Le parent pauvre

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A partir de cette année, l’annexe universitaire de Bouira, qui relevait du centre universitaire de Boumerdès, accéde au rang de centre universitaire autonome. Un grand soulagement pour les étudiants et surtout les étudiantes de la wilaya qui étaient, jusqu’à l’année passée, obligés d’aller s’inscrire à Alger, Tizi Ouzou ou Blida.Un étudiant en droit fait cette remarque : “Pour moi, une ville universitaire s’observe d’abord sur les vitrines de ses librairies ; à Bouira, comme vous le constatez, c’est la dèche!”. En effet, en visitant les librairies de la ville, depuis l’ex-ENAL jusqu’à la plus récente, rien n’indique que la cité abrite réellement un établissement d’enseignement supérieur. Le gros des rayons se compose de trois catégories d’ouvrages : la cuisine, la religion et le parascolaire. Lorsqu’il y a une petite “incursion” dans le domaine scientifique, il faut la chercher dans la spécialité informatique, dont les manuels sont généralement destinés aux agents de saisie et aux techniciens formés dans le domaine. Le peu d’ouvrage en médecine que compte la librairie de la place centrale sont des encyclopédies de la famille sans grande portée universitaire. Un vendeur de librairie justifie l’absence d’ouvrages scientifiques par leurs chertés. “Je ne peux, dans ce domaine, travailler que sur commande. Que l’étudiant me ramène les références du livre (titre, auteur et maison d’édition) avec une avance en argent, je me ferais une obligation de le lui procurer à Alger, Oran ou ailleurs. Mais de là à stocker une marchandise dont la vente est hypothétique, je ne saurais le faire. Un traité d’architecture, comme j’en ai vu à Alger, peut coûter jusqu’à 3000 DA. La collection Dalloz spécialisée en droit dépasse les 8000 DA. Je ne peux pas travailler à perte”. Des étudiants nous avouent qu’ils ont souvent recours à la photocopie. Lorsque le nombre de pages dépasse la centaine, on arrive à négocier un abattement qui ramène le prix d’une copie à 1,50 DA ou 2 DA. La tradition universitaire n’existant pas encore dans la wilaya de Bouira, le “boom” des librairies ne se produira pas de sitôt, d’autant plus que la plupart des étudiants sont issus des zones rurales défavorisées, gagnées par le chômage et la pauveté. Un autre phénomène prend de plus en plus d’ampleur. Il s’agit de la consultation d’Internet dans les cybercafés de la ville. Il arrive que l’on tombe sur une documentation pédagogique de qualité. Une fois le document téléchargé sur un flash-disk, on en fait le tirage chez un copain travaillant dans une administration ou un établissement scolaire. “Il est loin le jour où Bouira aura une vitrine universitaire malgré l’existence d’un centre universitaire”, fera observer un libraire fraîchement installé. “Moi, personnellement, je tire mes recettes du livre parascolaire et des fournitures et accessoires scolaires. Même les classiques de la littérature mondiale que nous présentons en réédition, avec des prix modiques de 150 à 250 DA, ne sont pas beaucoup demandés. Je sais que sur le plan de la culture générale, la télévision a émoussé le désir de lecture. Mais, il ne faut pas oublier que, avant tout, un libraire est un commerçant. Le jour où il ne trouvera pas son compte, il n’aura plus le choix, il fermera”.

Amar Naït Messaoud

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