Vallée de la Soummam – Des villes poubelles

L’homme est-il né pour polluer l’environnement et par ricochet porter atteinte à sa santé sans qu’il en soit conscient ? Ce qui est plus grave encore, la dégradation de l’environnement qui fut auparavant l’apanage de la ville touche aujourd’hui les villages les plus reculés qui jadis, étaient des havres de propreté.

Les ordures ménagères jonchent les trottoirs des villes, les accotements des routes et défigurent des sites paradisiaques dans nos campagnes, constate-t-on un peu partout. Notre environnement s’est dégradé considérablement et continue encore à subir quotidiennement de multiples agressions et ce qui est désolant, personne ne fait quelque chose pour arrêter le massacre et prôner le civisme. Il est du ressort de l’Etat de réglementer et gérer comme il se doit un secteur aussi névralgique qui mérite toute l’attention voulue, car la pollution de la généreuse nature mène à la dégradation de la santé des humains, de la flore et de la faune. D’ailleurs, il est urgent que des mesure soient prises dans le sens d’atténuer le problème de la pollution environnementale. Donc, il ne suffit pas d’attendre la célébration de la journée de l’environnement pour parler de la pollution et ses effets néfastes sur la nature, lors des manifestations conviviales et festives. Le mieux serait d’encourager la création d’associations écologiques à travers tout le pays. Des associations qui mèneront à longueur d’année des actions de sensibilisation des citoyens contre l’incivisme. Ces associations, en jouant pleinement leur rôle, pourraient contribuer à sensibiliser les citoyens et les pouvoirs publics à conjuguer leurs efforts pour mener un combat commun contre les pollueurs de tout bord. Quoi qu’il en soit, parmi l’ensemble des défis qui se posent à nous aujourd’hui, celui lié à la protection de l’environnement reste le plus complexe, vu que la pollution gagne de plus en plus du terrain en raison de l’absence de décharges contrôlées. Dans la wilaya de Béjaïa par exemple, les autorités parlent depuis belle lurette d’une quarantaine de centres d’enfouissement technique accordés aux communes, mais aucun n’est concrétisé à ce jour, alors qu’aucun coin de la wilaya n’est épargné par les décharges sauvages qui poussent comme des champignons. A Béni Maouche par exemple, la commune peine à trouver un endroit pour l’implantation d’une décharge. Le maire témoigne que là où un terrain est trouvé pour la création d’une décharge publique, les riverains se mobilisent pour empêcher sa création. Résultat, les ordures ménagères jonchent les trottoirs de la ville et les accotements de la RN74. La même situation est vécue depuis des années par la commune de Sidi Aïch qui déverse ses ordures ménagères sur un petit espace entre la RN26 et l’oued Soummam à quelque trois kilomètres de la ville. Au moment où les incinérations les fumées envahissent la route et les habitations situées aux alentours ainsi que l’hôpital situé en amont, un peu plus loin. Pourtant, la commune de Sidi Aïch fait partie de celles qui ont bénéficié d’un projet de CET. Aujourd’hui, les deux villes de Seddouk et d’Akbou croulent sous les ordures depuis que des citoyens ont décidé de fermer leurs décharges contrôlées, et l’environnement se trouve ainsi souillé par des ordures nauséabondes qui jonchent les quartiers et cités depuis maintenant environs un mois. «Les grandes chaleurs ne sont pas encore arrivées et l’on est déjà obligés de fermer les fenêtres pour éviter les odeurs nauséabondes, les moustiques et les mouches que génèrent ces ordures qui s’amoncellent partout. Il est grand temps pour que les autorités compétentes agissent en se penchant sérieusement sur ce grave problème qui envenime les cités et risque d’avoir des répercussions néfastes sur notre santé. Ou doit-on attendre, comme il est de coutume chez nous, jusqu’à ce que l’irréparable se produise pour que nous agissions. L’Etat se doit d’appliquer la force de la loi et ne pas laisser les citoyens appliquer la loi de la force», dira un citoyen d’Akbou. La liste est loin d’être exhaustive et c’est presque toutes les communes de la wilaya de Béjaïa qui ne possèdent pas de décharges contrôlées. Veiller sur la propreté de la cité incombe en premier lieu aux habitants qui, le cas échéant, se regroupent dans des comités de quartiers et des associations pour améliorer leur cadre de vie. Mais existe-t-il de nos jours un mouvement associatif crédible, efficace et apte à défendre l’intérêt général ? Telle est la question qui reste posée.

Dans la wilaya de Béjaïa, les associations ne manquent pas et l’Etat leur alloue des subventions conséquentes, mais peu et très peu d’entre elles incluent dans leurs programmes la protection de l’environnement.

Un spectacle assez hallucinant, celui des magnifiques vues panoramiques de ces deux villes de campagne, vitrines de la wilaya, qui subissent ce terrible outrage alors qu’elles ont inspiré plusieurs visiteurs et laissé rêveurs tous ceux qui les ont admirées de près ou de loin et dans leurs moindres recoins. A titre d’exemple, à l’occasion de la commémoration de l’insurrection du 8 avril 1871 célébrée il y a juste 10 jours, Seddouk a reçu des milliers de visiteurs qui ont transité par la coquette ville d’Akbou. L’attention des autorités locales de la wilaya est donc attirée afin que des décisions draconiennes soient prises pour le bien de ces deux villes avant qu’elles ne perdent totalement leur côté paradisiaque.

L. Beddar