Par DDK | 11 Mars 2017 | 1138 lecture(s)

Bouira Virée au Foyer pour enfants assistés

Au cœur de l’innocence brisée…

Apporter de l’amour et de l’affection au quotidien pour des enfants privés momentanément ou définitivement de père et de mère est bien plus qu’un métier

En effet, c’est une passion qui anime au quotidien, et jour et nuit, le staff pédagogique et sanitaire du foyer pour enfants assistés «Chahida Banouh Fatma» de Bouira. Un établissement qui passe inaperçu dans ce quartier populaire de l’Ecotec. Rien ne laisse apparaître qu’il s’agit d’un établissement de la direction de l'Action sociale (DAS), et encore moins d’un quelconque bloc administratif. Pourtant, en se rapprochant de cette structure, cachée par une niche électrique, on peut découvrir, sur le fronton de cet établissement, arborant l’emblème national, la vocation de ce foyer. Ce n’est certainement par gaité de cœur que des parents abandonnent leurs enfants dans ces structures, mais plutôt par injonction du tribunal pour ceux qui y sont placés. Pour d’autres bambins abandonnés par des mères célibataires, la situation d’être placé définitivement dans ce centre jusqu’à leur éventuelle adoption est inévitable. Les adoptions s’effectuent régulièrement, à en juger les chiffres communiqués par la directrice de ce foyer, Mme Yacoubi. Depuis l’ouverture du FEA de Bouira, le 25 décembre 1995 au 24 janvier 2017, il a été recensé 637 adoptions en Algérie et 87 placements au profit de couples vivant à l’étranger. Un chiffre assez éloquent pour ces enfants qui découvriront, ou redécouvriront, un cocon familial et l’amour parental. Ceci dit, d’autres moins bien lotis, en situation d’handicap, devront évoluer dans les structures de la DAS jusqu’à leur majorité et parfois même après, car leur handicap (physique ou mental) ne leur permet pas d’être indépendants.

Des enfants abandonnés ou placés par les juges

Dans ce foyer, 19 petits pensionnaires sont encadrés par l’équipe pluridisciplinaire, composée de médecins, psychologues, infirmières, éducatrices, nourrices et puéricultrices, qui se relaient pour apporter de l’affection et de l’amour à ces enfants. Dans les différentes salles visitées, il a été constaté l’émerveillement et l’épanouissement des petits pensionnaires. “Lilas”, “Trèfle”, “Violette” et “Jasmin” sont des noms choisis pour les unités de vie qui servent de lieux de détente et de repos aux poupons. Le revêtement du sol en forme de puzzle multicolore égaie davantage ces aires de détente. Également, il y a une salle d’activités dans laquelle les éducatrices s’attellent à éveiller les sens des enfants en leur apprenant à jouer, tout en les faisant participer aux différents travaux manuels. Des activités telles que le collage de féculents et de feuilles mortes, le moulage en plâtre, le coloriage et peinture... La peinture reflète l’état d’esprit des enfants et la couleur rouge revient souvent, d’après les éducatrices. L’ensemble des salles dans lesquelles ces enfants évoluent sont dans un état de propreté immaculée, malgré les travaux en cours pour rafraîchir les murs. Aussi bien l’infirmerie que le réfectoire, ou encore la pièce destinée à la stérilisation des biberons, les lieux sont minutieusement entretenus. Là encore, le rôle de l’équipe pluridisciplinaire est important car, comme le souligne la directrice, des réunions sont régulièrement tenues pour orienter et améliorer le comportement de l’enfant qui sera amené à vivre dans une famille d’accueil. Une famille d’accueil qui doit justifier, au préalable, de plusieurs conditions sine qua non afin d’adopter et d’élever l’enfant dans un milieu sensible et affectif. De la paperasse, il en faudra, ainsi que du courage pour que les personnes, voulant recueillir un enfant, puissent y parvenir. Mais comme les statistiques l’indiquent, la volonté est plus forte que les tracasseries administratives.

Aucun placement parmi les enfants handicapés

En attendant des placements, l’équipe de ce foyer ne ménage aucun effort pour apporter réconfort et bien-être à ces enfants, notamment ceux atteints d’infirmité motrice cérébrale (IMC) ou ceux touchés par une déficience d’origine neurologique (DON). Pour ces handicapés, au nombre de 10, ainsi que deux trisomiques, les soins sont particuliers et nécessitent une attention permanente. Dans l’unité ‘’Lilas’’, à l’heure du déjeuner, plusieurs nourrisses alimentaient ces jeunes handicapés. La tâche semblait rude, mais la patience de ces nourrisses était illimitée. Cuillère après cuillère, la purée de pomme de terre servie a été ingurgitée et les petits pensionnaires, âgés d’une dizaine d’années, ont pu retourner dans l’atelier d’éveil. Ces pensionnaires particuliers font l’objet d’un suivi régulier et grâce à une convention avec la direction des Affaires religieuses, des séances chez le kinésithérapeute, pour la rééducation fonctionnelle, sont dispensés deux à trois fois par semaine. De même pour les visites médicales chez des psychomotriciens, psychologues et orthophoniste. Après ces consultations, des évaluations sont établies, pour planifier les programmes adaptés à ces enfants en difficulté. Il est déplorable de constater que, si les enfants généralement bien portants trouvent aisément des familles d’accueil, il n’en est pas de même pour les jeunes souffrant de troubles du comportement, ainsi que les handicapés psychomoteurs. Ces derniers sont, en effet, plus difficiles à placer dans des familles qui souhaitent adopter un enfant. Un jeune souffrant d’IMC nous jette un regard attendrissant, et au moment de quitter la salle son regard se fait suppliant. Non pas que l’atmosphère dans laquelle il évolue est trop pesante pour lui, mais plutôt par un excédent d’affection et son désir de communiquer à sa façon. D’après la directrice, aucun enfant n’est agressif et ils cohabitent tous en parfaite harmonie. Difficile de penser que ces pensionnaires handicapés, résidant dans cet établissement, ont été indésirables : “Généralement, la future mère, prenant conscience de sa grossesse, fuit sa responsabilité de même que le géniteur… L’enfant est d’emblée rejeté et pire même parfois, puisque la mère utilise toutes sortes de remèdes pour interrompre prématurément la grossesse... mais lorsque le fœtus est formé, il reste très peu de chance pour que l’avortement souhaité ait lieu. De ce fait, 9 mois plus tard, l’enfant nait en comportant des séquelles irréversibles et là, il est malheureusement trop tard pour faire machine arrière”, indiquera une nourrisse. C’est, ainsi, que naissent des nourrissons épileptiques, handicapés mentaux, moteurs et d’autres atteints d’hydrocéphalie. Même si des praticiens privés, en particulier des pédiatres, se portent volontaires pour soigner ces “victimes”, ces cas se révèlent incurables. L’établissement prend en charge l’hygiène, l’allaitement artificiel, les tenues vestimentaires, le gîte et le couvert ainsi que les sorties au grand air, mais ne peut absolument rien faire lorsqu’un enfant est en phase finale.

Rayane et Mounia, un tandem d’innocence débordant d’affection

Toujours dans l’unité «Lilas», se trouvaient trois berceaux dans lesquels trois beaux bambins, de 1 à 6 mois, venaient tout juste de se réveiller. L’un d’entre eux, nous l’appellerons Rayane pour préserver son anonymat, tout sourire, tendait désespérément ses bras pour se lever. Son cas serait provisoire et sa mère attendait pour lui rendre visite, car placé sur instruction du juge ‘’provisoirement‘’. La mère pourra récupérer le petit Rayane, le temps qu’elle améliore sa situation et trouve toit et travail. Mounia, son prénom a été également changé, regardait le plafond et émergeait lentement de sa torpeur. Pour cette petite âgée de 3 mois, l’avenir n’est pas aussi certain que son petit camarade. En effet, elle a été retrouvée dans la rue, alors qu’elle n’avait que quelques jours. Seul un placement dans une famille d’accueil est envisageable pour elle. A l’étage, deux chambres, de deux lits chacune, sont occupées par des enfants d’une dizaine d’année. Dans l’une des chambres, peintes en rose et disposant d’écrans plats, séjournent deux gamines dont l’une est scolarisée dans un CEM. La chambre mitoyenne, peinte en bleu, est réservée pour deux garçons qui sont également scolarisés et qui bénéficient d’un suivi scolaire particulier. ‘’Nous tentons de reproduire le cocon familial pour nos pensionnaires. Nous ne voulons pas que nos enfants se sentent marginalisés par rapport à leurs camarades de classe. Ils bénéficient tous d’une attention particulière, aussi bien sur le volet pédagogique qu’éducatif et sanitaire‘’, déclare la directrice de ce foyer. Des mères sont autorisées à venir voir leurs enfants et parfois, ce sont les enfants qui rendent visite à leurs mamans. Des mamans se trouvant en milieu carcéral et pour lesquelles le juge octroie des permissions spéciales pour que leurs enfants puissent leur rendre visite en compagnie d’un psychologue. En fin de journée, un compte rendu de la visite est établi et une copie est remise aux instances judiciaires avec une évaluation psychologique de l’enfant et de l’impact sur sa personne après cette visite. Ces cas sont rares, mais ils existent. Par ailleurs, il est à noter le tact et la délicatesse du staff de ce foyer dans leur façon d’expliquer les choses de la vie pas toujours compréhensibles pour ces bambins. Selon la directrice de cet établissement, depuis l’ouverture de foyers pour enfants assistés dans les wilayas limitrophes, le nombre de pensionnaires, arrivant à Bouira, a été diminué : ‘’Nous recevons occasionnellement des placements judiciaires provenant de la wilaya de Médéa, sinon ce sont des placements de la wilaya de Bouira‘’, indique la directrice de ce centre. Malgré sa longue expérience dans ces établissements spécialisés, cette responsable ne cache pas son émotivité devant certains cas. Pour elle, sa mission est claire : ‘’Il faut que nos pensionnaires soient des modèles pour notre société. Nous tenons à prouver que ces enfants peuvent aisément devenir l’élite de demain. L’Algérie et la société seront fières de les voir réussir. Pour nous, l’éducation prime avant tout !’’, déclare-t-elle. Il faut dire, toutefois, que l’espoir reste permis pour ces pensionnaires débordant de vitalité qui font montre d’affection et de tendresse envers tout le monde. Lorsque le temps le permet, les enfants sont emmenés dans le jardin de l’établissement, où ils peuvent jouer et se défouler en plein air sous l’œil attendrissant du personnel qui veille attentivement sur le bien-être des jeunes enfants. Toboggans et balançoires, entourés de verdure luxuriante, sont un cadre agréable et convivial qui souscrit parfaitement à un environnement familial. C’est toutefois la seule chose que les autorités puissent consentir afin que l’enfant s’épanouisse en toute quiétude.

Hafidh Bessaoudi

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