Après dix jours cauchemardesques vécus par plusieurs régions du pays et particulièrement les localités de la haute montagne en Kabylie, restées isolées et coupées du monde sous un manteau blanc de neige dont l’épaisseur a dépassé souvent les 2 mètres.
La situation commence à être relativement maitrisée dans plusieurs communes de la wilaya de Tizi-Ouzou, où la quasi totalité des axes routiers et voies d’accès ont été rouverts à la circulation, et cela grâce à la mobilisation des citoyens qui, devant les retards et souvent la démission des responsables de l’administration pour intervenir au secours des populations en détresse, se sont organisés pour apporter leur concours aux services des municipalités pour désenclaver les villages et leur acheminer des ravitaillements.
C’est le cas de la commune Iboudrarène, à 60 km au sud-est du chef-lieu de Tizi-Ouzou, où le village Aït Allaoua, resté totalement bloqué dix jours durant, a pu être “libéré” mercredi dernier vers 21 heures, grâce aux efforts consentis par les responsables de la commune Iboudrarène, aidés par les citoyens du village voisin Darna qui ont travaillé jour et nuit pour arriver à bout de ces montagnes de neige glacée et rouvrir la route vers le village. Aït Allaoua qui constitue le neuvième village de la commune d’Iboudrarène, niché à plus de 1000m d’altitude entre les flancs du Djurdjura et distant de plus de 10 km du chef-lieu communal a, depuis le début de la tempête de neige et l’annonce du premier BMS, fait l’objet d’une attention particulière de la part des responsables de la commune d’Iboudrarène, sachant que ce village a toujours souffert de l’isolement à chaque précipitation atmosphérique. Cependant, malgré un déploiement des services de la commune depuis le début de la tempête de neige en travaillant sans relâche de jour comme de nuit, la poudreuse a fini par avoir le dessus sur la bravoure et la vaillance des hommes et le peu de moyens dont dispose la mairie, utilisés sans arrêt jusqu’à l’épuisement.
Les importantes quantités de neige, accompagnées de rafales de vent glacial qui se sont abattues des jours durant, ont empêché tous les efforts des équipes de déneigement d’ouvrir toutes les routes et chemins communaux. Avec seulement un engin rétro-chargeur et un camion chasse-neige, les responsables d’Iboudrarène ont, dès l’annonce du premier bulletin météorologique spécial (BMS), annonçant l’arrivée de la neige à très basse altitude, mis en place une organisation d’intervention sur le terrain avec des équipes se relayant jour et nuit pour empêcher la neige de bloquer les routes et les villages. Au bout du quatrième jour de la tempête, la sonnette d’alarme fut tirée et les autorités de la wilaya interpellées pour l’envoi de moyens matériels et d’engins. Mais l’administration, selon tous les témoignages recueillis auprès de la population locale, n’a pas été à l’écoute et n’a pas pris considération la gravité de la situation. Alors, les citoyens, comme ils l’ont toujours fait dans les moments de crise, se sont mobilisés et une chaîne de solidarité a commencé à se constituer pour au moins acheminer les ravitaillements vers le village Aït Allaoua. Des villageois de la commune de Tizi-Ouzou, Alger et même d’Oran, des convois de denrées alimentaires commençaient à arriver vers le village de Darna où est installé un quartier général.
Les jeunes du village, baroudeurs comme leurs aînés qui ont bravé l’armée coloniale en faisant parler la poudre, ont eux aussi défié la poudreuse en acheminant à pied les vivres à leurs voisins d’Aït Allaoua, en faisant plus de cinq jours à pied.
L’arrivée d’une équipe d’intervention, réquisitionnée par la direction des travaux publics de Tizi-Ouzou, avec deux chargeurs et un bulldozer a été faut-il le souligner, après une semaine d’isolement, d’un grand apport. Mais malgré ces grands moyens matériels et la mobilisation des citoyens bénévoles, il aura fallu une semaine pour que la route du village Aït Allaoua soit définitivement rouverte et la circulation possible. “Nous avons vraiment souffert pour arriver à bout de ces montagnes de neige et de glace, si pour les vivres le problème ne s’est pas posé grâce à la bravoure des jeunes de Darna, nous avons durant tout ce temps appréhendé les cas de malades ou d’urgence dans ce village. Mais Dieu merci, avec la contribution de tous, nous avons réussi ce pari», avait déclaré jeudi dernier, M. Abdeslam Lakhal, le maire d’Iboudrarène, qui a été durant toute cette épreuve sur le terrain aux côtés des populations. Le premier responsable de l’APC d’Iboudrarène a tenu également à rendre hommage au personnel de la commune “qui ont travaillé sans relâche ni répit et dans des conditions très difficiles” pour garder ouverts les grands axes et assurer l’évacuation des malades. Il y a lieu aussi de relever les efforts consentis par les éléments de la Protection civile des Ouacifs qui ont fait plus d’une centaine d’interventions même durant la nuit, les éléments de la brigade de la gendarmerie de Tassaft et du subdivisionnaire de l’hydraulique de Beni Yenni qui ont été présents sur le terrain durant toute cette période pour assister la population et les élus locaux. L’Association Relais et Solidarité de Beni Yenni de son côté a apporté son concours en assurant des quotas alimentaires à toutes les familles au niveau des villages enclavés.
Quant aux particuliers, ils se sont mobilisés avec leurs véhicules pour assurer un approvisionnement régulier en pain et lait et surtout en gaz butane qui, à l’instar des autres régions touchées par la tempête, a été le produit qui a connu la plus grande perturbation. Mais malgré toutes les difficultés, nous avons relevé et le constat a été établi par tous les comités de villages, qu’il n’y avait aucune spéculation sur les prix des produits de première nécessité. Même le gaz butane, son prix n’a pas connu la moindre augmentation, et dans certains villages, la bouteille a été cédée au prix de l’usine. Preuve que dans les moments de crise, la société civile sait se mobiliser et se prendre en charge malgré la démission de l’Etat.
Nassim Zerouki

