Le docteur dit franchement ne pas savoir où il était lors de sa captivité.
“Ils m’ont enlevé à cinq et quand on est partis, j’avais les yeux bandés. Je ne peux pas donc dire qu’on a roulé loin, même si on a roulé longtemps. On pouvait bien me faire tourner en rond sur un même chemin…”
Hier, chez les Djellal à Ighil Bouzerou, il y’avait du beau monde venu saluer la libération du cardiologue intervenue la veille. Les visages rayonnaient, à l’image du ciel dégagé et éclairé d’un beau soleil. On se croirait en plein printemps. La nature a comme décidé de partager la joie du retour du cardiologue, Nacer, parmi les siens, après vingt jours de captivité. Jeans, polo, cheveux en boucle, moustache fournie, une barbe de…vingt jours, les mains en poche, le docteur papote au milieu des amis qui venaient lui rendre visite. La famille n’est pas loin. Un frère est toujours à côté. Entouré dans la cour de la maison familiale, l’homme ne semble pas encore réaliser tout ce qu’il a vécu ces derniers jours. Toujours l’air un peu perdu, mais il garde l’essentiel, il tient debout et fait face à ceux qui sont là pour lui. On le sent surtout submergé par ce sentiment de fierté d’appartenir « à ce Aarch d’Ath Aïssi qui a été solidaire avec la famille pendant ces moments d’épreuve difficile ». C’est ses propos. Il se dit, aussi, très reconnaissant envers ses confrères qui n’ont pas manqué d’apporter leur soutien. Visiblement affaibli, il trouve, néanmoins, continuellement des ressources pour ne pas faillir au devoir, celui d’accueillir et répondre de par lui-même à toutes ces amitiés qui affluaient pour lui manifester soulagement et réjouissance quant à son retour. C’est un incessant va et vient des voisins, des gens du village, des amis, des confrères, d’anonymes d’ici et d’ailleurs… En aparté le docteur avoue que « c’est quand même très dur de rester vingt jours loin des siens, dans l’incertitude. Je pense que ce n’est facile pour personne de se lever un matin, pensant à aller déposer les enfants et travailler, et de se retrouver soudainement désorienté sous la menace de ravisseurs ». Des propos qui résument toute la souffrance qu’il a endurée pendant tout ce temps là même s’il concède qu’il a été « assez bien traité par rapport à ce qu’il en était de la situation. C’était dans des conditions très difficiles, inhumaines, mais j’avoue qu’on m’a privilégié. J’ai eu affaire à des gens, disons, corrects et extrêmement religieux ». Aussi, cette opportunité qu’on lui a accordé d’avoir accès à la presse quotidienne. « C’était une condition que j’ai posée ». Et elle lui a été accordée. Tout comme cette libération dont il a fini par bénéficier. C’était avant-hier aux alentours de minuit. « On m’a déposé hier soir, à une centaine de mètres à peine d’ici, je veux dire de chez moi », raconte t-il, « j’ai mis quelques cinq minutes pour arriver, à pieds, à la maison ». Le docteur a, ainsi, agréablement surpris tout le monde en faisant toc-toc à la porte d’entrée. « C’était pour moi un grand moment de soulagement. Je savais, enfin, que j’étais près de chez moi, ma femme, mes gosses et la famille étaient tous là ». Le docteur parle ainsi car il dit franchement ne pas savoir où il était lors de sa captivité. « Quand on est parti, j’avais les yeux bandés, et je ne peux pas dire qu’on a roulé loin, même si on a roulé longtemps. On pouvait bien me faire tourner en rond sur un même chemin… Une chose est sûre, le temps semblait s’allonger de plus en plus autour de moi, même si la famille a été jointe dès le lendemain à midi ». Pour rappel, le docteur Djellal a été kidnappé le 15 novembre dernier, vers 7h30 du matin, sur la route de Tala Bounane alors qu’il sortait de chez lui, en compagnie de sa femme et ses enfants, pour rejoindre son cabinet à Tizi-Ouzou. En tout et pour tout, il a passé vingt jours en captivité. De son affaire, désormais close(?), il résume qu’elle n’a « rien à voir avec le banditisme… ». Il reserve néanmoins les détails aux services de sécurité qui devraient l’entendre dans les prochaînes heures.
S. Bénédine.

