Par DDK | 25 Octobre 2016 | 1035 lecture(s)

Reportage

Sur une route cahoteuse… vers Mellaoua

Mellaoua est une bourgade implantée à une dizaine de kilomètres de la ville de Bechloul dont elle dépend administrativement. Frontalière avec la commune d’Ath Leqsar au sud, cette localité compte environ 1300 habitants dispatchés entre plusieurs quartiers éparpillés sur plusieurs hectares.

Les habitants, cependant jugent que de multiples carences empoisonnent leur cadre de vie qu’ils jugent plus que déplorable. «Vivre éloignés de toutes commodités n’est pas chose facile et ici à Mellaoua, plus précisément dans ce quartier, nous sommes abandonnés», déplore Mokhtar, habitant de cette contrée de Bechloul. Il est vrai que déjà pour y accéder à partir du chef-lieu de daïra, il faut près de 20 minutes sur une route cahoteuse qui ne ménage en aucun cas les amortisseurs des véhicules. Des véhicules qui se font d’ailleurs de plus en plus rares sur cette portion de route à cause des nids-de-poule et autres crevasses qui jalonnent la chaussée de cette route communale. Les commodités sont quasi inexistantes : «Vivre à Mellaoua à un coût, il faut vraiment faire preuve de patience pour endurer notre quotidien», dira ce quinquagénaire bon pied bon œil toujours avec le sourire.

Eclairage public défaillant et transport scolaire inexistant

Pour rentrer chez soi en venant de Bechloul, c’est un véritable parcours du combattant : «Vous voyez cette piste forestière qui conduit jusqu’ici, et bien les enfants de ce quartier l’empruntent quotidiennement pour rejoindre leur établissement à quelque deux kilomètres d’ici. Il n’y a aucun transport scolaire pour acheminer les écoliers, les collégiens et les lycéens. Vous imaginez dans quel état ils arrivent à l’école !», déclare Meziane. Seulement l’absence de transport n’est pas la seule revendication de ces villageois endurcis. L’absence de gaz naturel dans leurs foyers se fait également cruellement ressentir : «A gauche, à droite et en contrebas du village, le réseau de gaz a traversé la localité, il demeure que notre quartier a été omis et de ce fait nous nous sentons marginalisés. L’éclairage public installé sur le bord de cette piste est également défectueux. Nous cotisons régulièrement pour acheter les lampes de ces lampadaires et c’est nous qui les changeons car personne ne se soucie de notre situation», affirme Meziane. Par ailleurs ce dernier est catégorique, à peine 20 à 30% de l’éclairage public est fonctionnel et à l’approche de la saison hivernale, les écoliers doivent parcourir le chemin vers l’école dans l’obscurité.

De l’eau, tous les quatre jours !

Sur une colline surplombant cette région, un château d’eau a été réalisé, mais là encore, selon les habitants, inutile de se leurrer : «Nous avons de l’eau une fois tous les 3 à 4 jours et pour parer à ce manque, nous avons des puits mais l’absence d’un réseau d’assainissement fait peser un risque de contamination à cause des nombreuses fosses septiques aménagées à proximité de nos demeures», se désole notre interlocuteur. D’ailleurs selon lui, même le chlore indispensable aux puits n’est pas disponible. Un autre souci et pas des moindres qui «empoisonne» le quotidien de cette paisible bourgade est la collecte des ordures ménagères. En effet, selon eux, même si des bacs à ordures ont été installés par les services de l’APC, ils ne sont pour ainsi dire jamais vidés par les camions de la voierie. «Il arrive à maintes reprises que nous prenions nous-mêmes nos déchets pour aller les verser dans des décharges car les animaux sauvages ainsi que les chiens errants viennent «festoyer» dans ces bacs. Les jeunes de ce quartier de Mellaoua ne comprennent pas pourquoi ils sont ainsi marginalisés par les autorités : «Les villages limitrophes sont bien mieux lotis que nous, ils ont bénéficié de projets de réfection des routes, d’AEP, de gaz naturel…Nous ici, nous sommes voués à nous-mêmes», déclare Mansour un jeune homme visiblement outré par ce qu’il qualifie de négligence caractérisée à l’encontre de ce quartier. «Vous savez, lorsque nous avons un malade nécessitant une simple injection, nous devons faire tout ce parcours à pied dans l’espoir de trouver un infirmier compréhensif pour venir se déplacer à domicile car nous n’avons même pas une petite salle de soins», déplore Mokhtar, un habitant de ces lieux.

Une école primaire de l’époque…

L’école primaire Bechkir Mohamed ouverte dans les années 1990, semble être une des rares écoles de la wilaya de Bouira à fonctionner comme au moyen âge, selon Cheikh Ahcène. «A l’intérieur de cette école, les instituteurs continuent d’écrire sur un tableau noir avec de la craie comme au bon vieux temps. A cela s’ajoute un manque flagrant de salles et aucune n’est disponible pour les petits du préscolaire. En plus de cela, et étant donné que cet établissement ne dispose pas de cantine scolaire, une salle fait office de réfectoire. Les classes sont toujours chauffées à l’aide de poêles à mazout et ce sont les enseignants qui se mobilisent pour faire les agents d’entretien et agents de cuisine. Pourtant, de simples contrats de l’APC suffiraient à pallier ce manque en embauchant des jeunes de la localité», regrette Chikh Ahcène.

Le réseau de téléphonie fait des siennes

Comme si les carences enregistrées dans cette localité ne suffisaient pas, un autre manque des plus décriés vient s’incruster dans ce décor. Il s’agit de l’absence de la 4G LTE d’Algérie Télécom, ceci à défaut que ce territoire soit couvert par les autres opérateurs privés de téléphonie mobile, car en ces lieux, le réseau téléphonique est plus que capricieux : «Aucun des trois opérateurs de téléphonie mobile n’a daigné installer une antenne dans cette région. Il faut escalader une colline avoisinante pour passer un coup de fil ou recevoir un appel, nous sommes sans cesse injoignables», se désolent ces villageois. C’est un ras-le-bol généralisé qui s’exprime ainsi par ces villageois se disant délaissés, abandonnés, marginalisés par les pouvoirs publics. «Nous ne voulons voir personne ici lors des prochaines échéances électorales ! Pourquoi voter si c’est pour être considérés comme des lépreux ? Notre quartier est sciemment mis en quarantaine et si rien n’est entrepris pour y remédier, nous serons obligés d’organiser des actions de rues pour nous faire entendre», alertent les habitants. Cette région à vocation agropastorale semble toutefois être propice à de nombreux projets issus de l’agriculture comme en témoignent les vestiges d’anciens poulaillers bâtis en pierre. Pour ces villageois, l’irrigation nécessaire à toute culture fait également défaut, et impossible de faire de l’élevage dans ces conditions de soif permanente. Si les riverains de cette localité ne sont pas tendres avec les autorités, ils veulent uniquement bénéficier d’un cadre de vie moins contraignant. «Nous n’aspirons ni plus ni moins qu’à vivre dignement avec les commodités dont disposent nos voisins à l’instar du village mitoyen «Tadart Ath Vechkhikh» qui lui dispose d’une route entièrement goudronnée, ce qui facilite largement le déplacement et le quotidien de ses citoyens», espère Mokhtar.

Hafidh Bessaoudi

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