Par Ramdane Bourahla | 23 Décembre 2013 | 4673 lecture(s)

Bouira Sur la route qui monte de Haïzer

Tikjda, un tableau double face !

Le mont Tikjda, l’un des joyaux de la wilaya de Bouira (1478 m d’altitude), offre à ses visiteurs des paysages féeriques et les envoute littéralement par sa splendeur.

Tikjda, qui fut, durant de nombreuses années, le point de chute des touristes de tous les horizons et qui était surnommée, à juste titre, la “Gstaad” de Kabylie, retrouve peu à peu son attraction et son charme légendaire, après des années d’abandon à cause de la décennie noire qu’a connu le pays. Désormais, la sécurité y règne partiellement et des visiteurs, locaux comme étrangers renouent progressivement avec le site pour profiter de sa beauté et splendeur. Visite guidée sur les lieux. 

Via Haïzer, le chemin le plus court pour y aller... 

Pour s’y rendre, le chemin le plus court reste celui de la RN33, communément appelé « route de Haïzer. » C’est de là que commence notre ascension. Ainsi, et après avoir passé le barrage de police, à proximité du centre pénitencier, nous poursuivons notre chemin sur la RN33, actuellement en travaux de réalisation d’un dédoublement sur 17 kms, qui devrait à terme faciliter la circulation entre la commune de Haïzer et le chef-lieu de la wilaya. Ce chantier traîne, malheureusement en longueur et les délais impartis ne seront visiblement pas être respectés. Ceci étant, le chantier n’est pas à l’arrêt et le ballet des camions transportant gravier, sable et autres remblais est quasi-incessant. Une fois arrivés à Haïzer, nous remarquerons que cette commune, qui a été pendant plus de cinq ans “otage” d’une paralysie due à l’ancienne APC, retrouve une certaine dynamique. Ainsi, les boulevards ont été élargis, les routes bitumées et l’aménagement urbain qui faisait tant défaut est en train de se faire graduellement. Passés le chef-lieu de cette commune, l’air est soudainement plus frais, plus vivifiant et revigorant. Pour cause, nous entrons dans ce qui fait la Kabylie et son charme irrésistible. Des villages à pertes de vue, tous perchés sur les flancs des montages ou sur de petites collines. Le tout entouré d’oliveraies et autres champs d’arbres fruitiers. Les villageois ont encore la notion du temps et le respecte. Point de pression, point de stress et encore mois d’agitation. La sérénité et l’osmose avec Dame nature sont encore préservées. Il n’est pas rare de croiser une vielle femme, toujours bon pied bon œil, se balader avec sa fille ou sa belle-fille, transportant des sacs d’oliviers fraîchement cueillies. Pour leur part, les hommes prennent leur temps pour aller chercher de l’eau à une fontaine située à plusieurs mètres en contrebas, avec pour seul et unique moyen de locomotion, un mulet qui tient à sa réputation, puisque il trottine au beau milieu de la route, comme s’il nous faisait savoir que nous sommes sur son territoire, et par conséquent, priés de respecter ses règles, le tout sous le regard amusé de son propriétaire. Une fois arrivés à l’intersection qui mène vers le village de Slim, vers la gauche, et la commune d’El Esnam, nous prenons la direction de cette dernière. La route est en bon état, parfaitement carrossable, elle nous mènera directement à destination. En levant les yeux, la majestueuse Tikjda affiche sa domination et la rappelle par des brises fraîches provenant des cimes enneigés.  Sur la route, des travailleurs communaux s’affairaient à nettoyer les bordures. Pourtant, ces dernières de loin paraissaient relativement propres. Sauf que de près, le tableau est horrible, à certains endroits en particulier. Au beau milieu de ce paradis terrestre, se dresse des amas de canettes de bières, bouteilles en verre et autres détritus. Une véritable décharge à ciel ouvert. Des bouteilles et des canettes d’alcool à perte de vue. 

“La culture du tourisme fait cruellement défaut”

Autre fait constaté, la prolifération de petits commerces de vente d’alcool. Le tout de manière illégale, mais néanmoins qui semble toléré par les autorités. Cela n’est pas dramatique en soi. Ce qui l’est, par contre, est le fait que ces “ commerçants” laissent derrière eux des tonnes de déchets qui tuent la faune et la flore locales à petit feu. D’autant plus qu’une simple bouteille de plastique met 200 ans pour disparaître et celle en verre met un millénaire pour se dégrader. Ce triste paysage, qui contraste avec celui qu’offre Tikjda, fait craindre à bon nombre d’écologistes le pire des scénarios. Lors de notre escalade, au autre constat nous saute aux yeux et nous fait prendre conscience de la fragilité de la flore locale. Des dizaines, pour ne pas dires des centaines, d’hectares de végétation ont tout bonnement disparu, ravagés par les multiples incendies. Tout est noir autour, des arbres carbonisés, une végétation dévastée par les flammes. N’empêche que l’endroit semble constituer un coin idéal pour les jeunes amoureux qui fuient les regards. Des voitures sont garées comme à la chaîne sur les bas-côtés, à leurs bords des couples qui profitent des paysages, en s’échangeant des baiser volés. C’est aussi cela, la magie de Tikjda. Après plus de 40 mn de route, nous arrivons, enfin, au Complexe national de loisirs sportifs  de Tikjda (CNLST). À l’entrée, nous apercevons un bus immatriculé dans la wilaya de Boumerdès. Continuant notre chemin, nous sommes d’emblée accueillis par les maître des lieux, les singes magots. Ces bêtes, qui se sont habituées à la présence humaine, nous narguent en se tenant devant nous, nous lançant des regards malicieux. L’expression « malin comme un singe » prend toute sa forme dès lors. Quelques mètres nous séparent du portail principal de ce complexe, et là, une vision des plus horribles nous interpelle. Une benne à ordure qui déborde de déchets et des sacs en plastic, bouteilles d’eau minérale, gobelets… etc. se retrouvent à même le sol. Une fois à l’intérieur du site, un agent de sécurité questionné sur l’affluence qu’enregistre Tikjda, l’estimera grande pendant le week-end et moyenne en jour de semaine. “Vous savez , à l’intérieur du site, il n’y rien à craindre, il est sécurisé, mais si vous vous avisez à sortir du périmètre, vous vous exposez à une agression certaine”, soulignera-t-il. Et d’enchaîner, en nous racontant que certaines personnes font la loi à l’extérieur :“Si vous venez en famille, ne sortez pas des sentiers battus, car vous risquez d’être agressés”. Cet agent, qui s’exprimait sans aucune langue de bois, ajoutera :”Je suis peut-être pessimiste, mais je crois que nous sommes très loin du tourisme que nous voyons à la télé... Je ne défends pas les autorités, mais que peuvent-elles faire face à certains touristes mal éduqués et qui n’ont aucun respect pour la nature. C’est toute une culture qu’il faudrait inculquer aux gens”, a-t-il estimé, avant de nous indiquer l’auberge, pour de plus amples informations. 

Quand la beauté côtoie la laideur !

À l’intérieur de l’auberge, point de réceptionniste. Ce dernier se révèlera, par la suite, faisant également office de garçon de café, sans doute par manque d’effectif. Le cadre y est relativement agréable, le mobilier assez entretenu et propre. Un groupe de jeunes sirotait des jus, cigarette au bec. “ On est venus de Boumerdès, dans le cadre d’une excursion organisée par notre école”, nous dira Karim. Interrogé sur les conditions d’accueil, ce jeune homme, notera :” On vient d’arriver et, ma foi, on a été très bien reçu. Seul petit bémol, on aurait aimé avoir de la neige, mais bon, être ici, c’est déjà formidable!”. D’autres touristes, venus notamment d’Alger, Blida, Tizi-Ouzou, Béjaïa, ou encore de Rélizane ou Tlemcen, ont indiqué que le cadre est ferrique, magique même. Il est vrai que la beauté de Tikjda, est indescriptible. Les cimes enneigées côtoient la végétation verdoyante, le tout cohabitant dans une parfaite harmonie. Le paradis sur terre! Mais qui dit paradis, dit également enfer. Ce dernier est l’œuvre de l’homme et de sa cupidité. En effet, au milieu des paysages envoûtants, se dresse malheureusement des monticules d’ordures et autres immondices. “Révoltant!” Voulant avoir plus de détails sur la gestion de ce site, nous avons tenté de prendre attache avec les responsables du Parc national du Djurdjura, mais ces derniers étaient, selon toute vraisemblance, absents, puisque leurs bureaux, situés à proximité de la caserne de la protection civile, étaient fermés. Mais il faut bien le reconnaître, ces services sont impuissants face à l’ignominie de certains citoyens. Car, à moins de mettre un agent derrière chaque visiteur, le PND ne peut à lui seul assurer la sauvegarde de ce patrimoine. 

La réhabilitation des remontées mécaniques, un projet pour «très bientôt», dit-on 

Dans le but d’en savoir plus sur les réalisations et les projets en cours au niveau du CNLST, nous avons pris langue avec M. Chebouti, responsable administratif de ce complexe. Notre interlocuteur dira que son établissement est un EPIC et a pour mission “ d’offrir aux citoyens comme aux sportifs professionnels, un espace de détente et de loisirs”. Dans la foulée, M. Chebouti enchaînera en indiquant que ce ne sont pas moins de 20 fédérations sportives qui sont abonnées à ce centre. Interrogé à propos du taux de réservation pour cette période de l’année, caractérisée par les fêtes de fin d’année, notre interlocuteur dira :” Comme chaque année, nous avons prévu un riche programme, pour adultes et pour enfants. Ainsi, on aura une soirée dansante, avec un Dj et des chanteurs. Et pour les enfants, on aura des spectacles de magie et de clowns”. Concernant le taux de réservation, notre vis-à- vis notera que son complexe enregistre une grande affluence. “Durant la pleine saison, nous enregistrons un taux de réservation qui avoisine les 80%. Pour les jours qui viennent, nous espérons faire le plein”, a-t-il indiqué. A propos des structures d’accueil, ce responsable dira :” Notre complexe dispose de 500 lits, auxquels s’ajoutent près de 120 lits de l’hôtel Djurdjura qui va ouvrir ses portes dans les tous prochains jours”. Et d’ajouter :” Nous disposons également de deux pistes skiables balisées. Nous offrons aussi à nos clients des randonnées pédestres ou en VTT, à travers l’ensemble du site, et ce, en compagnie de guides formés et spécialisés”. Sur le volet technologies et afin de permettre aux clients de rester connectés même à plus de 1470 mètres d’altitude, M. Chebouti soulignera que son complexe dispose d’une connexion Wi-Fi, en libre accès. Toutefois, lors de notre passage sur les lieux, cette connexion n’était pas disponible, car selon ce responsable, les liaisons téléphoniques étaient perturbées. Enfin répondant à une question relative au projet de réhabilitation des remontées mécaniques, notre interlocuteur s’est montré rassurant sur le sujet. “ Je suis très optimiste quant à la concrétisation de ce projet. La phase d’étude est sur le point d’être achevée, il ne reste plus que le lancement de l’avis d’appel d’offres. Ce dernier devrait intervenir d’ici le mois de janvier prochain, et à partir de là, nos pourrons lancer les travaux”. 

 

 

Ramdane Bourahla

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