La Dépêche de Kabylie

Berger, fils de berger

3e partie et fin

Sur une colline surplombant le palais, le chacal ordonne à toute la troupe de faire du bruit. Le vacarme assourdissant arrive au palais et affole les habitants. Pour rajouter à leur désarroi, le chacal leur dit :- Fuyez du palais par les portes dérobées, ces gens qui font tant de bruit en veulent à votre vie ! fuyez tant qu’il est temps mes amis !La panique s’empare de toutes les bêtes qui craignent pour leur vie, et vont se réfugier dans la forêt. En quelques instants, le palais est déserté et vite occupé par le berger devenu « prince des Indes ». Sur place, ils trouvent des monceaux de pièces d’or et d’argent. Pour remercier la troupe qui les a accompagnés, le chacal et le berger donnent à chacun d’eux une poignée de pièces d’or et une poignée de pièces d’argent. Pour l’ag’ellid’, ils remettent deux sacs remplis de pièces d’or et d’argent. Maix ceux qui sont chargés de les lui remettre font faux-bond, et lui disent seulement que son gendre est plus riche que lui. Après s’être accaparé du palais, le chacal décide un jour de mettre à l’épreuve la reconnaissance et la gratitude de son protégé, le berger. Faignant d’être à l’agonie, il fait le mort, devant la princesse femme du berger. Compatissante à l’égard de l’ami de son mari, elle se met à pleurer. La trouvant dans cet état, son mari lui dit :- Son jour est arrivé, cesse de le pleurer. Après tout, ce n’est qu’un charognard, il n’y a pas lieu de le regretter ! A nous la belle vie sans ce casse-pieds. Dès que le berger donne des ordres à un majordome afin de le jeter, le chacal bondit, plus vivant que jamais, et lui lance plein de mépris :- Ay amek’sa Mmi-s ou mek’sa ! (Berger, fils de berger)Ces mots prononcés devant la princesse lui font l’effet d’un couperet. Ainsi donc, crie-t-elle, mon mari est berger fils de berger, son titre de prince des Indes, il l’a usurpé !- Je vais retourner dans mon pays !Voyant que tout ce qu’il a édifié risque de s’écroulerà jamais, malgré la dureté des paroles prononcées à son encontre par le prince-berger, le chacal, magnanime, décide de le sauver en rectifiant le tir en disant ceci :- Itsel iles iou a oualtsi I vghigh as nigh nekini Achrif mmi-s n chrif Matchi achrik’ mmi-s n chrik’ (C’est ma langue qui a fourché. J’ai voulu lu dire ceci : noble fils de noble et non berger fils de berger! )Convaincue par le chacal de rester, la princesse surseoit à son départ précipité. Une fois l’incident clos, le berger et le chacal font serment d’édifier un mausolée (thaqoubets) pour celui d’entre-eux qui viendrait à mourir le premier. Des années plus tard, le chacal meurt de vieillesse, pour ne pas faillir à sa promesse, le prince-berger lui construit un mausolée qui paraît-il existe jusqu’à aujourd’hui dans une contrée où les gens le prennent pour un saint vénéré. Son sanctuaire est dénommé thaqoubets b-ouchen (Le mausolée du chacal) »Our kefount eth’houdjay i nou our kefoun ird’en tsemz’ine. As n-elâid’ anetch ak’soum ts h’em’zine ama ng’a thiouanz’iz’ine.  » (Mes contes ne se terminent, comme ne se terminent le blé et l’orge. Le jour de l’Aïd, nous mangerons de la viande avec des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes). « 

Benrejdal Lounès

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