La Dépêche de Kabylie

Qui bloque Cevital ?

« L’agroalimentaire est une industrie importante aussi bien en Algérie que dans le monde », soulignera d’emblée le boss du groupe agroalimentaire de Béjaia. Son exposé sur le paysage de l’industrie alimentaire nationale, il l’entamera avec le secteur de la transformation céréalière. « Plus de 350 minoteries se partageaient le marché de la transformation céréalière. Ce qui a généré des surcapacités de l’ordre de 250% », expliquera le conférencier, qui ajoutera que 200 unités de production ont fermées pour incapacités d’écouler leur production. Pour l’industrie des huiles ils sont une douzaine de raffineries en activité, dont Cevital. Les capacités de production de cette dernière couvrent 140 % des besoins nationaux, les excédents étant exportés. Sucre : couvrir 100% des besoins locauxPour la margarine, Cevital arrive à assurer 120% des besoins locaux, et exporte le reste. Pour le sucre, produit à tension ces derniers temps, 4 raffineurs se partagent le marché en plus des importations : 3 raffineries appartenant à l’Enasucre et une de Cevital. Celle-ci fournit 60% des capacités d’absorption du marché soit l’équivalent de 600 000 t/an. L’Enasucre, elle assure quelque 300 000 t/an. Avec la part de l’importation, le marché est approvisionné à hauteur de 1 million de t/an. Mais voila que le groupe bougiote aiguise ses ambitions et prévoit de multiplier par trois sa production, pour arriver à 1,2 million de tonnes par an, d’ici à juillet 2006.

« Lala Khedidja « ou l’ »Evian » algérienL’usine de production d’eu minérale de Lala Khedidja, sise à Aggouni Gwaghrane (Tizi Ouzou), rachetée il y a quelques mois par le groupe Cevital, est actuellement en extension, selon Rebrab. Une fois les travaux achevés, l’unité mettra sur le marché 3 millions de bouteilles/jour. « Une eau qui égalera sur le plan physico-chimique celle d’ « Evian » », annoncera l’invité de l’UGCAA. Ce dernier affirmera également que les prix de l’eau minérale et des boissons carbonatées connaitront une réduction, une fois le projet entré dans sa phase de production. Le manager de Cevital annoncera aussi le projet de construction d’une unité de trituration des graines oléagineuse d’une capacité de production de 2 millions t/an, à la base desquelles, sont fabriquées les huiles végétales. « Avec cette unité nous prévoyons de couvrir 100% des besoins du marché local en huiles brutes, qui dépend actuellement en totalité des importations », notera le concerné. Il lancera aussi une usine de production de tourteaux avec une production annuelle de plus de 1,8 millions de tonnes. Un excèdent de 500 000 t/an sera destiné au marché international. Un projet, fera remarqué Issad Rebrab, qui ne manquera pas d’avoir des incidences positives sur l’agriculture nationale. Et d’ajouter que par là c’est toute une activité qui renaît de ses cendres, actuellement à l’abandon pour cause d’absence d’unité de trituration. Le projet d’une unité de production d’aliments pour bétails, d’une capacité de 750 000 t/an (dont 250 000 t/an à l’exportation), initié par Cevital, sera lancé prochainement. 30 000 vaches laitières à la rescousse de l’industrie laitièreLe groupe Cevital entend investir le secteur laitier, à forte dépendance de l’importation, en initiant un projet de plusieurs fermes intégrées dédiées à la production de lait et dérivés, avec quelques 30 000 vaches. « Nous importons actuellement — nos besoins en cette matière en forme de lait en poudre », mentionnera l’homme d’affaires algérien, en estimant que l’Algérie peut satisfaire toute seule ses besoins et même dégager des excédents à l’exportation. Il convient de rappeler que l’Algérie importe chaque année pour 600 millions USD de lait, et que la production locale ne dépasse pas 2 milliards de litres/an, pour des besoins estimés à 3 milliards de litres. Le patron de Cevital citera des exemples édifiants, par la nature climatique de ces pays et la taille de certains, de la Tunisie, l’Arabie Saoudite et le Maroc, qui arrive à assurer ses besoins en lait.

Si « El Goléa » devient « Californie » Décidemment, le patron du groupe Cevital ne désemplit pas côté projets. Et pas des moindres. Jugez-en : « nous avons l’intention de nous lancer dans un projet d’envergure qui consiste à faire la culture d’agrumes (citron, orange et pamplemousse) au Sud du pays ». Il prévoit de planter une superficie de 10 000 hectares, avant de passer à 100 000 ha ! « La région de El Goléa pourrait être la Californie algérienne », s’enthousiasme le premier responsable de Cevital. En effet, cette région du Sud algérien dispose d’une mer souterraine qui équivaut presque à la Méditerranée en terme de réserve d’eau. L’exemple de la Californie est en effet remarquable. Cet Etat américain réalise à lui seul en industrie des agrumes et en jus, un chiffre d’affaires supérieur -tenez-vous bien- à nos recettes en hydrocarbures ! Soit 52 milliards USD ! En 2004, l’Algérie a récolté 32 milliards USD, en recettes pétrolières. Avec la superficie dont nous disposons et nos conditions climatiques favorables, l’agriculture pourrait se hisser en toute aisance comme secteur numéro 1, en déclassant même celui des hydrocarbures. Parole d’un homme d’affaires aguerri. « Nous pourrons réaliser des revenus de 120 milliards USD au lieu de 8 milliards actuellement », signalera-t-il. Et d’ajouter en parfait connaisseur en la matière. « Le seul problème qui nous empêche d’entamer tous nos projets est la disponibilité et l’accès au foncier », résumera avec un ton de plainte, le boss du groupe alimentaire qui ambitionne d’atteindre une dimension internationale.

Elias Ben

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