Par DDK | 7 Décembre 2017 | 503 lecture(s)

énergie - Exploitation du gaz de schiste

Recentrer les débats à leur juste valeur (10ème partie et fin)

Les investissements prioritaires de la Sonatrach doivent aller dans ce sens sur la base d’appels à projets spécifiques devant répondre aux déficits actuels de notre économie et à la demande sociale pressante. Ainsi, une fenêtre sera ouverte sur le secteur privé sur la base d’un partenariat avec appels à projets pour investir dans le secteur et créer des joint-ventures compétents. Ce sont là les opportunités que peut offrir le développement des hydrocarbures non conventionnels pour notre pays.

Le gaz de schiste, une perspective prometteuse pour la réhabilitation du capital humain algérien dans la conception d’une stratégie économique nationale

Parce que l’Etat investit énormément dans le capital humain, il se doit de continuer cet effort dans les politiques publiques et dans la conception des fondamentaux d’une stratégie économique fondée sur le savoir et la valorisation de ce capital humain. Il doit impliquer davantage les entreprises publiques notamment celles réputées pour être les plus grandes et qui semblent faire monde à part jusque là. L’énergie, l’eau, les télécoms sont des services publics et à ce titre, ils doivent être foncièrement impliqués dans cet élan de réhabilitation de l’intelligence dans notre pays et y consacrer une grande part dans leurs investissements physiques. Pour sortir du cercle dépressif actuel, il faudrait se refocaliser davantage sur une vision positive et constructive reposant sur la réhabilitation et la potentialisation de notre capital humain, pas seulement à travers les dispositifs de création et d’encouragements divers de TPE, micro-entreprises et PME, mais à travers des cercles de réflexion autour du « compter sur soi et sur l’intellect de ce capital humain » sur lequel l’Etat a énormément investi et continue d’investir. Signalons ici que ce capital nourrit les économies et espaces de recherche des pays étrangers pour lesquels il constitue une ressource importante à moindre coût. Cette démarche permettra à notre pays d’en finir avec cette saga de l’importation, y compris de l’importation des idées clés en main. La mise en marge de la matière grise et la paralysie de notre potentiel intellectuel qui constitue, à proprement parler, l’unique ressource productive à la base de tout processus évolutif, ont causé beaucoup de nuisance à notre développement économique. Elles ont eu pour conséquence d’aboutir à la fonctionnarisation de l’acte intellectuel, de l’instinct de réfléchir, de produire et donc d’innover, par sa réduction à un simple maillon de la machinerie bureaucratique dans tous les systèmes de la vie nationale. Ce confinement de l’être intellectuel dans une sphère marginale, qu’il soit volontaire ou involontaire, a conduit à sa désolidarisation totale de son acte scientifique, du rôle de médiateur et de catalyseur qu’il doit jouer entre une société qui doit comprendre où on veut la mener et ce que l’on veut faire d’elle et les gouvernants. Le scientifique algérien, du moins celui qui est sollicité épisodiquement, est aujourd’hui incrusté dans des espaces où se développent des mécaniques de légitimation ou de condamnation selon le cas et les conjonctures, d’un acte ou d’une décision politique, déconnecté de tout processus de réflexion sur la vie nationale dans tous ses aspects, excepté peut être en situation de conflits, le point de vue extérieur étant privilégié même si souvent celui-ci est le fait d’un niveau de compétence inférieur à celui d’un national. Le développement et l’économie du pays auront beaucoup à gagner en se dessaisissant de cette emprise de l’assistanat étranger et en finissant avec cette forme de mise au froid de la compétence nationale par sa revalorisation et son implication dans tous les mécanismes de réflexion et de production ayant trait à la vie nationale. En fait, c’est toute la pyramide de la formation du capital humain et de sa mise au service de l’économie nationale qui est altérée par cet acte facile du recours permanent à l’assistanat étranger et à l’importation si récurrent dans le discours officiel, instaurant un doute et une perte de confiance en nos compétences et partant, en elles-mêmes. La résignation a figé les esprits et toute forme d’acte d’évolution devient inopportun aux yeux du citoyen : le meilleur ne peut venir de nous mêmes, il ne peut venir que de l’étranger, fusse-t-il d’un de nos compatriotes qui y soit installé et qui devient alors un cerveau dans le cadre d’un espace extrinsèque nourri par un processus à la mode que l’on a qualifié de « fuite de cerveaux » ! Quels cerveaux ? La matière grise est partout pour peu qu’il lui soit offert des conditions de travail et de réflexion dignes, que l’environnement s’y prête et que l’on se dessaisisse de l’acte bureaucratique. La conjugaison de ces deux aspects constitue l’une des formes de sous-développement et, des plus graves, qui a largement pris cours dans la culture ambiante, induite par une sorte de haine de soi, de ses compétences et, de finir par admettre son incapacité à ne rien produire, bref d’avoir une vision nihiliste. C’est l’antithèse même de l’esprit d’entreprendre remplacé incidemment par la recherche constante du profit sur la base du principe du moindre effort si présent dans le champ de l’économie informelle et qui, de plus en plus, est en train de s’installer dans l’espace consacré de formation du capital humain : l’université. Le danger qui guette les futures générations c’est de perpétuer cette tradition qui consiste à rester à la solde des grandes compagnies internationales et dans la voie de l’engrangement d’une rente à distribuer. «Si l’on maîtrise la fracturation hydraulique depuis 1992 », voire même plus anciennement que cela, pourquoi ne pas se lancer dans l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels par nous-mêmes ? Pourquoi ne pas former dans le cadre de partenariats diversifiés et dans nos institutions universitaires des techniciens, des ingénieurs et des managers spécialisés dans le domaine, quitte à recycler des diplômés de l’université par milliers pour les besoins futurs de cette ressource qui sera l’un des piliers de notre énergie ? Pourquoi continuer à saigner notre économie de milliards de $ au profit de firmes qui, globalement, n’exercent que la routine ? La palette d’ingénieurs à former ou à recruter embrasse un large spectre de spécialités : géophysiciens, géologues, foreur, mécanicien, sédimentologiste, spécialiste en stratigraphie sismique et séquentielle, hydrogéologue, spécialiste en dessalement d’eau, chimiste, biochimiste, informaticien, spécialistes en géo-matériaux ou mécanique des roches, informaticiens, mathématicien, physiciens, chimiste organicien, économiste, juriste, etc. Continuer sur cette lancée fondée sur la passation de contrats avec des sociétés étrangères n’améliorera en rien le statut de nos jeunes cadres et continuera à entretenir les risques de dégradation de la qualité humaine et de la corruption sous toutes ses formes dont la plus grave est la corruption intellectuelle. Dès lors, place à l’économie algérienne, à l’industrie algérienne et à la compétence algérienne : finissons-en avec le syndrome fatal de l’assistance étrangère qui a installé le doute dans les neurones de l’être algérien, et finissons-en avec le syndrome hollandais et le phénomène de la rent-seeking qui ont miné et ruiné l’économie nationale. Là est certainement la voie du salut et la meilleure option pour le développement des hydrocarbures non conventionnels dont regorge le Sahara et probablement, d’autres contrées de notre cher pays.

(Fin...) I. A. Z.

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