Entre gêne et soulagement

La sortie médiatique d’avant-hier du chef du gouvernement au sujet des assemblées locales de la Kabylie n’a fait qu’accentuer le mécontentement des partis politiques concernés par la question du retrait des élus. Ahmed Ouyahia ayant préconisé la tenue des élections partielles en Kabylie, même sans se fixer sur la date, s’est en quelques sorte, précipité sur les intentions politiques des partis. Les réticences affichées par ces derniers ont voulu que le chef de l’exécutif se prononce sur ses prérogatives, où « la loi sera appliquée », c’est-à-dire la dissolution des assemblées élues. Cette option semble ne pas déplaire aux partis de la coalition gouvernementale puisqu’ils seront épargnés d’emboîter le pas au RND, et qui est à leur sens politiquement incorrecte. Hier, la première réaction est venue du FLN par le biais d’une déclaration rendue publique par la kasma de Tizi Ouzou. Ce parti de la coalition qui n’a pas du tout apprécié la démarche du RND veut s’offrir une sortie honorable. « Au moment où tous les citoyens et les médias extrapolent sur le retrait des élus FLN dans la région de la Kabylie en emboîtant le pas au RND n’est qu’une utopie, car le parti FLN est libre et n’a besoin d’aucun protectorat », lit-on dans la déclaration. Le plus vieux parti qui estime que « le problème réel est d’ordre juridique et gouvernemental », n’exclu pas pour autant sa disposition à retirer, ses élus en des termes moins directs : « Le FLN ne ménagera aucun effort à œuvrer pour solutionner cette crise de la Kabylie dans sa globalité définitivement dans le cadre de la réconciliation nationale… », a-t-il indiqué. Si le parti de Belkhadem ne peut constituer l’anicroche à la démarche du chef du gouvernement qui vise à appliquer l’accord signé avec les archs, notamment sur la sixième incidence, il n’en est pas de même pour les autres partis non représentés au sein de l’exécutif. La réaction colèreuse du FFS aux propos tenus par M. Ouyahia est on ne pet plus claire sur la position de ce parti opposant, intraitable avec le Mouvement citoyen. Ayant déjà exprimé son refus à l’idée du retrait de ses élus lors du conclave qu’ont tenu ces derniers mardi dernier, le FFS considère que le recours à la loi pour « révoquer » les élus est « une forme de coup d’Etat ». Moins acerbe dans ses propos, M. Tazibt membre de l’exécutif du parti des travailleurs pense que « les élections partielles ne peuvent constituer un début de solution mais plutôt elles concourent à son aggravation ». Plus loin, M. Tazibt que nous avons contacté hier plaide pour la réorganisation des élections globales et générales à l’échelle du pays. Le parti de Louiza Hanoun qui siège avec 130 élus aux APN et 21 députés dont 5 en Kabylie, ne s’érige pas, à vrai dire, à l’opposé de la décision du chef du gouvernement. Sauf que le PT ne rate jamais d’occasions politiques pour promouvoir sa préférence aux « solutions globales ». Quoi qu’il en soit, il s’avère que les agitations des partis politiques concernés par « révocation » des indus élus n’est qu’une expression de scène où chacun se doit de justifier sa présence sur l’échiquier politique. Aussi, il n’est pas aisé pour ces formations de faire leur mea culpa au sujet de leur participation aux élections les plus contestées dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Actuellement, il n’y a que le chef du gouvernement qui la reconnu publiquement lors du point de presse d’avant-hier, la non-représentativité des assemblées populaires communales. Car, a-t-il expliqué, dans certaines municipalités le nombre de votants a été inférieur au nombre de candidats. Il est vrai que cette déclaration officielle est venue très en retard puisqu’elle intervient après 30 mois de la tenue de ces élections fortement contestées, mais elle mérite d’être évoquée au risque d’affecter les prochains processus électoraux.

M. A. T.