L’adoption de la loi relative à l’interdiction d’importation de la friperie fait grincer les dents des commerçants au niveau de la wilaya de Bouira.
En effet, aussitôt adoptée, cette loi suscite moult interrogations et scepticisme auprès des marchands de ce créneau, mais aussi de la part des citoyens. Ces derniers, et plus précisément les couches les plus démunies d’entre eux, trouvaient en la friperie une sorte de «bouée de sauvetage», vu les prix exorbitants et quasi inaccessibles des magasins dits «conventionnels» pour les faibles revenus. Au niveau de la grande artère commerçante de Bouira, les avis étaient unanimes quant à «l’incohérence» de cette interdiction. «Ceux qui ont promulgué cette loi sont en déphasage complet avec la société !», dira un commerçant spécialisé en vêtements usagés. Avant d’ajouter : «Je peux vous assurer que la plus grosse majorité des citoyens et plus précisément ceux de Bouira, se vêtissent des marchandises issues de la fripe. D’ailleurs, et je parle en connaissance de cause, les vêtements importés de Syrie et de Jordanie ont un grand succès auprès de la population». Un autre fulminera contre cette décision, qu’il juge inappropriée : «Nos dirigeants devraient s’inquiéter de la fonte du pouvoir d’achat et examiner les causes qui poussent les gens à s’approvisionner en habits usagés !», suggérera-t-il. Pour rappel, la décision d’interdire l’importation de la friperie a été motivée par «des difficultés de contrôle sur le plan sanitaire de cette marchandise», selon le président de la commission des finances de l’APN. Toutefois, cet argument est balayé d’un revers de main par l’ensemble des commerçants interrogés. «Les importations touchent quasiment tous les secteurs et pourtant, le gouvernement n’a rien légiféré à ce sujet. Le contrôle de qualité des produits doit être soumis à des organismes spécialisés dans ce domaine. La prohibition n’a jamais été un moyen efficace de lutter contre les dangers sanitaires. Ce sont plutôt les commissions et les organismes de santé qui devraient veiller à la sécurité des consommateurs», soulignera ce commerçant en colère. Les couches les plus modestes de la société voient en cette loi «la fin d’une époque». C’est ce que notera Islam, fonctionnaire de son état. «D’après ce que j’ai lu dans la presse, les autorités ont voté cette loi pour redynamiser l’industrie du textile nationale. Mais de quelle industrie parlent-ils ?», s’interrogera-t-il. Avant d’ajouter : «Ces vêtements usagés me permettaient de m’offrir des habits décents à moindre coût. A dire vrai, je ne sais plus comment faire désormais». Il est utile de souligner l’implantation de la culture de «la fripe» dans les couches moyennes de la société algérienne, et Bouira ne fait pas exception à ce constat. Ces «vêtements du pauvre» ont pu assurer une certaine flexibilité et un équilibre des budgets au sein des familles à faible revenu. Selon un élu local qui requiert l’anonymat, «cet amendement a été entériné sans prendre en compte les conditions de vie réelles des citoyens. C’est une mesure purement politique, qui vise à contenter certains lobbys». De ces propos recueillis, on comprend l’hostilité des commerçants et des citoyens vis-à-vis de cette loi. A signaler enfin que les commençants de la wilaya de Bouira envisageraient de tenir des sit-in devant la Direction du commerce, afin de protester contre l’application de cette loi, selon un responsable de l’UGCAA.
Ramdane B.

