(3e partie et fin)
Après neuf mois la jeune épouse met au monde un garçon, le jeune prince fête l’événement. Quelques mois plus tard, il est envoyé par son père pour régler un conflit, la mission doit durer une année et il ne peut refuser. Avant de partir il appelle son plus fidèle serviteur, et lui recommande de veiller sur sa femme et sur son fils, comme sur la prunelle de ses yeux. Les premiers temps le serviteur s’occupe convenablement de sa famille, mais quelques mois plus tard, il change complètement d’attitude.Un jour, en entrant dans la demeure du prince héritier, il trouve la femme en train de donner à téter au petit, les yeux injectés de sang il s’approche d’elle et regarde avec haine le bébé, devinant sa pensée elle lui dit :- F-oud’em n-RebbiVaâd’ felliDjity nek d-mmi !(Par la grâce de Dieu éloigne-toi de moi et de mon petit !)se faisant de plus en plus menaçant, le serviteur se saisit du petit et lui écrase le crâne contre un pilier.Craignant pour sa vie, elle supplie le serviteur de l’épargner, mais ce dernier s’apprête à la tuer. Sur le point de mettre à exécution son projet, profitant d’un instant d’hésitation du meurtrier, elle s’enfuit par une porte dérobée. Lui ayant échappé elle sort du palais et se réfugie dans un autre pays gouverné par un Ag’ellid’ (roi) ami de son père et de son beau-père.Pour ne pas être reconnue elle s’habille en homme et s’arrange pour faire partie du personnel travaillant à la cuisine du palais.Très vite remarquée par les multiples plats mijotés, “il” devient en quelques temps le cuisinier attitrée de l’Ag’ellid’.Après le retour du pèlerinage de son père, l’Ag’ellid’ chez lequel elle est employée invite son beau-père et son mari qui ramènent avec eux le serviteur chargé par le prince héritier de veiller sur elle et sur son petit. La jeune fille déguisée en homme-cuisinier se charge elle-même de servir aux invités un couscous garni de plusieurs viandes. Dès que son père goûte au couscous il dit :- Sek’sou agiAts ghiledh d’-illiIth issouben assagi(Ce couscous on dirait que c’est ma fille qui l’a préparé !)Prenant la parole l’Ag’ellid’ dit à son tour :- Amid’ats illi-k’ agi ?(Et ta fille elle est où ?)- C’est une longue histoire à raconter. Je l’ai faite assassinée par son propre frère à cause de oui-dire.En entendant cela, la jeune fille déguisée en homme, enlève sa coiffure laisse tomber sa magnifique chevelure et dit :- G’ma our iyi nghi araAqlin daD’nek ay d’illi-k’ a vava !(Mon frère ne m’a pas tuée, je suis ici papa c’est moi ta fille !).L’assistance est ébahie par une telle révélation. le père est courroucé par l’attitude de son fils qui ne lui a pas obéi. Son mari est heureux de la retrouver, seul le serviteur est dans tous ses états. En présence de tous les invités, la jeune femme prend la parole et raconte sa malheureuse histoire et incrimine l’imam à l’origine de tous ses déboires. Après elle c’est son frère qui parle et qui dit :- Père, effectivement je ne t’ai pas obéi, quand tu m’as dit de la tuer, car après m’avoir raconté les faits, en mon âme et conscience, j’ai jugé qu’elle était victime de calomnies. M’ayant convaincu de son innocence je l’ai épargnée et je lui ai conseillé de quitter le pays.- Père, telle est la vérité lui dit sa fille.Continuant son récit, elle incrimine aussi le serviteur félon, se voyant découvert celui-ci essaye de prendre la fuite, mais peine perdue pour lui, de son sabre son mari lui tranche la tête avec un coup bien ajusté. Par ce geste il vient de venger la mort de son fils. Quant toute l’histoire est tirée au clair, et que tous les malentendus se sont dissipés, toute la famille est de nouveau réunie. Il ne reste plus que l’imam à tuer, ce qui est fait dès le retour au pays. Les retrouvailles furent fêtées durant sept jours et sept nuits.“Our kefount eth’houdjay i nou our kefoun ird’en tsemz’ine. As n-elâid’ anetch ak’soum ts h’em’zine ama ng’a thiouanz’iz’ine. » (Mes contes ne se terminent, comme ne se terminent le blé et l’orge. Le jour de l’Aïd, nous mangerons de la viande avec des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes).”
Benredjal Lounès
