Par DDK | 26 Mars 2017 | 2065 lecture(s)

Zoom sur le village Aït Abdelmoumène

Aït Abdelmoumène, relevant de la commune de Tizi N’Tléta, dans la daïra des Ouadhias, est l’un des plus grands villages de la wilaya de Tizi-Ouzou, puisqu’il totalise plus de 12 000 habitants et six comités de villages.

Géographiquement, Aït Abdelmoumène est cerné par quatre communes : Mechtras au sud, Ath Douala au nord, Souk El Tenine à l’ouest et Ouadhias à l’Est. Des douars constitués de Taddert Oufella-Amalou, Tighilt Oumezir-ledjma, Ighil N’Ait Chilla-Ath Moussa, Ath Graiche, Tassoukit Igharviyene, Aït Ali Ouahmed et Taghoucht. Le village est bien situé, donnant sur Ath Douala, Tizi N’Tléta, Ouadhias, Souk El Tenine et Maâtkas, mais également sur Mechtras. Pour rejoindre le chef-lieu de la wilaya, le voyageur a plusieurs choix : à partir de la route de wilaya 147, par la route de wilaya N°100 et par la RN30. Côté réseau routier, les axes principaux sont revêtus. Tous les axes menant aux écoles également. Mais plusieurs routes sont toujours en état de piste, comme celles de Veghla, El Djama, Tharqavt et Avrid Bwadda. A l’intérieur des quartiers, les chemins ont tous été endommagés par les travaux de gaz naturel, leur remise en état n’a toujours pas été effectuée. L’éclairage public n’est pas généralisé, ce qui favorise l’insécurité. Un village «géant» qui, malgré son importante population et sa grande surface, manque de plusieurs infrastructures et commodités.

L’unique satisfaction : le gaz naturel

A Aït Abdelmoumène, la couverture en gaz naturel a atteint les 100%. Quant au réseau électrique, il subsiste encore des quartiers entiers non électrifiés. C’est le cas de Louvayar, Tigrine et Veghla à Tassoukit et des centaines d’autres nouvelles habitations éparses, notamment celles construites dans le cadre de l’habitat rural. Un habitant du quartier Tigrine déplorera : «Nous habitons dans ce quartier depuis plus de 25 ans, nous avons frappé à toutes les portes pour être raccordés au réseau de l’électricité, en vain. Nous avons dû recourir à un branchement informel chez un particulier distant de 3 kilomètres. La part de la facture que nous payons est toujours élevée, alors que la chute de tension fait que nous ne pouvons utiliser ni les appareils électroménagers ni encore moins ceux des nouvelles technologies. Nous demandons aux responsables concernés d’avoir une attention pour nous».

L’eau potable, une fois par semaine et encore…

Dans ce village, le plus grand manque est sans nul doute celui de l’approvisionnement en eau potable. Depuis des lustres, le village n’est alimenté qu’à hauteur d’une seule fois par semaine et à raison de quelques heures seulement. En saison estivale, le problème s’accentue et les villageois sont privés d’eau potable pendant plusieurs semaines. Des actions de protestation sont légion à chaque saison des grandes chaleurs, mais rien n’est fait. Toutefois, l’automne dernier, le village a été enfin raccordé au barrage de Koudiet Asserdoun, mais la promesse d’avoir l’eau en H24 n’a hélas pas été tenue. Depuis la mise en service de la dite conduite, la situation n’a pas évolué d’un iota. L’eau est servie une seule fois par semaine et à raison de quelques heures seulement. Les citoyens ont recours, même en hiver, à l’achat de citernes tractables au prix fort de 2 000 DA l’unité. Un éleveur de bétail que nous avons abordé à ce sujet indiquera : «Pour faire boire mes bêtes, je suis contraint d’acheter des citernes à longueur d’année. Ce qui réduit significativement ma marge bénéficiaire. Rien que durant la saison estivale écoulée, j’ai acheté plus de 20 citernes, ce qui m’a coûté 4 millions de centimes. Ce n’est pas normal. Lors de la mise en service de la nouvelle conduite à partir de Koudiet Asserdoun, je me suis dit que la situation allait s’améliorer, mais jusqu’à présent je continue à acheter de l’eau. Nous espérons que la situation s’améliorera d’ici la saison estivale». Signalons également que les citoyens n’utilisent cette eau que pour l’entretien et le lavage. Pour boire, ils se rabattent sur l’eau minérale ou l’eau des quelques rares fontaines publiques encore en service. La plus part des fontaines existantes sont polluées. Le cas des fontaines de Tiliwa est illustratif.

Environnement, pollution à grande échelle

Dans ce grand village, la pollution a atteint des pics alarmants. Toutes les conduites d’assainissement se déversent à ciel ouvert dans les oueds, malmenant ainsi flore, faune et santé publique. Dans certains quartiers comme à Assamer, c’est le règne des odeurs nauséabondes et des nuées d’insectes. Les animaux errants se sont multipliés et essaiment rues et ruelles. Aucune station d’épuration et aucun bassin de décantation n’est disponible. Pire encore, le réseau d’assainissement n’est pas généralisé. Dans les quartiers de Taghouchet, El Djama, Veghla et Thizgui pour ne citer que ceux-là, la population a toujours recours aux fosses septiques. «Dans notre quartier, le réseau de l’assainissement n’est pas disponible. La mairie n’a rien fait pour nous. Nous avons recours aux fosses septiques, ce qui a fini par polluer nos vergers et potagers. Nous ne demandons pourtant qu’un réseau pour évacuer nos eaux usées», s’indignera un habitant d’El Djama. Toujours concernant l’environnement, le ramassage des ordures ménagères ne se fait qu’une seule fois par semaine. Du coup, les points de chute des ordures foisonnent et les décharges sauvages aussi. Le cas de celle de Thizgui est éloquent. Les abords des routes sont toujours jonchés de détritus. Il est vrai que les comités de villages organisent de temps à autre des opérations de nettoyage, mais cela reste insuffisant.

Le bureau postal fermé, la salle de soins à l’agonie

Côté infrastructures, le manque est criant. Le bureau de poste, datant de l’époque coloniale, a été fermé depuis le départ à la retraite du receveur, il y a plus de trois ans. Rappelons que ce bureau a fait l’objet de vols et d’attaques à mains armées pendant la sanglante décennie noire. «Mais à présent que la sécurité est revenue, qu’attend Algérie Poste pour le rouvrir ?», se demandent les villageois. Ceux-ci sont obligés de se rendre au chef-lieu de commune, distant de 7 kilomètres, pour la moindre opération postale. Les retraités sont notamment malmenés. Concernant la salle de soins, elle ne fonctionne qu’à moitié et avec un seul infirmier. La structure est en dégradation, les moyens matériels et humains font défaut, le chauffage et l’eau aussi. Même pas un frigo pour préserver les médicaments et les vaccins. Le médecin qui y exerçait est parti à la retraite et n’a pas été remplacé. Il n’y a pas de fauteuil dentaire… Du coup, la salle est boudée par la population. L’infirmier en fonction se contente de changements des pansements et d’injections. C’est ainsi qu’une population de 12 000 habitants est abandonnée à son triste sort. L’antenne administrative, non raccordée à la biométrie, ne propose que peu de prestations, contraignant la population à se rendre au chef-lieu communal.

Le sport et la culture au rebus

La pratique sportive et culturelle à Aït Abdelmoumène est quasiment inexistante. Le seul club, autrefois porte-drapeau de toute une région, a mis la clé sous le paillasson. Le Multi Sport Aït Abdelmoumène, le premier club de la région à évoluer en division Honneur, a été contraint à l’abandon et à disparaitre de la scène sportive régionale. La raison est bien simple, l’inexistence de moyens. «Durant les années 2007/2012, l’APC nous accordait des subventions importantes, ce qui nous a permis d’évoluer et d’accéder en division honneur, mais depuis 2012, nous n’avons reçu aucune subvention. Nous n’avons eu d’autre choix que de libérer nos joueurs», nous confiera un des responsables du club. L’aire de jeu du village, sise à Thizgui, est à l’abandon. Le précédent exécutif communal s’était beaucoup investi pour en faire un stade, mais les efforts n’ont pas été poursuivis par l’équipe actuelle. Les arts martiaux se pratiquent dans des caves et autres garages, sans la moindre commodité. Un village qui a donné au pays de grands athlètes, à l’image de Yeddou Salem actuellement 6e dan de Karaté et qui fait le bonheur des enfants français, Zeghoud Makhlouf et son frère Belaid, Ammarkhodja Mouloud et autres Serkhane et Taleb Mohamed, ne dispose pas encore d’une salle digne de ce nom. Sur le plan culturel, c’est le même topo. L’association Mourad Terbouche, créée en 1989, a vite disparue par manque de moyens aussi. Les associations culturelles Talwith et Assirem, encore en exercice, ne jouissent pas du minimum, hormis leur volonté. Le foyer de jeunes de Taddert Ouffela est dans un état lamentable et celui de Tassoukit n’est toujours pas opérationnel. Les travaux sont achevés mais les équipements et l’encadrement n’arrivent toujours pas. Tout un investissement qui attend d’être rentabilisé. Et dire qu’il s’agit là d’un village aux 100 martyrs, du village de Terbouche Mourad, le premier Fédéral du FLN de France et principal collaborateur de Krim Belkacem jusqu’à l’indépendance du pays en 1962.

Hocine T.

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