La Dépêche de Kabylie

Bouhamza C’est un village martyr mais aussi touristique qui manque de toute commodités – Tachouaft, une forteresse sans fortune

Tachouaft est un village historique de la commune de Bouhamza dans la wilaya de Béjaïa. Inconnu de par son isolement, ilnutile de chercher dans les manuels scolaires ou sur la carte de géographique, vous ne le trouverez pas.

Mais il est sorti quand même de l’anonymat grâce à son valeureux martyr, Oualem Seddik pour qui les villageois rendent chaque année, depuis un certain temps, un vibrant hommage en lui organisant une cérémonie de recueillement. En ce début de printemps où la végétation est extrême, on est bien tenté d’aller visiter ce village et le barrage de Tichy Haf, un océan d’eau ayant les pieds à Mahfouda et la tête à Tansaout qui est situé à quelques kilomètres de Tachouaft. Pour s’y rendre, la route la plus usuelle est le CW35 et le sympathique village se dresse aux abords de cette route telle une forteresse sans fortune. A peine arrivé au col de la montagne d’Achtoug qu’apparait au loin Tachouaft, languissant au soleil radieux du printemps. Un pâté de maisons au centre d’un ilot de verdure qui attire irrésistiblement le regard. Donc, le touriste ne trouvera pas meilleur endroit pour se ressourcer et vivre des moments intenses de bonheur au milieu d’une nature qui lui livre ses plus beaux atours, faits d’herbe verdâtre, des roses qui jaillissent et embellissent ce tapis vert, des oiseaux qui gazouillent, berçant par leurs chants suaves et mélodieux, les eaux qui ruissèlent de partout suite aux récentes chutes de neige gorgeant d’eau la terre. Autant de subtilités qui font oublier aux visiteurs un temps soit peu le stress de la ville induit pas les façades enfumées des immeubles, les encombrements devenus légendes et les vacarmes diurnes et nocturnes. Paradoxalement, les habitants ont une autre image de leur village où la population vit une misère noire de par les manques infrastructurels qu’il accuse.

Pour extérioriser leur peine, Ils lancent au premier venu leu cri de détresse dans l’espoir d’être entendus. «Nos officiels et nos élus, on ne les voit que durant les campagnes électorales où ils débarquent matin et soir courtiser nos voix en nous promettant monts et merveilles. Mais une fois élus, ils ne reviennent jamais pour réaliser ce qu’ils avaient promis. Figurez-vous que certains candidats de partis ont commencé déjà à venir préparer le terrain pour la campagne électorale. Cette fois, on ne nous bernera pas. Nous voterons pour celui qui nous donnera une assurance et plaidera notre cause après le vote», a expliqué un autostoppeur que nous avons pris en voiture. Au milieu d’un décor verdoyant que domine de petites pinèdes et des régiments d’oliviers, ce coin paradisiaque reflète la beauté toute la beauté des paysages de Kabylie.

Un environnement charmeur

Ce qui est fabuleux, là où le regard se pose, on ne peut s’empêcher de s’émouvoir de ce que la nature a façonné comme environnement sauvage charmeur et subtil, un endroit édénique pour l’escapade. Notre interlocuteur nous informera cependant que les populations de la région vivent dans le dénuement et que cette nature qui nous charme accentue la dureté de la vie des montagnards. «Déjà cette route que vous empruntez résume à elle seule l’abandon de cette région par les pouvoirs publics. Personne ne se souvient quand la chaussée a été goudronnée tellement ça remonte à très loin. Le goudron scarifié par l’usure et les automobilistes fuyant les crevasses, nids-de-poule et tranchées géantes roulent sur le fossé et l’accotement où sont formés des sillons des roues.

La municipalité parle de l’inscription d’un projet pour son aménagement dans les meilleurs délais, mais on ne voit toujours rien venir», ajouta notre interlocuteur. En avançant doucement sur cette route de montagne, nous tombons nez à nez avec des logements neufs en construction à la lisière de la route. L’endroit est situé à quelques encablures du village. Des logements neufs qui appellent à la désolation de par leur abandon en chantier il y a belle lurette, et notre guide en lançant un soupir qui en dit long, abonda dans le même ordre d’idées. «En novembre 2000, la région a été ébranlée par un violent tremblement de terre qui a fait des dégâts incommensurables en mettant à terre certains anciennes habitations et même les nouvelles n’ont pas résisté. Plusieurs d’entre elles ont été endommagées, présentant des fissurations. Tachouaft, située non loin de l’épicentre a eu son lot de sinistrés de par le nombre important de maisons endommagées. En guise de solidarité l’Etat à créé ce site d’une centaine de logements où les travaux de la 1re tranche ont été livrés dans les délais impartis. Seulement, 12 ans après, les bénéficiaires courent toujours pour arracher la 2e tranche, en vain. Ces logements, comme vous le voyez, commencent à se dégrader avec les crépis tombant à terre et les tuiles cassées. Ils sont habités par les oiseaux», fulmine ce citoyen. Laissant ce gâchis derrière nous, nous continuons notre chemin et à l’entrée du village, une chose attira notre attention. Il s’agit d’une cascade d’eau artificielle s’échappant d’un tuyau galvanisé et qui est happée par des jerricans que transportent des bambins dans des brouettes et à dos de mulet. «C’est un forage réalisé par les villageois car avant, nous restions des semaines sans qu’une goutte d’eau ne coule de nos robinets. Ce que vous voyez là n’est qu’un tremplin qui se déverse pendant quelques minutes dans le bassin servant à l’abreuvement des bêtes, et les gens en profitent pour s’approvisionner en eau», dira-t-il. A côté de cette fontaine, une poubelle mobile géante est pleine à craquer d’ordures ménagères qui semblent moisir des semaines sur place et tout autour, gisent des immondices. «Comme le camion de la voierie communale ne passe pas tous les jours, une fois la poubelle pleine, les villageois jettent leurs ordures sur le sol alentour», souligna notre interlocuteur. Notre accompagnateur continuera d’égrener d’un chapelet d’insuffisances et manques infrastructurels dont souffre leur village en citant le centre de soin fermé il y a des lustres, et se demande pourquoi une telle décadence. «Le centre de soins est fermé depuis belle lurette et les malades vont à la polyclinique de Trouna chef-lieu de Béni Maouche pour des soins infirmiers qui leurs coutent chers.

La misère à tout bout de rue

Le transport est assuré par des clandestins qui viennent à la rescousse des habitants, palliant ainsi l’absence des transporteurs de voyageurs. Les gens n’ont pas le choix et se contentent même des bennes des pick-up quand elles sont disponibles, car des fois, on peut rester des heures à l’arrêt de bus sans qu’une voiture ne passe. Les automobilistes évitent cette route pour son piteux état», fera savoir ce citoyen qui a tenu à ne rien négliger en abordant en dernier ressort les problèmes des jeunes. «Si la place du village grouille de monde aujourd’hui, ce sont en majorité nos concitoyens vivant ailleurs venus passer le week-end dans le village. A compter de dimanche, cette placette deviendra déserte dans la journée et ne recevra que quelques citoyens en fin d’après-midi, qui viendront se détendre pour quelques heures. La mal-vie fait fuir nos jeunes vers les grandes villes du pays ou en France. Ils partent chercher leur bonheur ailleurs car ils savent qu’il n’y aura jamais de perspectives d’emplois ou de loisirs à la mesure de leurs ambitions et qui puissent les retenir dans ce village manquant de tout. Ni terrains de jeux, ni maison de jeunes, ni Internet. Il ne leur reste plus qu’à continuer à flâner toute la journée et rentrer à la maison le soir venu pour regarder la télé avant daller se coucher. Les jours passent et se ressemblent pour eux». Ainsi termina notre guide son récit sur la chronique d’un village perdu au fin fond du pays, loin du regard des officiels. C’est cela le village Tachouaft pour ceux qui ne le connaissent pas… le moderne qui côtoie l’ancien. Le beau paysage qui cache les affres de la vie des résidents.

Les pouvoirs publics peuvent sortir de leur léthargie ses habitants en créant un peu plus d’animation par l’allocation de projets dignes de ce nom à la mesure de fixer une population qui s’exode de plus en plus vers d’autres cieux.

L. Beddar

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