Par L. Beddar | 19 Mars 2015 | 2230 lecture(s)

Des festivités pour célébrer le retour de la zaouïa locale, prévues pour demain

Amalou Sidi Mouffok fin prêt

à trois kilomètres de la ville de Seddouk, on découvre Amalou Sidi Mouffok, un petit village de la commune surnommé la «province verte » du fait qu’il est entouré d’une petite pinède aux arbres rabougris, à la végétation drue, d’une verdure éclatante rendant le printemps plus beau cette année, avec le narcisse plein les champs donnant une couleur bigarrée alliant le jaune et le vert. Situé sur une protubérance, à proximité de la route nationale 74, ce village constitue la porte Ouest de la ville de Seddouk.

L’association ’’ Ilemzi’’ met ces jours-ci les bouchées doubles pour préparer la renaissance de la zaouïa locale, devant intervenir le 20 du mois en cours. Cette zaouïa sombre depuis longtemps dans une profonde léthargie. En quittant donc la ville de Seddouk, nous traversons une grande plaine où alternent des villas pavillonnaires alignées à droite comme à gauche tout le long de la route. Des villas assorties de murets qui protègent des jardins fleuris ornés de paysages enchanteurs qui caressent le regard, dépaysent la vue et impressionnent l’esprit de par leur rare beauté. C’est sur ce tronçon que sont installées deux usines prestigieuses qui forment le tissu industriel de la commune. Il s’agit des firmes Amimer Energie, spécialisée dans la fabrication des groupes électrogènes, et Thermokad réputé dans la fabrication de chauffe-bains électriques et à énergie solaire. En arrivant aux quatre chemins, la route menant à droite dessert le village Takaâtz, celle qui continue tout droit descend vers Takarietz et celle de gauche indique Amalou Sidi Mouffok, notre destination. C’est Belabed Tarik, président de l’association locale Ilemzi, qui nous attendait pour nous servir de guide tout au long de notre visite. Il était accompagné de deux hommes du 3ème âge qui devront nous donner des témoignages sur ce qu’ils savaient de l’histoire de la zaouïa locale, objet de notre visite. Nous empruntons une grande rue large, dont la chaussée est dans un piteux état, où sont alignées des maisons nouvellement construites des deux côtés. En roulant environ un kilomètre, le chauffeur tourne à droite et prend une route en montée jusqu’à une école primaire et s’arrête au devant du portail. Notre guide nous a informés que cette école primaire accueillera les délégations qui honoreront de leur présence la cérémonie grandiose, jamais vécue dans ce village. « Nous avons choisi le 20 mars parce qu’il coïncide avec la journée du Moudjahid pour organiser une fête en guise de la réhabilitation de notre zaouïa. C’est dans cette école que seront accueillies les délégations. Nous profiterons de cette occasion pour la baptiser au nom du Chahid Beldjoudi Arezki. Comme le village dispose d’un terrain public, nous avons prévu la construction d’une mosquée juste à côté de cette école, et dont la pose de la première prière se fera le même jour. Pas loin de cette école se construit une stèle de chouhada qui sera inaugurée également ce jour là », a expliqué le président de l’association locale, qui nous a ensuite dirigés vers la zaouïa Sidi Mouffok. On a emprunté une ruelle traversant l’ancien village dont les maisonnettes proprettes et ardentes gardent encore leur style architectural traditionnel. Le fait d’être construites avec de la pierre locale, dont le mortier est fait sur la base de terre, et charpentées avec de la tuile rouge locale leur confère un charme éblouissant. Elles ressemblent à des gites ruraux attirant les regards. Au détour d’un virage, nous tombons nez-à nez avec la zaouïa, située sur une colline, tournée naturellement vers le flanc Est de la montagne du Djurdjura, dont les cimes sont encore drapées de neige et domine la haute vallée de la Soummam, de Sidi Aïch à Akbou en passant par Ouzellaguen. Située au piémont d’une autre grande colline colonisée par des arbustes, Dame nature a façonné dans cet endroit un environnement sauvage des plus subtils, un paradis de l’escapade et de l’escalade. Les bienfaits environnementaux sont tellement importants avec un air pur qu’on hume à plein poumons, des senteurs provenant de la lavande et des arbres qui chatouillent les narines, les gazouillements suaves  des oiseaux parvenant aux oreilles au même titre que les clapotements de l’eau dévalant les ruisseaux et les abondances des pluies et neiges de ces derniers jours y étaient pour beaucoup. Cette pluviométrie conséquente fait que le printemps cette année est des plus beaux. On rentre de plain pied dans la zaouïa, un édifice religieux bien entretenu.
 
La légende de Sidi Mouffok

On s’est réuni dans une grande salle servant de lieu de prière et c’est Beldjoudi Lahlou, l’un des présidents qui se sont succédé à la tête de cette zaouïa, qui s’est chargé de nous conter l’histoire de cette ancienne école coranique centenaire. «  Cette zaouïa est fondée au 16ème siècle par Sidi Mouffok, un homme venu de la région de Béni Mellikéche. Ce que laissaient entendre nos aïeux, Sidi Mouffok, en partant à la Mecque pour un pèlerinage, a laissé sa femme enceinte. Elle a donné naissance à un garçon. Et comme le père a tardé à revenir, la mère lui a donné le prénom de son père. Entre-temps, l’enfant grandit. Des années passèrent, et un jour, le père revint au village. En apprenant que son prénom a été donné à son fils, il déclara que Sidi Mouffok n’est pas mort et ne naîtra pas. Alors il avait ordonné à son fils d’aller s’installer ailleurs en le conseillant de prendre le départ au lever du soleil et de ne s’arrêter qu’à son coucher. Il arriva juste à cet endroit au moment où le soleil se coucha. Il ira d’abord à la source d’eau jaillissant à côté pour faire ses ablutions et de  retourner ensuite à cet endroit où il a fait sa prière au milieu de la pinède. Le village n’existait pas encore. Le lendemain, une vieille qui ramassait du bois le trouva et, depuis, elle revenait lui apporter à manger. Constatant sa sagesse et sa noblesse, les populations locales l’adulaient et le vénéraient comme on vénère un saint. Voilà comment la zaouïa a été baptisée en son nom », a-t-il dit. Noui Abdelhamid lui emboîtant le pas a témoigné, lui, sur le fonctionnement de cette zaouïa quand elle était une école coranique. « J’ai entamé même mes études ici dans cette zaouïa où j’ai passé trois ans comme étudiant avant d’aller à l’école française continuer les études. Chaque fin d’année, une fête est organisée avec en prime un concours récompensant les élèves qui ont appris par cœur à réciter les 60 versets coraniques », a fait savoir notre interlocuteur. Depuis, des maisons commençaient à s’ériger tout autour formant le village actuel qui a pris le nom d’Amalou Sidi Mouffok. La prospérité de cette bourgade a atteint une densité de population avoisinant les 1 000 habitants. Le village possède, en tout et pour tout, une école primaire où suivent des cours les enfants jusqu’à l’obtention de l’examen de 6ème qui leur ouvre droit de continuer dans un collège d’enseignement moyen, une mosquée pour la prière collective, une fontaine très ancienne alimentée à partir d’un forage financé par les villageois qui ont mis les mains aux poches. Les habitants sont passés du statut de ruraux à celui de citadins avec l’alimentation des foyers en gaz naturel et en électricité.

Beaucoup reste à faire au village

Mais le président de l’association locale Ilemzi regrette que beaucoup reste à faire pour la frange juvénile dans ce village, laquelle manque surtout d’infrastructures de loisir. « Les jeunes réclament une bibliothèque indispensable pour aiguiser leur intelligence par le biais de la lecture que les gens ont tendance à négliger par manque justement d’endroits où se procurer des livres et s’adonner au plaisir de lire. Elle servira aussi de lieu où les étudiants compléteront leur savoir en s’adonnant à des recherches scientifiques ou techniques. Ils ont besoin aussi d’un stade avec une pelouse répondant aux normes pour taper sur un ballon. Ce qui leur permettra aussi d’organiser des tournois inter-villages ou inter-quartiers. On a obtenu un projet pour la réalisation d’un stade de jeux de proximité il y a environ une dizaine d’années et, à ce jour, il n’est pas encore réalisé pour manque de terrain pour son implantation. Nos jeunes ont besoin aussi d’une maison de jeunes pour leurs diverses activités rentrant dans le cadre de la chanson. Ils auront leur médiathèque pour surfer sur Interner et découvrir le monde qui nous entoure. Nos routes laissent à désirer de par leur piteux état. Les citoyens sont las d’entrer à la maison avec des souliers pleins de gadoue en hiver et une fois  la période estivale arrivée, ils inhalent la poussière. Nous avons saisi qui de droit, comme l’APC, pour décrocher des projets dont a besoin notre village ; mais toujours est-il, on ne nous dit jamais non. Ça reste au stade des promesses qui, généralement, ne sont jamais tenues pas leurs auteurs », a ajouté ce responsable. L’ouverture du colloque se fera le 20 mars au centre culturel de la ville de Seddouk, où une série de conférences auront lieu et les conférenciers se pencheront sur le rôle des zaouïas dans la propagation de l’islam. Ensuite, une visite est prévue au mausolée de Cheikh Aheddad pour les délégations qui se recueilleront sur les tombes des trois héros que sont cheikh Mohand Améziane Aheddad et ses deux fils M’hand et Aziz. Cheikh Aheddad est un érudit qui a fondé la zaouïa de Lokri dans le douar d’Amdoun n’Seddouk où il enseignait les sciences islamiques pour des apprenants venant des quatre coins du pays. Il était aussi chef suprême de la Tarika Rahmania, une organisation religieuse à la tête d’une centaine de zaouïas, coiffant environ 300.000 fidèles, implantées à travers tout le territoire national. El-Mokrani, en démarrant le djihad le 16 mars 1871, a compté sur cheikh Aheddad pour propager l’insurrection comme il se doit grâce à un appel au djihad lancé le 08 avril 1871. Il a fait rallier à l’insurrection plus de 250 tribus allant de la porte d’Alger jusqu’à l’extrême de la région Est. La cérémonie continuera à la nouvelle mosquée de Seddouk où la délégation se rendra pour effectuer la grande prière du vendredi. Six personnalités seront couronnées de prix. Cette nouvelle mosquée suivant un arrêté du wali de Béjaïa portera le nom du Chahid Madadi Abderrahmane, aspirant de l’ALN tombé au champ d’honneur les armes à la main du côté de Sig, à l’Ouest du pays, et fils de l’illustre Imam feu Madadi Abdallah. Le programme de la journée continuera avec les conférences programmées au centre culturel de la ville de Seddouk. La daïra de Seddouk compte en tout quatre zaouïas (zaouïa de Cheikh Aheddad, zaouïa de Sidi Said, zaouïa de Sidi Ahmed Ouyahia et zaouïa de Sidi Mouffok).

L. Beddar

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