Par DDK | 27 Mars 2016 | 4238 lecture(s)

Complexe CNLST, le village abandonné, le lac Goulmin…

À la découverte de Tikjda

Attirante comme un aimant mais altière comme une princesse berbère, Tikjda a mis, ce printemps, pour nous séduire, ses plus beaux atours princiers : son diadème de pierres, son burnous de neige et son châle de végétal.

Figée pour l’éternité dans une pose qui sied à son rang de déesse, elle a contemplé pendant des temps immémoriaux des milliers de générations prosternées à ses pieds, pour arracher à ses bois de cèdre, de pin, de chêne et aux plaines leur subsistance. On va à Tikjda par amour et par respect pour la beauté sauvage de ses sites, pour la diversité enchanteresse de sa faune et de sa flore. On va encore à Tikjda pour son silence et la qualité de son air. On va, enfin, à Tikjda pour embrasser de vastes plaines étendues à ses pieds comme une profonde moquette, mais aussi et surtout pour embrasser les temps géologiques superposés comme un mille feuilles.

Les temps antiques, où l’homme et la bête se disputaient pied à pied l’espace vital, le temps enfin des conquêtes des terres et des villes, le temps où la Kabylie fiers de ses valeureux fils opposait une farouche résistance à toutes les formes d’occupation, adossée à la fière montagne de Djurdjura qui barre l’horizon d’Est en Ouest, formidable barrière naturelle qui culmine à 2 600 m. Vanité humaine bien compréhensible face à l’immuable symbolisé par la montagne, dont la tête touche fièrement le ciel, en arrivant par ce jour froid et même neigeux parfois, alors qu’en plaine, le temps était doux.

En arrivant devant l’auberge, nous nous laissions tenter par le besoin d’imprimer notre marque sur la couche de neige qui en tapissait l’entrée. Que reste-il de cette empreinte aujourd’hui ? Pourtant, cela faisait tout juste un mois. À notre arrivée ce jour-là, une déception cependant, car nous étions accueillis par le coassement des corbeaux. Allons donc, les aigles auraient-ils déserté les cimes pour les abandonner à ces oiseaux des plaines ? Toute la journée, nous avions, en vain, guetté un signe de ces princes des airs qui ne vint pas. Ce n’était qu’une absence momentanée, car les aigles sont là ainsi que toute l’espèce à laquelle ils appartiennent, c'est-à-dire les rapaces diurnes, tel l’aigle botté, l’aigle de Botticelli, le vautour fauve, le gypaète barbu.

Le village…abandonné

Aimer Tikjda c’est aller de découverte en découverte. D’abord, cette donnée importante, cet espace au relief boisé culmine à 1 700 m et s’étend sur 18 550 ha. Erigé en 1925 en parc national de Djurdjura, il chevauche sur deux wilayas, à savoir Tizi-Ouzou et Bouira. Concernant la flore, par exemple, il faut savoir qu’il existe 1 100 espèces de spermacétis, dont 110 sont aromatiques, alors qu’on a recensé 90 champignons supérieurs. Côté faune, il existe au niveau de ce vaste écosystème 30 espèces de mammifères, dont l’hyène rayée et le singe Magot, 121 oiseaux, dont 18 rapaces et 14 passereaux, 17 espères de reptiles, dont la vipère et la couleuvre, et 218 espèces d’insectes.

Un musée qui raconte l’histoire de ces espèces à travers le temps s’y trouvait. Certains ont disparu comme la panthère, par exemple, ou certains mollusques ou fleurs fossilisés. Tikjda c’est aussi ses sites et les randonnées qui s’organisent autour d’eux pour jouir de leur beauté et de leur grandeur. Ce sont ceux constitués par ses cédraies, notamment celle de Tighzirt, ses pinèdes, ses chênaies, ses érablières et buissons d’aubépines, d’arbousiers, de pruniers sauvages,… etc.

Quant aux randonnées que l’on peut faire pour aller vers d’autres découvertes chemin faisant, il existe des guides qui peuvent vous entrainer dans une féérie tourbillonnante qui ne s’arrête plus. Ainsi, après une marche d’une vingtaine de minutes en partant du complexe CNLST, on arrive au village abandonné. Il compte, au cœur de la montagne, une vingtaine de maisons en pisé. Datant de l’époque coloniale, dont il a subi non sans dommage les attaques sauvages, il a pu survivre aujourd’hui avec une douzaine d’habitations.

Avant le terrorisme, les habitants de ce village venaient passer tout l’été avant de retourner chez eux en ville. L’endroit s’animait et on y voyait des jardins et des vergers verdoyants. Aujourd’hui, on assiste à un timide retour de ses populations. On remarque entre 5 et 6 familles tout au plus, labourant, bêchant, semant et sarclant. Si l’on pousse sa course plus loin, on rencontre, à une demi-heure de marche du village abandonné, une source aux eaux vives et jaillissantes. Cette source dite de Tinzert a un débit estimé à 140l/s. Sa particularité est d’être gazeuse et fraîche pour les randonneurs qui ont chaud et elle est située dans une vallée qu’elle arrose de ses eaux vivifiantes.

À trois heures de là, le lac Goulmin. Ses eaux bleues et miroitantes éveillent en vous des désirs de baignade et de plongeon. Mais seulement à partir de mai. Car ces eaux sont glacées. C’est, d’ailleurs, à partir du premier de ce mois que commencent les baignades. Les étrangers, notamment les chinois, les russes, les français, les américains aient batifolé comme des enfants et y reviennent en grand nombre. Mêmes les personnes âgées s’invitent à ce plaisir simple. Ce n’est pas pour rien que ce lac est considéré ici comme le plus grand d’Afrique. Si l’on aime les sensations fortes, on peut aller plus haut et plus loin encore dans sa randonnée et se pencher sur la grotte du macchabée et du gouffre Aswal.

Si l’on est travaillé par la passion des fleurs, on peut jouer à l’herboriste et cueillir des orchidées, dont il existe plusieurs variétés, dont l’orchis de Numidie, l’orchis mâle ou l’orchis abeille ou l’orchis papillon. Mais il y a aussi la bourrache, l’origan, l’astragale. Le souci des champs, le sureau etc. Si l’on est gourmand, on pourrait se munir d’un petit panier et d’un catalogue représentant les différents champignons comestibles et en ramasser un tas.

Sur la route du CNSLT

Si l’on sent l’âme d’un sportif, on peut louer une paire de ski ou une luge et guidé par un monteur, on peut aller skier sur les pistes aménagées à cet effet. La neige apparait très tôt en montagne. Dès novembre, nous assure-t-on. On peut également faire du VTT. Il existe tout un assortiment de vélos. Alors, pour que le plaisir soit complet, il faut aller jusqu’au bout et profiter au maximum de ces moments uniques qu’offre Tikjda avant la fonte des neiges. Ces sports sont pour les enfants, les femmes et les adultes.

Il est seulement dommage que les téléskis ne fonctionnent toujours pas, même si il est question ces temps-ci de leur réhabilitation. Comment, en effet, comprendre que l’on fasse beaucoup pour la promotion des sports de montagne sans mettre tous les moyens à la disposition des touristes qui, s’y aiment la nature, aiment aussi leurs aises. Et les moyens apportent le confort dont ils ont besoin jusqu’au cœur de la vie sauvage. Une bonne nouvelle tout de même pour ce complexe : le directeur d’Algérie télécom a promis d’équiper ces structures hôtelières de la fibre optique.

Avec ces moyens, l’endroit pourrait sortir de son isolement et s’ouvrir sur le monde dont il a besoin pour faire connaître ses sites et la richesse de sa biodiversité. L’un des responsables de ce complexe se plaint, cependant, d’un autre problème : l’absence de parc automobile. Les week-ends, où il peut arriver à la fois plus de 500 personnes, la route qui mène jusqu’au complexe connait un embouteillage monstre. Pour parcourir les deux kilomètres qui sépare la route du CNSLT, les automobilistes mettent jusqu’à deux heures. On devine le calvaire de ceux qui arrivent en famille. C’est pourquoi ce responsable lance un appel en direction des services concernés, pour songer à un projet de parc à Tikjda.

Un accueil chaleureux

Mais après une telle randonnée, un repos s’impose. Il faut réparer les forces dépensées en course et en contemplation. Le centre national de sport et de loisir offre ses quatre unités et son chalet du Kef. L’unité de Tikjda dispose de 80 lits. Celle de Djurdjura avec ses 8 appartements, totalisant 140 lits. Cette unité a procédé, cette année, à une extension qui augmente ses capacités de 40 lits grands standings. Il y a l’auberge d’une capacité de 70 lits et le chalet du Kef qui possède 30 lits. Note de modernité introduite tout de même dans ce microcosme naturel : les salles de jeux et des kiosques multiservices.

Le complexe dispose aussi d’une piscine où on peut s’adonner à la natation en été jusqu’au coucher du soleil. Au-delà, nous dit-on, c’est la fermeture. L’air frais du soir, même en été, n’encourage pas les baigneurs. Pour égayer les soirées des familles qui passent la nuit dans ces quatre unités, la direction organise des soirées artistiques, musicales et théâtrales, pour enfant surtout. On peut, pour peu que l’on se sente l’âme romantique, sortir après le dîner pour effectuer, sous les cèdres qui ombragent les quatre unités, une petite promenade sous la lune et si l’on a de la chance, écouter ricaner l’hyène et couiner le chacal doré.

Quant à nous, étant en fin de journée et nous apprêtant à rentrer, nous nous sommes laissés distraire par deux singes magot qui se poursuivaient en sautant de branche en branche à la Tarzan. Un moment de pur bonheur.

Aziz Bey

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