Le cadre de vie réclame une politique pérenne et cohérente – Des campagnes, faisons table rase!

Le actions de nettoyage de rues, de quartiers et de villages entreprises ces jours-ci en Kabylie et à l’échelle nationale font suite à une situation de pourrissement- le mot est d’abord pris au sens propre, puis au sens figuré- qui, le moins que l’on puisse dire, jette de lourdes interrogations sur le civisme, les valeurs de l’éducation et le niveau de culture des populations. Le pourrissement a fait que le territoire de la Kabylie, de la côte d’Azeffoun aux sommets des Bibans, et de Boumerdès à Kherrata, a subi un maillage en règle en matière de décharges sauvages. Aucune colline, aucun vallon, aucun quartier n’a été épargné par une accumulation d’ordures ménagères, de gravats et de divers détritus. Les habitations sont partout encerclées par ces amas méphitiques qui fument tout au long de la saison chaude. L’incinération sauvage de dépotoirs…sauvages constitue pourtant un danger réel pour la santé. Les témoignages des habitants d’Oued S’mar et les cas de graves maladies qui y sont relevés ne laissent aucun doute sur les conséquences néfastes de l’ancienne décharge, aujourd’hui délocalisée. L’ancien site sera dédié à un espace vert exubérant; mais le nouveau site, celui de Ouled Fayet, a trouvé plus d’opposants et d’adhérents, si bien que le ministère de l’Environnement trouve beaucoup de difficultés pour implanter la nouvelle décharge. L’actuelle campagne de nettoyage tombe dans un moment où les populations ont bu le calice jusqu’à la lie. Toutes les modestes tentatives-de citoyens éclairés ou d’associations- d’intervenir sur le cours des choses, se sont malheureusement avérées vaines. Le constat est pourtant fait par n’importe quel quidam. Au détour d’une route départementale, sur la bordure d’un chemin vicinal, sur le trottoir d’une cité au pied d’un bâtiment, sur les terrains vagues de campagne et, extrême paradoxe, en plein massif forestier, des monticules se forment et se fortifient chaque jour comportant déchets ménagers, rejets de certains ateliers mécaniques, gravats issus de chantiers de démolition et des chapelets verts de bouteilles de bière. Dans les milieux censés être les plus protégés (berges du barrage de Taksebt, rives de la retenue collinaire de Oued Falli, Parc national du Djurdjura, berges et lit de l’oued Soummam à Sidi Aïch comme El Kseur,…), la nature a été dénaturée, foulée au pied et abâtardie. Depuis la nomination du gouvernement Sellal au début du mois de septembre, l’action de nettoyage de l’environnement et de la consécration de l’hygiène du milieu revient comme un leitmotiv au niveau des directions de wilaya et des collectivités locales. Il faut souligner que l’initiative, même si elle est issue du constat général, n’est pas venue d’en bas, c’est-à-dire des assemblées communales, des associations ou des comités de village. Encore une fois, l’autonomie d’initiative des populations, via ses associations ou ses représentants de quartiers/villages, vient d’être surprise en flagrant délit de défaillance. C’est une question fondamentale qui doit intéresser les sociologues et les hommes de culture. Ils gagneront à se pencher sur cette  »lassitude citoyenne » qui a livré l’environnement aux errements les moins attendus. Cependant, cela n’exonère pas les pouvoirs publics de leur responsabilité laquelle se situe à plusieurs niveaux. D’abord, par l’absence remarquée dans plusieurs cités de poubelles (fixes ou amovibles). À supposer même que des actes de vandalisme viennent à mettre à néant les efforts des collectivités par le vol ou le saccage, rien n’autorise ces services à abandonner la tâche. La disponibilité des camions-décharges, le rythme de leurs rotations et les horaires de leur passage pour la collecte des ordures sont aussi des prérogatives des pouvoirs publics. Reste l’éducation des populations aux actes civiques qui fondent la culture de l’homme moderne et la culture de la citoyenneté. L’école, les médias publics et privés, la mosquée, les associations ont une lourde charge qu’ils ne peuvent pas prétendre avoir assumé correctement jusqu’à ce jour. Lorsque le cadre pour un milieu propre est tracé pour la ville ou le hameau (réseau ce collecte d’ordures, maillage des cités par les poubelles, décharges bien situées et contrôlées,…), lorsque le civisme est cultivé chaque jour par un travail incessant de sensibilisation, les campagnes de nettoyage, telles celles menées depuis le début de septembre, n’auront probablement plus lieu d’être. Le cadre de vie en général- dans ses composantes plus complexes (recyclage des déchets, installation de jardins publics et d’espaces verts, prise en charge des impacts environnementaux de projets industriels,…)- relève d’un ministère dont les missions sont fort étendues: Environnement, Aménagement du territoire et Ville. Ce département est confié depuis le remaniement ministériel du 4 septembre dernier, à Amara Benyounès, secrétaire général du MPA. C’est une lourde charge dans l’étape actuelle du développement du pays, où le gouvernement cherche à se réapproprier l’initiative en matière de rationalisation de l’occupation de l’espace et d’exploitation des ressources, et en matière aussi d’installation d’un environnement sain qui réponde aux aspirations des Algériens.

A. N. M.