Rencontré dans son bureau, M. Triki, directeur adjoint de l’EHS Tassadit Sbihi expliquera que « ces dernières années, l’établissement a atteint ses limites » en matière d’accueil. « Les naissances augmentent d’année en année. En 2005, nous avons enregistré prés de 4000 accouchements. Alors que de 2009 à aujourd’hui, nous avons atteint le seuil de 10 000 accouchements par an. Notre établissement a enregistré ces dernières années, prés de 14 000 admissions par an, tous services confondus ». Il dira également : « Nous sommes constamment sous pression. Nous exerçons dans des conditions à la limite du supportable, surtout aux moments des pics, durant la saison estivale, où notre établissement enregistre le plus fort taux d’accouchements. Nous exerçons dans des conditions hors normes, car lorsque vous faites une moyenne de 45 à 50 accouchements en 24h, tous les spécialistes à travers le monde diront que nous sommes fous. Mais je tiens à préciser que nous n’avons pas le droit de dire à des patientes qu’on ne pourrait pas les prendre. Dans le cas contraire, le citoyen va mal le prendre car, pour lui, c’est un établissement public et personne n’a le droit de lui refuser l’accès». M. Triki précisera que « vous avez beau expliqué qu’il n’y plus de places et que la structure est saturée, les gens vous font la sourde oreille. Certains vont jusqu’à partir et laisser leurs femmes dans la salle d’attente. Et puis il y a cet aspect humain qui prend le dessus, malgré que quand l’établissement est saturé nous ne pouvons rien faire. Nous ne pouvons pas prendre de risques en faisant sortir une femme qui vient d’accoucher pour permettre à une autre de prendre sa place ! Et si, suite à cette décision, la parturiente a des complications, nous serons les seuls à blâmer et les seuls qui seront pointés du doigt », a-t-il précisé. « Avec 72 lits disponibles, on se retrouve, au minimum, avec une moyenne de 120 patientes par jour. Donc, nous fonctionnons à 170% de nos capacités », expliquera M. Triki. « Nous avons cinq tables sur lesquelles se font les accouchements simultanément, c’est insuffisant pour le nombre de parturientes que nous recevons.
Le manque d’oxygène, l’autre préoccupation
Il précisera également qu’outre ce problème de capacité d’accueil, l’établissement souffre d’un autre problème, encore plus grave, à savoir l’oxygène. « Nous sommes contraints de faire deux navettes quotidiennes entre Tizi-Ouzou et Réghaïa pour nous approvisionner en gaz médicaux. Mais malheureusement, nous n’avons droit qu’à de petites quantités. Nous voudrions installer une cuve de stockage, mais pour réaliser cela, il faut réunir plusieurs conditions, ce qui nous prendra au minimum une année. Avec le problème des bouchons que connait la route reliant Tizi-Ouzou à Réghaïa, si je n’ai pas d’oxygène, cela peut être fatale pour nos patientes. Dans ce cas, si malheur arrive à l’une d’elles, croyais-vous qu’on le pardonnerait ? », assène M. Triki
Propos recueillis par S. B.
