire ? Pauvre Tigzirt ! Et pourtant en terme de ressources naturelles, la localité rivalise avec les plus beaux sites qui longent la méditerrané sur les deux rives. Le plus beau reste ces espaces encore à l’état sauvage. De très belles villas ont poussé… De loin, le paysage parait féérique ! Surtout chez le privé. Normal, il s’en soucie plus ! Côté public, les manques sautent aux yeux. 

Une ville côtière qui se contente de sa mer…

La cité ne semble pas vivre une saison estivale. Il y a du monde, certes, mais les lieux manquent de couleurs, d’ambiance, de son, de vie… Si ce n’était la mer d’à côté, les rues, dans leur majorité dégarnies de toute verdure, ressembleraient plus à des allées d’une ville du Sud. Le notre, pas celui de Fafa… La ressemblance passerait en effet plus avec Tougourt qu’avec Marseille ! Ah Marseille ! La Canebière ! Le vieux port ! Y a pas photo, franchement. Tigzirt n’a même pas encore le gaz de ville. Pas une salle de cinéma qui tourne. Ni théâtre. Ni opéra. Alors là, le métro…  Pas le moindre espace pour les couples. A l’hôtel on vous exige le livret de famille même s’il n’y a aucune loi qui le dit. Faut payer deux chambres, histoire de louer en voisins. Et se …rendre visite. La ville dort très tôt. On commence à fermer boutiques dès 18 heures… C’est dire qu’on est vraiment loin de Marseille. Trop même.  

Ici, les chaussées sont cicatrisées en longueur par les sillons des tas de conduites fraichement enfouies sous terre.  Forcément, la poussière est là. Mais le gaz, pas encore…  Et pourtant même les villages ont maintenant…le gaz de ville. A Tigzirt, on fait coïncider le chantier avec…la saison estivale. Toute la ville paraît d’ailleurs en chantier. Des battisses poussent un peu partout. La tendance est aux immeubles. La cité perd son architecture d’antan qui faisait sa particularité, son charme. Les gens ont tendance à vouloir vite en finir avec les tuiles. Ici et là, on superpose les étages, de plus en plus haut.   Le soleil en revanche semble plus bas qu’ailleurs. En attendant peut-être le 5 juillet, les restos du « grand boulevard » continuent donc à cuisiner en gaz butane. La galère dure encore pour eux ! Comme à travers toute l’Algérie, le plat frite omelettes est le plus proposé… pour manger du poisson il faut plutôt se donner la peine de dénicher un des rares établissements de gastronomie encore en activité dans le coin. On dit que le forcing et la pression, exercés sur les restos où on pouvait se permettre du rosé avec une bonne cuisine de mer, ont fini par avoir raison des restaurateurs les plus tenaces. La vague des moralisateurs a tout emporté. Ou presque. N’empêche qu’il y a toujours des résistants. Ce qui permet à certains débits de boissons de subsister. Mais sinon il y a le service en mode  «à emporter» qui fait des heureux. Pour le local, ça marche ! Merveilleusement bien même. C’est un créneau florissant. C’est connu de ce côté de Ouaguenoun ! Au soir, on ramasse la recette comme on ramasse, épisodiquement les canettes de bière, le long des routes : Dans des sacs poubelle. Mais parler de tourisme dans ces conditions est presque un pêché. Et pourtant un office spécialisé trône au centre-ville. La structure décline même sa nature en plus de cinq langues sur son fronton. Même en espagnol… Mamamiaaah ! Mais on ne voit aucune campagne pour inciterait à la destination : Tigzirt. Ca manque de peinture, d’affiches, de plaques de circonstances, même de drapeaux, de fanions…  La ville garde presque la même image qu’en décembre… Avec le mauvais temps en moins. C’est comme si Tigzirt se contentait de sa mer… Malgré tout, beaucoup qui la connaissent gardent leur amour intact pour cette région, cette ville. On semble y revenir, par nostalgie pour certains, par défaut pour d’autre ! Même si l’accueil n’est pas des meilleurs. 

La ville, telle cette charmante femme au mois de Ramadhan

Le barrage fixe des services de sécurité, excessivement renforcé en blocs de béton, de barbelé et de véhicules antiterrorisme, fait rejaillir l’appréhension du pire plus qu’il ne rassure. Même si, avec le temps, les gens d’ici ont l’air de s’en accommoder et vivre avec, sans vraiment y prêter attention, encore moins s’en soucier. Mais les émigrés qui débarquent flippent et y trouvent à redire… Et il y a de quoi, avec cette inévitable impression d’être à un passage de contrôle à Ramallah malgré la sympathie des hommes en faction ! Ca ne convient pas du tout à une ville de vacances. C’est le genre de détail qui balaie toute quiétude. Et puis, la meilleure police c’est la plus efficace et non la plus en vue… Ca rappelle un peu ces pompiers qu’on mobilise autour d’un terrain de foot avec la traditionnelle combinaison anti incendie et le fameux casque ostentatoire en zinc…  

Sur la plage, les estivants semblent ne rien retenir de tout ça heureusement. On s’allonge sur le sable, on pique des têtes et on se rince surtout…l’oeil. Pas beaucoup de monde encore mais ça va ! C’est comme dans un bus étatique à moitié plein. Car un privé n’aurait jamais démarré comme ça. Des regroupements plus au moins importants se distinguent à certains carrés. Mais n’allez pas vite imaginer que la plage est moins profonde à ce niveau-là. Ou encore que le sable y serait plus fin. Nonnnn ! C’est scientifique ! Et surtout…physique ! Certains célibataires endurcis ou autres y ont même fait leur sport favori ! On vient pour voir. C’est emmerdant pour les familles, mais on n’y peut rien. Ou plutôt si : changer de place ! Et parfois ça fait alors des vagues humaines sur le sable… C’est plus tranquille du côté du port, retapé à neuf. L’une des plus grandes satisfactions de Tigzirt, avec l’informatisation de l’état civil à la mairie, depuis qu’elle est Tigzirt. Certains y trouvent un coin très soft et surtout adéquat pour distraire les enfants. Ce n’est pas immense. Ce n’est pas Disney Land, mais c’est convivial. Y a des jeux. Les barques de pêche sont aussi à portée de main. L’occasion pour se prendre en photo à côté. Ou carrément dedans. Les adultes peuvent se permettre des balades même si ce n’est pas vaste… Les lieux sont prisés par les visiteurs. On se rend aussi du côté des ruines romaines. Mais là, ce n’est que…ruines. On aurait pu mettre en valeur mieux que cela ces vestiges antiques. C’est des siècles d’histoires à sauvegarder mais aussi à valoriser ! Ce n’est pas que c’est abandonné, mais les lieux paraissent démaquillés, telle une charmante femme durant le Ramadhan… Tigzirt en entier est à peu près dans cet état. Au naturel. L’homme ne semble pas lui accorder suffisamment d’attention pour la rendre plus belle. Mais elle reste un amour qui séduit et accroche. Forcément, on l’aime malgré tout.     

S. Bénédine

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