Le visiteur qui espérerait pérégriner à Akbou, deuxième grande agglomération de Bgayet après le chef-lieu de wilaya, serait glacé d’épouvante en découvrant une satrapie sombrant corps et âme dans des tas d’immondices. Voilà en effet, plusieurs semaines que les déchets domestiques n’ont pas été enlevés par les services municipaux. Il en a résulté des amoncellements d’ordures, de colis malodorants, de sacs-poubelles éventrés et de déchets à même le sol. Déjà qu’en temps normal, Akbou peut être classée bonnet d’âne parmi les villes les plus insalubres. Ce problème d’accumulation d’ordures est tombé comme une malédiction, transformant par une espèce d’alchimie à rebours, la cité en une gigantesque décharge publique à ciel ouvert. Le spectacle est invariablement le même, que ce soit au cœur de la ville, les quartiers résidentiels ou les lotissements sociaux : une profusion de poches cloacales, laissant exhaler des effluves nauséabonds. Dans les quartiers populeux et donc à gisement élevé de déchets, les monticules d’ordures, à force de macération et de putréfaction, laissent bien souvent sourdre des filets de lexiviats, s’écoulant sur la voie publique en ruisselets putrides. Même le travail des agents de voirie, qui continuent à curer rues et artères et à décrotter venelles et culs-de-sacs, est rendu nul d’effet, dans la mesure où les déchets collectés finissent immanquablement par atterrir sur les dépotoirs improvisés aux quatre coins de la ville. «En soixante ans d’existence, je n’ai jamais vu autant de saletés. Et, ce n’est pas tant, ce décor lugubre qui nourrit mes inquiétudes, mais plutôt les maladies qui ne manqueraient pas de se déclarer si la situation est laissée en l’état», fulmine un vieux père de famille, résident à la cité Aït Saïd. «Nous sommes obligés de garder constamment portes et volets clos, pour ne pas avoir à subir les désagréments du dépotoir géant trônant au bas de notre immeuble, mais jusqu’à quand ?», s’interroge un autre citoyen de la cité 504 logements. «La responsabilité de cette situation est partagée entre les responsables de la collectivité et les administrés que nous sommes», explique-t-il. Pour notre citadin, l’incurie des uns n’a d’égal que l’indolence des autres. Le segment de la route nationale N°106, compris entre le chef-lieu de la commune d’Ighil Ali et la ville de Guenzouze, est souillé sur toute sa longueur par un patchwork de détritus. «C’est vrai que tous nos axes routiers sont, peu ou prou, jonchés d’ordures, mais j’ai rarement vu une profanation aussi grave de l’espace public», fait remarquer un usager de cette route, qui met à l’index «l’incivisme et l’ignorance crasse de la chose environnementale», comme étant à l’origine de cette pollution. Dans certains endroits, on a atteint l’acmé de l’insalubrité tant l’ampleur des rejets est hallucinante. A croire que les quidams profanateurs de ces espaces nourrissent une perversion indécrottable à l’endroit de la chose environnementale. Des pelletés de bouteilles en verre, de tessons, de canettes et autres packaging écument les accotements. Même les caniveaux et les talus font office d’exutoire, crevant d’indigestion chronique. «Il faut admettre que notre cadre de vie et notre environnement en général, n’ont jamais été des modèles de propreté mais depuis l’irruption dans le circuit commercial de l’emballage en verre dit «jetable», la situation s’est nettement détériorée», souligne un jeune commerçant de Guendouze. «Si la bouteille était consignée, ne serait-ce qu’au dinar symbolique, renchérit-il, il ne se trouverait pas grand monde à être tenté de l’abandonner sur place».
N. Maouche

