L’artiste en parle… – «Mon style est purement amazigh»

La Dépêche de Kabylie : Quelles sont vos impressions après votre spectacle, qui constitue aussi votre retour sur la scène nationale, après des années d’absence ?

Majid Soula : Les échos que j’ai eus directement après le gala sont satisfaisants. Tout le monde a été content de mon retour. J’ai déjà chanté au Festival de la musique amazighe de Vgayet. Il y’avait du monde, une très bonne sonorisation et une superbe organisation. Donc, les gens étaient très satisfaits. Aujourd’hui (avant-hier soir NDLR), je suis à Tamanrasset, je viens de terminer mon spectacle, c’est une réussite pour nous. Malgré de temps à autre la sonorisation qui nous faisait défaut, mais grosso modo, le spectacle s’est très bien déroulé. L’essentiel pour moi, c’est que le public soit très content de ma prestation. Je suis très heureux de me retrouver à Tamanrasset, notre région, la mienne, que je ne connaissais pas. J’espère que ça ne sera pas la dernière fois que je vient dans cette région. J’ai envie de faire une tournée à travers toutes les villes de mon pays, notamment les régions targuies.

Pourquoi spécialement les villes targuies ?

Tout simplement, parce que le travail que j’ai fait et que je fais dans la chanson s’inspire, dans sa majorité des chants targuis. Quoique mon travail est destiné aux Imazighen de tout bord, mais ce que je ressens dans les chants et les musiques targuies est impressionnant. Cela me rappelle aussi les anciens chants fredonnés par les femmes kabyles. Même avec des instruments très rudimentaires, ce qu’elles chantent est magnifique. Je m’inspire de tous ces sons que j’entends chez les différents amazighs pour mes chansons. J’essaye toujours de sauvegarder mon style parce que je suis convaincu qu’il est un style purement amazigh. Malgré son aspect moderne, mais il demeure amazigh.

Ces différentes activités auxquelles vous avez participé constituent-elles votre retour ?

J’ai des contacts et je vais en avoir encore d’autres. J’aimerai bien revenir si on me donne les moyens nécessaires. Par exemple, ce festival a mis les moyens et les possibilités pour que je puisse venir et je suis venu. Si jamais on m’appelle ailleurs, même en dehors de la Kabylie, avec des moyens voulus, des gens qui connaissent le métier, je n’hésiterais pas à participer.

Au fait, à quoi est due votre absence ?

Cette absence date de 1985. C’est comme celui qui bâtit une maison et soudainement un séisme la rend en ruine. J’ai eu des problèmes et je n’en ai pas pu remonter la pente. En 1995, j’avais perdu ma mère. Sa disparition m’a rendu malade. Cela s’est ajouté à mes problèmes que je traînais depuis une décennie. Maintenant, Dieu merci, je commence à reprendre grâce au festival national de la chanson amazighe.

Elle est due aussi à la spécificité de ma musique et de mon texte qui dérangeait à cette époque. On est en 2011, je pense qu’il y a, tout de même, une ouverture, laquelle, a permis à ceux qui aiment notre existence, notre identité d’essayer de faire quelque chose pour cette culture.

Je participe à un festival de la chanson amazighe, et c’est une très bonne chose, car, je pense que ce qu’ont fait Dda Lmulud Mammeri et les autres militants, n’est pas vain. Nous souhaitons la paix en Algérie dans le cadre du respect de tout un chacun, dans une égalité fraternelle. Pour aboutir à cette paix et fraternité je ne pense pas qu’elles puissent jaillir sans la reconnaissance officielle de notre langue et culture, car, le peuple amazigh a besoin de cela comme les autres peuples du monde. Il ne peut y avoir de paix sans égalité entre les Algériens.

Pour terminer, je tiens à remercier les organisateurs du festival et à leur tête Karim Arib, commissaire du festival, ainsi que les autorités locales, les citoyens de la région, et votre journal qui m’a permis de m’exprimer.

Propos recueillis par M. M.