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Akli Yahiatène enchante le public !

Akli Yahiatène fit une entrée triomphale sur scène, dans une salle archi comble de la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, dans la soirée de samedi dernier.

Il y avait toutes les générations, des familles entières, car Akli Yahiatène s’écoute en famille. Même les escaliers étaient occupés. On s’y déplaçait difficilement. C’est dire que le chanteur des Ath Mendès (Boghni) est très estimé. Du haut de ses 76 ans ou plus, il n’a pas perdu de son aura et sa voix était puissante. Durant 2h et demie (23h 1h30), Dda Akli, gratifia les spectateurs de ses plus belles chansons. Dès l’entame, il dit : « Bonsoir à tous ceux qui nous écoutent ! Ils sont invités à un voyage à travers toute la Kabylie, tels des pigeons voyageurs. Nous passerons des moments de joie. Nous oublierons, pour un moment, nos peines ». « Acah! Acah ! » (Tant pis et bien fait pour moi !), une chanson qui nous ramène en arrière, dans la vie du chanteur, comme ce jour où il fut contraint de quitter son village pour voler de ses propres ailes. Il se jeta dans les méandres de la vie, lui jeune adolescent ne savant pas nager, dans une mer agitée. S’avancer, c’est la mort certaine, reculer, c’est la terrible humiliation au village : « Je me débats contre les vagues / Si j’avance, c’est la mort sans aucun doute/ Si je recule, c’est pire que le premier sort / Je ne pourrais supporter les humiliations des villageois! ». Puis le chanteur change de volet et propose aux présents de survoler les montagnes avec : «Ay i Dhourar ». Il chante les montagnes enneigées qui constituent un lieu de ressourcement, de détente mais aussi de paix et de culture ancestrale, une chanson pleine d’images et de rhétorique. Pour le chanteur, les rencontres d’autan ne sont plus possibles : « Elles faisaient des jaloux. Aujourd’hui, nous vivons une sale période, parmi les vautours! » . « Win N batu i dha tah elil ?» (Où passer la nuit ?) a fait remonter la température dans la salle, où les jeunes s’adonnèrent à des tours de danse. Le chanteur lui-même esquissa quelques mouvements sur scène sous les applaudissements du public. Il enchaîna avec “ A Tharemant “ (Oh grenadier), cet arbre fruitier très répandu dans nos vergers, planté arrosé surveillé tel un bébé jusqu’à sa maturité les paroles reprises en choeur par la salle. “ Zrigh Zin di Michelet “ a emballé la salle. Elle met en relief la beauté et le charme des filles de l’ex Michelet (actuelle Aïn El Hammam), en les comparant à ceux de la nature et des montagnes majestueuses. Le chanteur offre à son aimable public un long voyage à travers la Kabyle, embellie et joyeuse en dépit de tous les tracas, en passant par El Kseur, Yemma Gouraya, la rêveuse, pour revenir à Ath Mendès (son village natal) et remonter à Thala lGuilef, partir jusqu’à Alger où il visita l’ensemble des villes et quartiers, la Casbah entre autres. “ AXXAM” (La maison) est la chanson à écouter avec attention, sa portée, son message sont importants. Le chanteur demande les raisons de la douleur de cette maison (Une maison qui réunissait, dans le temps, toute la famille sous le règne des vieux). Avec les années, la vie moderne, les exigences de la vie, l’exode rural, la maison se vide, se détériore et pleure son sort). « El Menfi » est chantée en coeur par des centaines de voix de jeunes qui en connaissent chaque mot, service national oblige. Il enchaîne avec “ El Alam” (L’emblème national), “ Si El Hocine” et “ Jahagh bezaf dha méziane” (J’ai quitté trop jeune le pays), cette dernière parlant de lui, comme de tout autre personne de son âge, ayant vécu dans les mêmes circonstances, dans les mêmes conditions. Il n’a pas rencontré de bons conseillers, qui l’auraient orienté dans un pays étranger. Mais le souvenir de la misère et la conviction de travailler pour secourir les parents laissés au bled le hantait. C’est pourquoi, il a réussi, malgré l’exil ! Il est à signaler qu’Ahcène Ath Zaïm a fait la première partie de cette soirée, en livrant au public ses chansons sentimentales. Slimane Belharet, poète et animateur de“ Paroles aux artistes” a descendu en flammes les jeunes qui se disent chanteurs en piratant les oeuvres des autres artistes. Il n’épargne pas l’ ONDA qui laisse faire et ferme les yeux sur cette situation qui devient critique et détruit les oeuvres originales.

Arous Touil

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