Par L.Beddar | 4 Décembre 2014 | 1140 lecture(s)

Amalou : Dotée de paysages flamboyants

La province verte toujours rayonnante

Terre de culture d’histoire et de piété, Amalou, petite commune dans la wilaya de Béjaïa, relevant de la daïra de Seddouk, est sans aucun doute l’une des plus belles régions du douar d’Ath Aidel, situé à deux pas d’Akbou.

Depuis la nuit des temps, des liens d’amitié ancestraux unissent ces deux communes. Du fait que seul l’oued Soummam sépare leurs territoires, divers aspects les ont rendues proches. Ceux qui la connaissent la surnomme la province verte grâce à une diversité de paysages qui lui confère un charme inaltérable auquel s’ajoute un patrimoine monumental à l’image de la zaouïa Sidi Ahmed Ouyahia, un joyaux édifice religieux, datant du 9° siècle, qui ne finit pas de séduire le visiteur attentif. Amalou est accessible à partir du carrefour de Taharacht par une route prenant à droite et menant vers Seddouk. Cette route étroite est enserrée par deux lignées d’eucalyptus grands, vieux et verts, bordant à gauche de vastes parcelles de terres fertiles séparées par une centrale électrique et à droite la majestueuse zone d’activité d’Akbou, fleuron de l’économie de la région et grand espoir de la population locale de par les emplois qu’elle procure et la diversité des produits qui nourrissent le pays. En traversant le pont de l’oued Soummam, sur la gauche, des véhicules lourds en file indienne font la chaîne pour s’approvisionner en sable lavé produit par une sablière. Dans l’oued, des ouvriers à pied d’œuvre, chargeaient manuellement, à l’aide de pelles, du sable sur la benne d’un tracteur agricole. Justes après le pont, un important point de vente commercialise le sable noir extrait de l’oued ou le sable jaune de Boussaâda. A quelques mètres de là se dresse un carrefour. Des plaques de signalisation routière indiquent la route qui continue vers Biziou et une autre qui bifurque à droite desservant la station thermale Sidi Yahia el Âidli et les communes de Tamokra et Bouhamza. S’arrêter à cet endroit pour marquer une halte vaut la peine de se laisser aller du regard vers ce décor éblouissant que nous offre la nature qui a façonné un environnement sauvage sublime d’une beauté incomparable, paradis de l’escapade et de l’escalade au charme envoûtant. La montagne de Gueldamen exhibe une grande muraille au flanc escarpé et boisé, aux crêtes rocheuses dentelées.

Des paysages à couper le souffle

Ce panorama d’une beauté exceptionnelle subjugue le regard, dépayse et impressionne l’esprit. Tout en haut, cette montagne est façonnée de contreforts marqués par des garigues et des maquis que domine une flore dense composée d’arbustes rabougris, de plantes rampantes et de broussaille verte et fanée. En bas, le paysage change de décor. Il est formé de régiments d’oliviers et de terres bien travaillées. Plus bas, la route que bordent des maisons pavillonnaires suit la trajectoire de l’oued Soummam qui déroule ses méandres sur environ 6 Kms. Les vestiges de l’ancienne mine de fer coloniale sont encore là pour témoigner que la culture de l’investissement dans cette région n’est pas née ces dernières années mais existe bel et bien séculairement. Les gigantesques poteaux en fer sont encore en place, les fils en guirlande ou tombés à terre et les godets suspendus ainsi que Gribou, l’ancien village tombé carrément en ruines, rappellent des souvenances vagues et lointaines d’une époque coloniale tumultueuse. Nous avons eu du mal à détourner le regard de cette magnificence majestueuse agrémentée d’un décor fabuleux, pour continuer notre route vers Amalou, lieu de notre destination. Biziou, vitrine de cette commune ne s’empêche pas de faire don de son charme aux milliers d’automobilistes qui le fréquentent quotidiennement. Pour les visiteurs de passage qui empruntent ce tronçon du CW 141 qui traverse l’agglomération de bout en bout comme l’arête d’une feuille distribuant des ruelles à droite et à gauche, Biziou offre une belle image de ville touristique par excellence. Il est qualifié de village propre où l’ancien bâti est banni à la faveur d’habitations pavillonnaires, rares celles qui ne possèdent pas de petits jardins quand elles ne sont pas construites sur d’étendues superficies agricoles cultivables de céréales ou de maraîchères. A 100 mètres plus loin, une station service pour la vente de carburants, récemment mise en exploitation, rend un grand service aux automobilistes qui se déplaçaient avant jusqu’à Akbou pour un plein d’essence. Long de 5 Kms, même si la route est sinueuse, le trajet est agréable à parcourir. Des lignées de pavillons bordaient des parcelles de terres bien travaillées et cultivées de céréales ou laissées en jachère.

Cap sur la collecte des olives

Les premiers labours ont été entamés suite aux dernières pluies tombées il y a quelques semaines. La campagne de ramassage des olives vient d’être entamée et l’ambiance dans les champs a atteint son apothéose. Sur la route,  nous rencontrâmes aussi un lotissement composé de petites habitations au milieu des jardins pleins de rosiers, d’arbres fruitiers et de plantes maraîchères. Ce panorama inédit montre tout l’attachement des habitants d’Amalou à se créer un cadre de vie convivial dans un environnement naturel splendide. Au détour d’un virage anodin apparaît la ville d’Amalou déployée sur un terrain vague et légèrement accidenté à l’ombre de la grande muraille de la montagne et languissant aux belles journées automnale, nonchalante et rupestre. Elle étale tout son charme légendaire au visiteur et l’enchante de sa diversité culturelle, de ses richesses naturelles et de ses subtilités. La ville a conservé son caractère typiquement rural et ses traditions religieuses, malgré un développement florissant du nouveau bâti. A d’autres infrastructures déjà existantes, telles un centre de soins, un bureau de poste, un siège de mairie, un cantonnement de la garde communal, un terrain de sport en cours de construction, s’ajoutent d’autres infrastructures de jeunesse à savoir : une bibliothèque communale offrant divers services, une maison de jeunes, une polyclinique et un nouveau siège de mairie en construction. Trois projets d’envergure qui amélioreront considérablement le cadre de vie des populations sont en cours de réalisation. Il s’agit du gaz naturel, de la téléphonie fixe et de l’AEP.

Terre des saints

Mais Amalou est tiré du néant par l’imposante zaouïa de Sidi Ahmed Ouyahia, une joyeuse école coranique construite au 9° siècle. Ses édifices datant de l’ère turque étaient rafistolés dans leur style original et attirent encore beaucoup de visiteurs dont plusieurs s’y rendent pour se recueillir sur la tombe de son fondateur, Sidi Ahmed Ouyahia. Une imposante mosquée construite grâce à la générosité des populations de l’aarch d’Amalou a été inaugurée le 26/08/1997 charme le pèlerin le plus assidu. Les ors et les turquoises de ses coupoles, et les décors majestueux de son minaret restent gravées dans les mémoires de ceux ou celles qui l’ont connue. A l’intérieur de cette zaouïa, deux grands vestiges historiques attirent toute notre attention. Tout d’abord, la vieille mosquée qui se révèle être un musée dénotant toute l’apothéose de l’art andalou sur le plan architectural qui nous renvoie sur cinq siècles en arrière pour imaginer toute la grandeur du concepteur. A quelques mètres de là, se dresse la nécropole où est érigé un mausolée séculaire, bien entretenu et faïencé même de l’intérieur. Une grande toile verte recouvre le tombeau de Sidi Ahmed Ouyahia, à ses côtés est enterré son fils Farès, l’aîné des trois autres fils. A l’entrée et sur le côté droit, reposent les trois imams descendant du cheikh spirituel, qui ont assuré sa succession. Il s’agit de Cheikh El Bachir, Cheikh El Hacene et de Cheikh Md S’Ghir. Enfin, le dernier endroit magique sur lequel on s’est attardé n’est autre que l’ancienne salle des cours ou le Cheikh enseignait le Coran, un vestige étourdissant qui s’avère être le monument le plus marquant en raison de son architecture millénaire. Les matériaux qui datent du 9e siècle sont encore en place, de l’ardoise du parterre, des pierres bien taillées des murs, des briques pleines servant d’ornements et des tuiles rouges traditionnelles typiquement kabyles. Même en s’éloignant, il est difficile de détourner les yeux pour abandonner ce joyeux  qui impressionne par tant de subtilités. Nous continuons sur une route sinueuse qui regorge de virages. Le relief est montagneux mais la route est bien entretenue avec un projet de bitumage de la chaussée dont les travaux tirent à leur fin. Arrivé sur la cime de la montagne, nous traversons le village Ighil n’Tsala niché sur le sommet de la montagne à quelque 1000m d’altitude et érigé sur un large canyon déchirant la montagne. Ce qui est frappant dans cette bourgade, ce sont les modes de vie anciens encore préservés par les villageois. La placette est bondée d’enfants qui jouent au ballon et tout autour, des vieillards adossés aux murs et emmitouflés dans leurs burnous, ne semblent nullement dérangés par cette marmaille qui zigzague et se querelle dans un brouhaha indescriptible. Les femmes, des seaux à la main ou des jerricans sur le dos revenant ou allant à la fontaine sillonnent les ruelles étroites comme tout d’ailleurs, les hommes, sacs en bandoulières et les outils sur les épaules, partent à l’ouvrage aux champs. Dans cette bourgade, comme beaucoup de villages de Kabylie, les habitants ne vivent que des produits de la terre. Sur les hauteurs, la montagne est adoptée par les hommes qui l’ont transformée. Rien n’a été laissé au hasard par les montagnards. Plates, ravinées ou escarpées, toutes les terres sont bêchées à la pioche ou labourées avec des bœufs quand cela est possible. La mécanisation n’est jamais de mise à cause du relief accidenté. Les terrains érosifs sont plantés de petites pinèdes entretenues dont le bois servait jadis de poutrelles pour les toitures de maisons et à un certain nombre d’usage.

Des gîtes ruraux uniques en leur genre

Des sommets de ces montagnes qui coiffent des suites de collines parsemées de villages ressemblant à des gîtes ruraux uniques en leur genre, descendent une fraîcheur en été et un frimas rigoureux en hiver. Les villages sont juchés sur les crêtes des collines telles des forteresses inexpugnables ou collés aux flancs comme des orgues monumentaux. Les terres fertiles nourricières des plaines et autres servant à tirer les produits alimentaires pour la survie des humains et de leurs bêtes étaient préservées autrefois du bâti, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui où le béton a fait des siennes sur les meilleures terres situées dans les riches plaines et terroirs que nos aïeux ont arrachés au système colonial français par d’incessants soulèvements populaires qui se sont soldés par des millions de morts. Aujourd’hui, loin des officiels qui n’ont d’yeux que pour la ville, la vie menée par les populations rurales dans ces villages enclavés est faite pour le moins que l’on puisse dire, de dénuement, de pauvreté et de l’insuffisance d’infrastructures économiques sociales et culturelles. Pour certains villages, ni centre de soins, ni bureaux de postes. Les jeunes sont confrontés à un désœuvrement par l’absence de terrains de sport, de maisons de jeunes ou d’Internet. Voila la liste non exhaustive des récriminations égrenées d’un chapelet par ces damnés de la terre confrontés à une dure réalité de la vie infernale de tous les jours. «Nous manquons de tout. L’eau est rationnée quant elle coule des robinets, nos malades font des kilomètres pour se soigner, la bouteille de gaz se vend à un prix exorbitant en hiver et les routes sont dans des états pitoyables, certaines non jamais connu d’aménagement », dira Ahmed, un habitant de Tighermine pour ne citer que ce village, où nous avons marqué notre passage. Amalou assure son développement socio-économique doucement mais sûrement. Comme projet ambitieux et porteur, les autorités locales ne voient que la création d’une zone d’activité qui offrirait des milliers d’emplois à ces jeunes en détresse qu’ils soient en ville et dans les villages souvent rangés par le mal de vivre, la monotonie et le farniente, source de tous les maux sociaux qui gangrènent la société.  Aussi le développement de son patrimoine touristique constituera-t-il un véritable paradis écologique pour des randonneurs pédestres ou aux simples amateurs de nature préservée. Le massif montagneux et boisé de Gueldamen qui est un passage obligé des pèlerins se rendant à la station thermale Sidi Yahia el Âidli s’y prête bien. Les élus promettent de ne jamais baisser les bras en continuant dans la réalisation du programme de modernisation d’Amalou, lancé il y a environ plus 15 ans, c'est-à-dire depuis l’arrivée du maire actuel que la population a reconduit pour la quatrième fois à ce poste. Nous quittâmes Amalou avec un espoir d’y revenir un jour pour le trouver plus brillant, chaleureux et plus développé qu’aujourd’hui.

L.Beddar

0