Immigration clandestine au menu

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L’université de Bejaia a abrité durant trois jours, un colloque international sur la migration, qui a réuni un grand nombre de chercheurs nationaux et internationaux qui ont consacré des travaux de recherche aux mouvements migratoires entre les

deux rives de la méditerranée Europe, Maghreb et Afrique subsaharienne.

Le colloque s’est fixé un objectif purement scientifique, il devrait déboucher sur des propositions et des mesures juridiques et politiques pénalisantes, censées empêcher les candidats ‘’aventuriers’’ de quitter leurs pays d’origine dans l’espoir de retrouver une vie meilleure ailleurs. Le phénomène de la hargua, qui s’inscrit spécifiquement dans le contexte maghrébin et qui n’est qu’une autre forme d’immigration, a été largement traité lors de ce colloque, notamment par M. Zemmour Zine Eddine, maître de conférence en sociologie à l’université d’Oran, qui a animé une communication sur l’immigration clandestine, tentée par beaucoup de jeunes de l’ouest algérien. Selon le maître de conférences, « l’entrée, du jour au lendemain, de l’Algérie dans le capitalisme, a fait en sorte que les jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans beaucoup d’opportunités pour affronter les rigueurs de ce système. Ce fut un véritable choc. La Hargua est une forme de rébellion, une expression de malaise social et un refus de tout ce qui vient d’en haut, puisque la confiance est rompue avec les dirigeants. C’est la richesse des pays du nord qui attire les pauvres des pays du sud ». Pour le sociologue Zehraoui Ahcène, membre du LISE-CNRS/CNAM Paris, « le phénomène de la Hargua est une nouvelle forme d’immigration des populations nord-africaines, notamment l’Algérie, vers les pays du nord, en particulier la France. La hargua, contrairement à l’immolation par le feu, qui est synonyme de mort, veut dire se brûler pour renaître. Autrement dit, faire la traversée, au risque de mourir pour renaître de l’autre côté de la méditerranée ». Pour le sociologue, « l’immigration des Algériens vers la France est indissociable de la colonisation française de l’Algérie. Ce mouvement migratoire a débuté avec la dépossession des indigènes de leurs terres. Cette dépossession a réduit la population, propriétaire de terres, au prolétariat. Ce qui a donné naissance aux premiers départs vers la France dans le but de fuir la misère qu’a engendrée la colonisation. L’immigration a connu plusieurs vagues, elle change de forme à chaque période de l’histoire et obéit à la volonté des pays d’accueil de recevoir des immigrés ou pas ». Quoi qu’il en soit, on aurait compris lors de ce colloque, à travers les différentes interventions, que les Etats du nord font appel à la main d’œuvre des pays du sud, chaque fois qu’ils en ont besoin et tentent de s’en débarrasser dès que celle-ci devient encombrante pour l’économie du pays. Dans certains pays comme la France, l’emploi de la main d’œuvre clandestine, renforce le désir des candidats à l’immigration clandestine et les poussent dans une aventure périlleuse. Nous y reviendrons.

M.H. Khodja

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