Le mercure a, à l’évidence, réussi là où les pouvoirs publics ont lamentablement échoué.
En effet, le coup de folie du thermomètre, qui taquine ces dernières semaines, les 40°c, a ramené la mercuriale du poisson à des cours raisonnables : pas plus de 100 DA le kilo de sardine, en cette première quinzaine du mois de juillet à Sidi Aïch. Cependant, ce don de la mer, qui de par sa fragilité s’abîme rapidement, est vendu comme une vulgaire marchandise. On a vraiment franchi les limites, car on ne se contente plus de faire l’impasse sur l’indispensable chaîne de froid. Le produit pélagique est exposé à des heures tardives de la journée, à même le sol, à la portée de la poussière et au milieu de toutes sortes d’impuretés. Pour lui donner une fallacieuse apparence de fraîcheur, ces margoulins aspergent régulièrement d’eau une marchandise qui fleure bon l’ammoniac, dans des packagings chamarrés, qui n’ont rien d’alimentaire. Nous sommes à mille lieues de l’odeur fraîche, rappelant celle des marrées. « Un poisson frais devrait, en principe, avoir la peau brillante, la chaire ferme et élastique au toucher, les écailles adhérentes et les branchies de couleur rouge, ce qui est rarement le cas, loin s’en faut », nous dit un jeune père de famille, qui refuse d’endosser le rôle peu ragoûtant de dindon de la farce. « Un produit en décomposition ne se vend pas à prix cassé il se jette à la poubelle », clame-t-il, sentencieux. « Les services de contrôle devraient descendre de leur piédestal pour protéger la santé du consommateur dont ils ont la charge, car au train où vont les choses, nous courons tout droit vers de graves toxi-infections », alerte un autre citoyen de Sidi Aïch, rencontré aux abords du marché hebdomadaire.
N. Maouche

