Par L.Beddar | 21 Septembre 2014 | 4115 lecture(s)

Béjaïa : la commune assure, doucement mais sûrement, son développement

Akbou en plein essor

N’importe quel visiteur de la ville d’Akbou se rendra compte du changement perceptible qui saute aux yeux dans cette ancienne daïra, datant de l’époque coloniale, qui garde ce statut en 2014 malgré son développement fulgurant à tous points de vue.

Cette deuxième grande ville de la wilaya de Béjaïa serait promue au rang d’une wilaya déléguée, un statut qui lui serait attribué lors du prochain découpage administratif, prévu par les hautes autorités du pays pour bientôt. La ville d’Akbou a acquis ses lettres de noblesses grâce à une économie prospère qui ne cesse de se développer. Depuis 1997, elle est gérée par Abderrahmane Bensebaa qui a été reconduit quatre fois au poste de P/APC, les trois premiers mandats sous l’égide du FFS qu’il a quitté pour se représenter aux deux derniers mandats en conduisant une liste d’indépendants.  En venant de Béjaïa, nous avons commencé notre visite à partir du village Laâzib Benalicherif portant le nom d’un Caïd de la période de la colonisation. Si la petite partie des terres fertiles, longeant la rive gauche de la RN26, a été complètement anéantie par le béton où des constructions anarchiques sont collées l’une à l’autre, la plus grande partie des terres fertiles, situées en dessous de cette route sur une grande superficie qui s’étend jusqu’à l’oued Soummam, a été récupérée par l’un des fils du dit dignitaire. Des terres sauvées d’un abandon, qui a duré des décennies, par un patron local qui les a achetées et mis en valeur en les plantant d’oliviers. Il a juré de redorer le blason de cette région en rendant le pays exportateur de l’huile d’olives vers la métropole, comme il l’était durant la colonisation. Nous continuons notre route et à un jet de pierre nous atterrissons à la zone d’activité de Taheracht. Il faut dire que la prospérité industrielle a commencé durant les années 80 quand l’Etat a créé deux grandes usines implantées à la sortie de la ville d’Akbou, aux abords de la grande route menant vers Alger. L’unité de la SONIPEC spécialisée dans la fabrication de la chaussure, dont les produits ont acquis une renommée nationale et l’unité de la SONITEX spécialisée dans le textile. Ce sont ces deux unités qui ont donné les premiers jalons d’une industrie galopante, une vocation devenue une culture chez les Akbouciens qui peuvent se targuer aujourd’hui d’avoir eu le mérite de créer une zone d’activité spécialisée dans l’agroalimentaire.

Une zone d’activité florissante

Une zone d’activité, incomparable à l’échelle nationale et s’étalant sur 25 hectares, comprend vingt cinq unités de production avec 3000 ouvriers environ. Il faut dire aussi que les avantages donnés ont attiré de nombreux établissements de grande taille, dont certains sont de renommée mondiale à l’image de Danone spécialisé dans la fabrication du Yaourt qui est opposé à un sérieux rival dans la zone :Soummam Yaourt, en l’occurrence. Une firme algérienne, pour ne pas dire Akboucienne, qui n’a pas mis longtemps pour s’acquérir un label et s’imposer sur le marché national. Sans omettre l’entreprise IFRI, spécialisée dans l’eau minérale et les jus. Les entreprises ont, alors, multiplié leurs implantations et se sont appropriées tout l’espace. Beaucoup d’autres ont souhaité s’y installer mais en vain, en raison de l’indisponibilité de terrains. Pour cela,  il avait été question d’une extension de cette zone par l’aménagement de 25 autres hectares, chose qui ne s’est pas réalisée à ce jour. L’extension s’est faite, quand même, depuis que la famille Benali Chérif a bénéficié d’une mesure de restitution de ses terres par l’Etat. Des terres qu’elle a vendues à des privés, dont la plupart a préféré construire des usines agrandissant, ainsi, le périmètre de la zone d’activité. Changeant de métaphore, Taheracht, qui était autrefois une grande ferme agricole, s’est forgée, depuis quelques années, une autre vocation, c’est bien entendu celle de friche industrielle qui continue à aiguiser les appétits de ceux qui convoitent les grandes surfaces proches de cette zone, dont la plupart viennent de Tizi Ouzou ériger des usines en achetant des terrains chez le privé à la lisière de l’oued Soummam. Pour bénéficier de certains avantages, ils souhaitent le changement de statut de cette zone qui remplit tous les critères pour devenir une Zone industrielle par excellence. Durant la colonisation, la mine de fer de Gueldamen pourvoyait les usines métallurgiques de France en fer brut. Ce gisement minier,  se trouvant en face de cette zone, est à l’arrêt depuis l’indépendance. Mais beaucoup ne perdent pas espoir que son exploitation sera remise au goût du jour. A la sortie de cette zone en allant vers Biziou, un panneau de signalisation indique qu’à quelques kilomètres de là se trouve la station thermale Sidi Yahia que nous avons découvert au détour d’un chemin toute perdue sur l’une des rives de l’oued Boussalem, affluent de l’oued Soummam.

Station thermale Sidi Yahia pour une double vocation

Blottie entre deux rochers, elle propose des séjours santé qui font oublier le stress de la vie quotidienne en ville, grâce à ses eaux bouillantes bienfaitrices et son air pur qui remettent d’aplomb ceux qui s’y rendent. Une double vocation (touristique et thérapeutique) acquise grâce à ses eaux comportant plusieurs ingrédients qui apportent des remèdes pour diverses maladies, notamment, rhumatismales. Il est très prisé pour des villégiatures de courtes durées, notamment, de personnes âgées, dont la plupart allaient chercher des solutions à leurs maux. Les jeunes aussi, notamment, les couples aiment bien s’y rendre pour s’émouvoir des paysages enchanteurs associés à la tranquillité des lieux. Un ensemble de bienfaits vivement recommandé pour la détente. Si l’on s’en tient à cela, le commerce s’est aussi développé à une vitesse effrénée dans cette ville. De retour, à partir des trois chemins de Taheracht et jusqu’au village Riquet, la route nationale 26, traversant la nouvelle ville sur environ trois kilomètres, forme un grand boulevard commercial qui, comme une arête d’une feuille, distribue des commerces à droite et à gauche. Ce grand faubourg commercial où s’accumulent des garages mécaniques, des agences de pièces détachées neuves et d’occasion, des entrepôts, des magasins…, n’attire pas seulement des petits commerces, mais il est aussi convoité par les grosses affaires comme les concessionnaires automobiles qui exposent, dans des vitrines, leurs gammes de véhicules à une clientèle locale ou de passage. Dans le domaine touristique, il abrite deux prestigieux hôtels bars restaurants. Le secteur bancaire a, également, connu  dans cette ville une expansion fulgurante. Outre les agences des banques publiques concentrées au centre ville, cinq agences de banques étrangères se sont installées, montrant à quel point les affaires marchent bien dans cette cité qui compte, également, une dizaine de compagnies d’assurance. Nous arrivons à l’ancienne ville qui garde encore son charme éblouissant avec le vieux bâti qui tient bon malgré les vicissitudes du temps. Adossée au flanc Est et escarpé de la montagne de Djurdjura et naturellement tournée vers la grande muraille du mont de Gueldamen, cette forteresse inexpugnable est à la fois une riche terre d’accueil avec des habitants qui reçoivent leurs visiteurs avec un chaleureux sourire spécifique aux Akbouciens, en les invitant à des escapades et à la découverte d’un terroir. Ses figues et son huile d’olives superbes, sa gastronomie généreuse, ses quartiers propres où prospèrent d’anciennes maisons de style kabyle qu’alternent des maisons pavillonnaires qui séduisent à coup sûr. Cette capitale de la haute vallée de la Soummam connaît, depuis l’avènement du libéralisme, un essor  des plus extraordinaires en exploitant le réel potentiel de développement qui gît à ses portes.

L’ancienne ville se métamorphose

 Le marché de gros en fruits et légumes aménagé, comme il se doit, par la municipalité, avec des espaces couverts pour l’exposition des marchandises et des allées très spacieuses permettant le passage des véhicules, même, de gros tonnages. Il est doté aussi d’un parc de stationnement interne, ouvert tous les jours, attirant une clientèle venant des quatre coins de la wilaya de Béjaïa et des wilayas limitrophes. A proximité, le marché hebdomadaire qui se tient deux fois par semaine. Le lundi est réservé pour le commerce de gros de la lingerie et friperie,  ainsi que pour le bétail et les fourrages. Le vendredi pour l’automobile accueillant, ainsi, des centaines de voitures exposées à la vente. C’est aussi la journée de la vente de pièces détachées neuves et d’occasion dans ce marché. Devant l’afflux des visiteurs, des dizaines de parcs de stationnement ont été créés. Des gargotiers ambulants ainsi que des charlatans en médecine traditionnelle se rajoutent au décor. La ruelle qui mène à ce marché  distribue, à droite comme à gauche, des commerces de gros de tout genre. Elle s’est acquise de la réputation d’une rue commerçante très fréquentée, même durant les jours de semaine, en raison d’une pléiade de commerces de gros qu’elle abrite. La nouvelle ville, que sépare une rivière, est connue grâce au secteur de la santé qui s’est développé considérablement à Akbou. Outre un hôpital public et une annexe réservée aux soins spécialisés, plusieurs cliniques privées ont vu le jour. Elle pullule, aussi, de médecins spécialistes, dont la plupart sont établis prés de l’hôpital et dans une même cité où parfois, pour une même spécialité, on y trouve deux à trois cabinets. Pour le transport, Akbou possède une gare routière. Seulement, même très spacieuse, elle n’arrive plus à contenir l’afflux de fourgons de transport de voyageurs dont la flotte ne cesse d’augmenter, ce qui fait que certains d’entre eux, par faute de places, stationnent en dehors du périmètre réservé à cet effet. Le sport a aussi sa place à Akbou. Le football est ancré au plus profond de la vie sociale. Il faut dire que le football germe dans les entrailles des quartiers défavorisés, devenant le meilleur loisir des jeunes qui le pratiquent pour autant, d’abord dans les ruelles étroites de leur cité avant de s’affirmer en arpentant, balle au pied, la pelouse synthétique du stade de Guendouza. Le foot est devenu, par la force des choses, une longue histoire d’amour entre la balle ronde et les jeunes footballeurs amateurs Akbouciens. Dotée d’un complexe sportif qui n’a rien à envier à celui de la ville de Béjaïa, Akbou possède deux équipes de football pour l’orientation de la masse juvénile. L’ORBA et la JSA, auxquels s’ajoute le CFFA, un club de football féminin qui fait la fierté de cette ville. Créé en 2010, ce club évolue, cette année, en nationale Une, grâce à un parcours des plus reluisants. Le bâti a connu aussi un essor de développement des plus fulgurants où des cités urbaines, des lotissements à l’habitat collectif et des maisons pavillonnaires éparses naissent comme des champignons. Akbou connaît, donc, une extension du bâti aux quatre points cardinaux. La population n’est pas à l’étroit tant qu’elle s’accroît à une vitesse effrénée. Après l’indépendance, certains ruraux fuient la misère des villages limitrophes pour s’installer en ville, où les conditions de vie sont jugées meilleures.

Logement, le point noir

Cet exode rural est la cause principale de la création d’un certain nombre de bidonvilles ou de leur agrandissement par l’entassement des familles dans des baraques. Pas moins de cinq de bidonvilles, constituant le revers de la médaille, ternissent l’image de marque de cette coquette ville. Les autorités cherchent, depuis belle lurette, à trouver une solution fiable à leur éradication. Leurs habitants ne cessent de manifester leur ras-le-bol en demandant des attributions de logements neufs et décents et ce pour quitter ces baraques insalubres et dépourvues des normes d’hygiène les plus élémentaires qu’ils occupent depuis des dizaines d’années. Les autorités locales ont commencé par celui situé au centre ville appelé, communément, cité du stade. Une partie des baraques a été rasée après délogement des familles qui ont regagnées des habitations neuves situées dans une cité HLM créée à cet effet, juste à côté. La circulation automobile était infernale par les embouteillages qui gênaient, considérablement, les voyageurs se rendant à cette ville. Cette situation préoccupante, à plus d’un titre, a fait frétiller les autorités locales qui ont apporté des solutions aux goulots d’étranglement qui se formaient, d’abord en réalisant une trémie au carrefour de Guendouza et puis en élargissant la chaussée pour la création de deux voies. Un projet, en cours de réalisation, qui connaît déjà un taux d’avancement appréciable. Ces deux réalisations ont rendu la circulation un peu fluide au grand bonheur des automobilistes qui ne souffrent plus en traversant la ville d’Akbou. Quoi que l’on dise, le problème de la circulation automobile sera, définitivement, résolu avec la réalisation de la pénétrante qui verra la RN26 désengorgée.

L.Beddar

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