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Les habitants d’Islane veulent revenir, mais…

Ce village d’environ 300 foyers dépendant historiquement d’Ath Illithen existe selon ses habitants depuis 1936.

Le village est situé dans une large cuvette plate à l’ouest d’Illithen, que ne sépare qu’un grand ravin, Assif Assemadh, qui constitue lui-même une limite territoriale entre les communes de Saharidj et El Adjiba. Il fut rasé une première fois en 1959 par l’armée Française. Ses habitants ont été parqués à Illithen où les forces coloniales ont aménagé un centre de regroupement. Depuis, le village a repris de l’essor et une remarquable extension en raison d’une démographie sans cesse grandissante au point d’atteindre les proportions d’un véritable village à part entière avec ses 300 foyers. Islane, dernier village de haute montagne de la commune d’El Adjiba, est étroitement entouré d’une forêt dense ajouté à un relief fort accidenté qui à longtemps servi de refuge pour les hordes terroristes qui ont commencé à infester la région. Les villageois ont dû par mesure de sécurité et la mort dans l’âme l’abandonner une 2e fois en 1999, pour s’éparpiller à travers de nombreux villages sécurisés, tel que Mlaoua, la Crête Rouge, Azakhnoun, et Hagui. D’autres ont été pris en charge par des proches avec cette remarque qu’aucun de ces malheureux réfugiés n’arrive à se stabiliser plus d’une année dans une même résidence. Une stabilité perdue car ces déracinés ne pouvant plus honorer les redevances de la location d’autant plus que l’écrasante majorité sont des agriculteurs qui ont pour seule rente le produit de leur terre. Une terre de laquelle ils se sont séparés par la force des choses. Ce qui donne un aperçu sur leur désarroi et leur précarité sociale, qu’ils ne peuvent surmonter qu’en regagnant leur village et leur terre. Une opération des plus simples sachant que leurs maisons n’ont pas trop souffert et qu’il suffirait de quelques rénovations pour les rendre habitables. Deux contraintes majeures cependant se présentent à ces villageois. Des contraintes qu’ils ne peuvent résoudre d’eux même et qui sont l’aménagement d’une route carrossable et la réfection du réseau AEP.

La route et l’eau font défaut

En effet, l’unique piste d’environ 3 km, qui relie Islane à la route nouvellement goudronnée du village Agouilal, est dans un état de vétusté incroyable et l’érosion l’a rendue carrément impraticable, car réalisée en terre battue. La deuxième contrainte et pas des moindres est l’AEP dont le château d’eau qui reçoit le captage de l’une des plus importantes sources de cette région dénommée Ifri est situé à quelques 800 m. Un captage qui alimente le village Agouilal ce qui souligne de manière claire la nécessité de l’intervention de l’Etat pour permettre à ces réfugiés de regagner rapidement leur village et reprendre leur vie d’antan. Sur place, 4 familles aux revenues modestes ne peuvent louer de logements ailleurs, auraient toutefois déjà regagné les lieux. C’est ce que nous apprendra un père de famille qui continue de souffrir sur ces hauteurs. Ce brave homme affirme que sa femme de 26 ans était morte d’un malaise cardiaque durant la dernière tempête de neige lui laissant un nourrisson de 2 ans. Le temps qu’il demande du secours à partir de son mobile à ses proches qui sont arrivés à pied vers 2h du matin pour l’évacuer, elle a rendu l’âme en cours de route. Sachant que même pas un tracteur agricole n’a pu franchir cette piste. Mis à part l’électricité qui fonctionne, aucun autre moyen d’accompagnement ne vient nous rappeler dans ce village que nous sommes bien en 2012, si l’on fait exception de plusieurs belles résidences. Un tuyau en plastique de mauvaise qualité et tout rapiécé qui traverse le village permet à ces…rescapés des temps modernes d’avoir un peu d’eau potable captée à partir d’une source située à quelques 300 m. Notre interlocuteur dit que les habitants se disputent le débit de cette source aux sangliers qui font en plus des dégâts sur ce tuyau non enterré qu’il faut réparer chaque matin. El Hadj Meddour, 95ans, nous dira que plusieurs tentatives de forages s’avérèrent infructueuses. D’importants vergers composés de vignes, figuiers et oliviers entourent le village et le même vieillard nous apprendra que la vente de la seule récolte de la vigne lui permettait jadis de vivre à l’aise. Les villageois affirment que ces faits relatés ont été rapportés en détail à travers de nombreuses correspondances adressées aux autorités locales, mais qui sont restées jusqu’à présent lettres mortes.

Notons pour conclure que l’ensemble des villageois d’Islane affichent leur vif désir de regagner leur village et qu’une opération spéciale d’accompagnement comme celles ordonnées par le président de la République durant les années

2 000 est plus qu’indispensable pour ce cas de figure et que 300 familles attendent un geste de l’Etat pour mettre fin à leur errance.

Oulaid Soualah

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