Par DDK | 8 Novembre 2017 | 2925 lecture(s)

Saharidj Virée sur le mont Lalla Khedidja

Illilten, là où la solidarité prend le dessus...

Perché à plus de 900 mètres d’altitude sur le mont Lalla Khedidja, au versant sud du Djurdjura, Illilten, (Saharidj) est un exemple de l’entraide villageoise.

En effet, et face au manque de moyens et de projets de développement, les villageois n’ont d’autre choix que de recourir au plan B : l’entraide. La solidarité historique s’est ancrée, au fil des années, dans les coutumes et les traditions d’une société villageoise ancestrale et soudée. Ainsi, beaucoup d’opérations ont été, justement, réalisées grâce à cet élan de solidarité, dont, entre autres, des actions de nettoyage, l’aménagement du cimetière, la réalisation de lieux d’utilité publique, ainsi que la prise en charge de familles démunies ou en difficulté. Cependant, et au grand désespoir des villageois, certaines projets ne peuvent se concrétiser avec des opérations de solidarité, nécessitant impérativement l’intervention des pouvoirs publics. La liste des doléances reste longue. L’on citera, notamment, les routes et les ruelles dégradées, le manque d’enseignants au niveau de l’unique école primaire et l’éloignement des autres établissements scolaires, le manque de transport et l’arrêt du projet de raccordement au gaz de ville... Le week-end dernier, lors d’un passage sur les lieux, il a été constaté cet élan de solidarité qui se développe de plus en plus. L’exemple de la réhabilitation et de l’aménagement du stade du village dénote, à lui seul, de cette ferveur et détermination des villageois à améliorer leur quotidien. Située au lieu-dit ‘’Tahemamt’’, sur les hauteurs de ce village, l’infrastructure, réalisée au début des années1990 par les autorités locales, est restée à l’abandon depuis plusieurs années. Pis encore, le projet débloqué par la commune pour sa réhabilitation a été suspendu. Face à cette situation, c’est le collectif des jeunes de ce village, chapeauté par un jeune investisseur, M. Abbas Belhadj en l’occurrence, qui a lancé l’initiative pour poursuivre les travaux. Ce stade a été effectivement réhabilité, équipé et inauguré le week-end dernier dans un climat de fête et de joie, en présence de l’ensemble des habitants.

L’aménagement du stade de Tahemamt, un pari presque impossible…

Il aura fallu plus de trois mois de travaux pour pouvoir enfin réhabiliter ce stade. Selon M. Abbas Belhadj, l’un des initiateurs de cette opération, les jeunes de ce village, au même titre que d’autres habitants, se sont tous mobilisés pour réussir cette opération : «Après avoir attendu plus de 20 ans les autorités de la commune, nous avons compris que la seule solution pour réhabiliter ce stade reste la mobilisation des villageois, qui se sont tous impliqués dans cette tâche», dira M. Abbas, en précisant que les travaux réalisés ont nécessité beaucoup de moyens humains et matériels. Et d’ajouter: «Même si l’infrastructure a été inaugurée, il reste certains travaux à finaliser, comme la réalisation de la clôture et une petite pièce qui servira de vestiaires et de lieu de dépôt d’équipements. Le stade sera géré par le comité du village et les associations des jeunes. Nous pensons même à organiser un grand tournoi de foot, l’été prochain, qui regroupera plusieurs équipes des villages et des communes voisins». Vendredi dernier, une grandiose cérémonie a été organisée par les villageois à l'occasion de l’ouverture de ce stade et la tenue du premier match, qui a opposé deux équipes locales. Les citoyens qui se sont succédé à la tribune pour prendre parole, ont tous tenus à saluer le dévouement et la détermination des villageois, grâce auxquels ce projet a été rendu possible : «C’est une première à l’échelle de toute la wilaya et de la région. Les citoyens de notre village ont pu soulever le défi et réaliser ce projet important avec leurs propres moyens», se félicite un jeune, membre du collectif local. Ce dernier rappellera que l’opération de volontariat se poursuit toujours, et ce, jusqu’à l’achèvement total des travaux et l’acquisition de l’ensemble des équipements pour ce stade. Les intervenants salueront, dans le même sillage, le directeur de l’office des établissements des jeunes (ODEJ) de la wilaya de Bouira, qui, selon-eux, «était le seul responsable à s’impliquer dans cette opération, notamment en offrant des équipements de sport pour les jeunes».

Enclavement et dégradation des routes : là où la volonté ne suffit pas…

«Certes, grâce au volontariat, nous avons réalisé notre stade, mais ce n’est pas ce dernier qui sortira la localité de son enclavement. Les villageois souffrent d’un manque criant de commodités, plongeant le village dans un isolement aggravé. Le transport y manque cruellement, et presque toutes les routes du village se trouvent dans état lamentable, même la couverture en réseau téléphonique y manque ! Nous sommes plongés dans l’isolement et l’enclavement», se désole M. Abbas, qui nous a accompagné dans une tournée à travers les sentiers du village à l’architecture ancestrale et traditionnelle. Le constat est, en effet, alarmant au niveau de cette contrée qui manque de presque tout. Les ruelles du village se sont détériorées et les automobilistes ne les empruntent presque plus. Le transport vers le chef-lieu de la commune de Saharidj ou M’Chedallah y manque aussi et les villageois, qui ne disposent pas d’un véhicule, sont obligés de faire de l’auto-stop. S’agissant des réseaux téléphonique et d’internet, les téléphones portables ne sonnent presque plus et le village n’est même pas couvert par le réseau de la 4G-LTE: «Vous pouvez le constater par vous-même. Pour passer un appel, par exemple, nous sommes obligés de nous déplacer vers les hauteurs du village, pour capter le réseau. Malheureusement, nos nombreuses doléances et requêtes aux opérateurs de téléphonie pour l’installation de relais de télécommunication au niveau du village sont restées lettres mortes», indique notre accompagnateur, qui affirme que les travaux de raccordement du village au réseau du gaz naturel ont aggravé la dégradation des routes et ruelles. Et au grand malheur des villageois, le projet est à l’arrêt depuis plusieurs mois, mettant davantage à mal la population locale. A signaler que le village ne dispose pas de son propre réseau d'alimentation en eau potable, les foyers étant alimentés à partir de la source noire (Laïnsar Averkan) : «Seule la RN30, qui surplombe notre village sur les hauteurs, a été réhabilitée. La RN30-B, la principale route qui traverse le village en plein milieu, est dans un état lamentable ! Avec l’arrivée de l’hiver, les neiges bloquent souvent tous les accès, comme ce fut le cas l’hiver dernier, durant lequel nous étions complètement bloqués pendant plus d’une semaine ! Les ruelles du village, aussi, nécessitent une prise en charge», continue M. Abbas, qui soulèvera aussi l’arrêt des travaux de raccordement au gaz naturel : «Ce projet que nous avions tant attendu est à l’arrêt depuis des mois, et nous ne savons pas pourquoi. Nous espérons une intervention rapide du wali pour débloquer la situation avant l’arrivée de la saison froide».

Un seul infirmier pour 5 000 habitants !

En plus d’un cadre de vie peu décrié, les citoyens sont confrontés à un autre problème de taille. Il s’agit du manque de couverture sanitaire. Ce village ne dispose, en effet, que d’une petite salle de soins, qui date des années 1980, et dans laquelle n’exerce de façon permanente qu’un seul infirmier. Ce dernier assure, à lui seul, des soins superficiels au profit de quelque 5 000 habitants. Cela dit, il est souvent appelé à effectuer d’autres opérations, plus ou moins complexes, notamment en cas d’urgence. Dégradée et exigüe, cette salle de soins ne dispose que du petit matériel de premiers soins et ne dispose même pas d’une ambulance pour les évacuations. M. Merzouk Mohammed, l’infirmier en question, affirme que les cas urgents sont systématiquement évacués à l’hôpital de M’Chedallah et les analyses médicales se font à la polyclinique d’Ath-Mensour : «Un médecin effectue des consultations deux fois par semaine au niveau de notre salle de soins, mais ça reste insuffisant. L’affectation d’un médecin à cette salle, pour assurer de manière permanente les consultations et le suivi des patients atteints de maladies chroniques, urge», soutient notre interlocuteur. Selon les villageois, c’est le même infirmier qui assure des soins à domicile et des suivis de grossesse. Il se déplace, aussi, avec les malades en cas d’évacuation : «Notre infirmier accomplit convenablement sa tâche, mais on aimerait bien que les services sanitaires soient renforcé par un médecin et une sage-femme, comme c’est le cas dans d’autres salles de soins de la région. Certains cas ne peuvent pas être traités par un paramédical», ajoute M. Abbas. Notre interlocuteur précise, enfin, que les citoyens du village reposent leurs espoirs sur la future assemblée communale. Selon-lui, beaucoup de candidats ont déjà fait le déplacement à Illilten et ont promis de prendre en charge leurs doléances : «Tous les candidats de tous les partis politiques se sont déjà déplacés chez nous. Ils se sont tous enquis de la situation désastreuse dans laquelle patauge notre village et nous ont promis de transmettre nos doléances aux autorités compétentes. Espérons seulement qu’ils tiendront parole une fois élus. De notre côté, nous poursuivrons le travail de volontariat et nous essayerons de le développer pour effectuer des opérations plus importantes, et pourquoi pas plus», a-t-il conclu.

Oussama Khitouche

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