Rachid Ali Yahia était samedi l’invité du café littéraire de Béjaïa – «Plaidoyer pour la convergence des efforts pour une unification linguistique»

Ni l’âge, ni les épreuves de la vie ne semblent entamer la détermination et l’endurance de ce militant dévoué de la démocratie.

Rachid Ali Yahia, invité du Café Littéraire de Béjaïa a, dans un plaidoyer de plus de deux heures, exposé les lignes directrices de son projet qui s’articule autour de la question nationale en Algérie et les modalités de sa concrétisation. Une question d’actualité à propos de laquelle il vient de signer un ouvrage qui en porte le titre, Sur la question nationale en Algérie ; Edition Achab, 2011. A noter que cette question (Nationale) est vue et traitée non seulement à l’échelle de l’Algérie, mais un parallèle en est établi avec les autres pays de l’Afrique du Nord. Les points de convergence entre ces pays, sur le plan identitaire, culturel et en raison d’un passé commun, argumentent en faveur du plaidoyer de l’intervenant pour qui la région doit être pensée comme un bloc, constituant un tout homogène, au sens même de Nation. Soucieux de passer le flambeau à la nouvelle génération, le conférencier déroule devant l’assistance le fil historique du mouvement national, depuis l’étoile Nord-africaine. Il rappelle à ce propos l’engagement d’une poignée de militants desquels il faisait partie, avec Benai Ouali, Amar Ouald Hamouda et Laimèche Ali, «le leader charismatique» disparu à l’âge de 21 ans, en 1946. Il regrette, cependant, la tournure des événements qui, avec le PPA et après 1954, ont mené le dernier cité à se prononcer clairement pour l’arabisme et le panarabisme en occultant ostentatoirement la berbérité (avec ses deux composantes linguistiques, le berbère et l’arabe dialectal) de l’Algérie et de l’Afrique du nord. Non sans humilité que Ali Yahia a tenu à rappeler que c’était sur sa proposition qu’une conférence, dite des Arous (tenue dans le restaurant de l’Etudiant algérien) s’est tenue et d’où est sortie, à l’unanimité l’idée de l’Algérie algérienne. Ce projet, explicité dans le manifeste de l’Algérie algérienne, «a préparé Avril 1980 », conclut l’orateur sur le sujet. Sur le choix de la langue arabe classique par l’Algérie, le conférencier nous renvoie à son premier opus Réflexion sur la langue arabe classique, Ed Achab, 2010. Il est revenu avec insistance sur la confusion entretenue à propos de la langue du Coran. Contrairement aux idées reçues, le texte coranique «a été révélé non pas en arabe classique, mais dans le dialecte du Hedjaz, le parler mecquois». Selon l’invité du Café Littéraire, «l’arabe classique est une langue imaginée par l’aristocratie mecquoise soucieuse de la préservation et du développement de ses propres intérêts». Rachid Ali Yahia pense qu’une union entre les Berbères aura comme conséquence une unification de la langue dans ce sens, et pour reprendre l’un des sujets-phares que l’auteur soulève dans son dernier ouvrage, il est affirmé page 124 et autres, qu’un travail doit être fait à toutes les échelles afin de converger les efforts dans l’optique d’une unification linguistique. L’appel a été lancé pour créer partout des sections, des associations, des groupes de travail pour unifier la langue berbère afin de hisser une seule et même structure au rang de langue nationale. D’aucuns soutiendraient que la nécessité de parler la même langue sur le vaste territoire de l’Afrique du Nord risquerait de frustrer encore les populations sachant qu’aucune ne se reconnaîtrait dans cette langue unique qui regrouperait le kabyle, le chaoui, le chenoui mais qui ne serait rien de cela en même temps. A-t-on dès lors reproché au conférencier qu’à force de vouloir unifier, on risque l’«unicisme». L’argument en est l’arabisme qui, se basant sur une seule et même langue arabe, jointe à l’islam, cultive encore l’espoir d’une unité qui n’a rien d’objectivement concret. Ne risque-t-on pas de reproduire de la même façon un schéma uniciste négateur de la pluralité linguistique et donc culturelle et peut-être même identitaire ? Le communicant n’a eu aucun mal à battre en brèche ce point de vue en affirmant que l’essentiel demeure l’évitement de l’effritement de la langue. La solution idoine consiste donc, selon lui, en l’application d’un système ayant la capacité de prendre en charge les différences linguistiques et culturelles de toutes les régions tout en pensant celles-ci comme un tout homogène aspirant à un avenir commun en raison de son passé berbère commun. Le fédéralisme est à même, toujours selon le conférencier, d’offrir l’occasion d’une vraie réhabilitation linguistique et culturelle. Ces différences seront ainsi pensées positivement et vécues comme un plus menant vers un épanouissement même, et surtout, sur le plan économique. La séance s’est achevée par une vente dédicaces de ses deux ouvrages, et un rendez-vous pris pour le lendemain au centre culturel du campus Targa Ouzemour sur invitation de l’association estudiantine, Savoir plus.

Nabila Guemghar