Par Arous Touil | 20 Octobre 2014 | 6759 lecture(s)

Makouda : Beaucoup de commodités y font cruellement défaut

Attouche, un village aux mille maux

Tout au long du parcours Tizi-Ouzou–Attouche, relevant de la commune de Makouda, sur une distance de dix-sept (17) kms, en passant par Sidi-Naâmane, Hadouda, ssekhian et Tassedart, en empruntant le Chemin de Wilaya ( CW) N° 03, l’environnement est terriblement agressé à tel point que les fossés ont disparu sinon jonchés de bouteilles de bière, de canettes et autres déchets de toutes natures.

Une image effroyable qui n’honore ni les autorités - à tous les échelons de la hiérarchie administrative- et les habitants qui contribuent à la destruction de Dame Nature qui est pourtant la leur. Attouche ( Agouni Nath Bouzid) est entouré de nombreux villages : Aïn Larbaâ (Iguelef), Lemghassel, Seliha Tazarourt, Tigoulmamine, Agouni Baklan, Ihessounène, Aït Ouazen, Izerouken, Hadouda et bien d’autres villages plus ou moins populeux mais qui baignent dans une quotidienneté harassante à travers laquelle les villageois mènent une vie dans la précarité tellement les aléas sont très nombreux et demandent un plan ORSEC pour cette commune de Makouda qui n’arrive pas à se redresser car les besoins sont énormes et urgents. Le point culminant (la Crête) ou Taburth n.t. varnusth est à 910 m d’altitude.

L’AEP, le problème éternel 

Attouche est alimenté deux fois par semaine durant lesquelles des fuites d’eau sont constatées au centre, au niveau des adductions. Le versant Nord est timidement alimenté de la source Meghassel, les autres à partir de la chaîne dite : Makouda-Tigzirt- Iflissen (MTI). «L’eau des robinets du village Azaghar est imbuvable : couleur et odeur nauséabondes... Le réseau est vétuste et les réparations entreprises par l’ADE, qui relèvent d’un pur bricolage, ne règlent aucunement le problème. Sa solution résiderait dans une nouvelle conduite à partir du barrage de Taksebt et des sources recensées et réhabilitées par l’ADE» indique un citoyen trouvé sur place. Cette partie de la région qu’on appelle la Kabylie maritime aurait pu baigner dans l’eau si elle avait été prise réellement au sérieux depuis l’indépendance du pays auquel elle a payé un très lourd tribut. Le contraire est constaté et le constat est amer car aucun secteur n’est épargné !!

Les moyens de transport font défaut :

Le réseau routier est dans un état lamentable et le comble est que le transport inter-villages est inexistant. «Arrivés à Attouche, les gens se débrouillent, comme ils peuvent, pour se rendre chez eux à Aïn Larbaâ ou tout autre village de ce versant. La route Attouche-Azaghar-Makouda, sur 6 kms est défoncée» nous concède notre guide qui ajoute : «le manque de transport scolaire a poussé les élèves du lycée Diouani Mahand Saïd implanté à Azaghar, à observer une grève d’une semaine,  il y a quelques jours. Il a fallu toute la diplomatie du chef de Daïra et du Maire qui ont mis à leur disposition des fourgons de six places après réunion avec les concernés, mais qui restent très insuffisants et inefficaces pour les nombreux élèves du secondaire qui connaît aussi le problème de surcharge des classes. «C’est une reprise provisoire en attendant une solution définitive» nous dit un parent d’élève. La restauration dans ce lycée est décriée «elle est infecte». Les feuilles de salades touchées (donc bonnes à être jetées) nous sont servies comme hors-d’œuvre, nous confie une élève. Comment les responsables : Proviseur, censeur, gestionnaire, professeurs, surveillant général, adjoints d’éducation tolèrent-ils ça ? Veulent-ils nous rendre malades ?» s’insurgent deux lycéens abordés. La nouvelle école primaire, en cours de réalisation à Azaghar,  peine à voir le jour. Ses travaux sont à l’arrêt depuis quelques mois. «Nos enfants se déplacent à Makouda sur 3 kms, à pied, durant l’année scolaire et avec tous les risques de la circulation et de la saison hivernale. Certains déboursent 40 DA par jour pour le transport. Pour un père de famille qui a plusieurs enfants scolarisés, la facture est salée !» A Attouche, l’école primaire Akli Babou est fermée et laissée à l’abandon. Des odeurs nauséabondes et de moisissures s’y dégagent des salles de classes. Elle se dégrade de jour en jour. Une réaffectation pour la jeunesse ferait le bonheur du secteur.

Le domaine santé est aussi malade que les autres

L’unique polyclinique est implantée au chef-lieu de Daïra de Makouda. Elle est dépourvue de tout : personnel médical et matériel élémentaire, excepté la présence d’un dentiste qui travaille dans de très mauvaises conditions. Ailleurs, les salles de soins, là où elles existent, sont ouvertes mais ne rendent aucun service à la population par manque de l’indispensable : personnel et produits pharmaceutiques. Notre guide soulève de grands et sérieux problèmes au sein de la jeunesse de Makouda et d’ailleurs, à travers la daïra entière. Les multiples fléaux sociaux resserrent l’étau autour de ces jeunes désemparés, privés de tout. Les très rares lieux de détente et de loisirs sont les associations culturelles à l’exemple de l’Association Aghbalu, présidée de M. Mabed Smaïl, entouré d’une équipe qui est en train de faire un travail de fond dans la sauvegarde et la promotion de la culture dans toutes ses dimensions (cours de langue Tamazight, théâtre notamment). Elle occupe la Maison de Jeunes qui lui a été affectée par l’APC. Cette structure qui était occupée par la Police communale durant la décennie noire a été retapée. Elle est récupérée par cette association qui a entrepris certains travaux mais elle nécessite toujours une prise en charge demandant de gros sous pour entamer des travaux d’étanchéité, de peinture, de séparation et d’aménagement externe aussi. C’est ici que les comédiens se préparent et font des répétitions de pièces de théâtre et que nous avons surpris en plein travail avec le metteur en scène Sid Ahmed Draoui. Des jeunes qui méritent beaucoup plus ! Juste à côté, une antenne administrative et une antenne du CFPA de Tazarart où toutes les branches sont dispensées et où un internat pour garçons est ouvert. L’autre association est l’Association sportive «Assirem». Ces jeunes gardent tout de même espoir avec la section des arts martiaux qui regroupe des jeunes attirés par ce sport de défense mais aussi de combat. En dehors de ça, c’est le vide culturel et c’est la rue qui happe les jeunes vulnérables aux fléaux sociaux. La sonnette d’alarme est aussi tirée en direction de l’environnement «Nous conseillons d’instituer la consigne pour les bouteilles de boissons alcoolisées afin de réduire cette catastrophe car les gens agissent dans l’inconscience et versent dans l’incivisme. L’image qu’offre le lieudit « Achrouf Azegzawe » (la roche bleue) qui est devenue un dépotoir et qui a perdu toute sa splendeur et sa verdure est plus que révélatrice des dangers qui guettent notre environnement.

Le bureau de poste d’Attouche est fermé suite à des dégradations

«Mouvements du sol nous » dit-on. Il a fait aussi l’objet de plusieurs hold up et le dernier remonte à Avril 2011. Une antenne est ouverte à l’école primaire, non loin de là et où les opérations se font par la … fenêtre (?!).

L’oued «Ath Farès» dont l’histoire de ses cavaliers et guerriers échappe à notre guide, traverse Attouche et le divise en deux versants (côté Makouda et côté Attouche). Notre guide nous confie : «Les trois rochers visibles de loin : Acherouf Siwan, Adhrar Tarbant et Kaf N’Tmarabet ont leurs sommets recourbés et en forme de tête de crapauds d’où leur dénomination «les trois crapauds».

Arous Touil

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