Le HCA déplore la non-généralisation de la langue

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« Nous allons faire notre travail, au niveau du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) et déposer un dossier au niveau de la commission chargée de la révision de la constitution, car certains disent qu’elle sera prise en compte, même si nous doutons fort de cette possibilité ».

C’est avec cette phrase peu optimiste, que le secrétaire général du HCA, Youcef Merahi, a clôturé son intervention, hier à la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, lors d’une table ronde tenue autour d’un documentaire traitant du sujet. Ce dernier a été projeté dans le cadre de la célébration du 33ème anniversaire du printemps berbère.

« Tamazigh Di Lakul », le documentaire en question, est une œuvre de Mme Kaïssa Aït Hadda. Il met en avant l’évolution de l’enseignement de Tamazight depuis son instauration en 1995 jusqu’à ce jour. Et le constat établi est pour le moins négatif.

Youcef Merahi, SG du HCA, a déclaré lors de son intervention, que « l’avenir de l’enseignement de Tamazight est à la périphérie de la décision politique. Tamazight est orpheline dans son pays, elle n’a pas de statut ». Cette table ronde a aussi été une occasion pour signaler que l’enseignement de Tamazight à travers le territoire national est en perpétuelle régression. Certes, le nombre d’apprenants a connu une véritable avancée, depuis l’entrée de la langue dans l’enseignement, mais les wilayas touchées par cet enseignement a, quand à lui, diminué. L’intervenant affirme qu’actuellement, l’enseignement de Tamazight n’est effectif que dans les écoles de Kabylie. Ainsi, sur les 240 000 apprenants, selon le dernier recensement effectué par son département en 2012, plus de 90% sont concentrés dans les wilayas de Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira. Merahi soutiendra, néanmoins, que certains points positifs sont à souligner. Il affirmera, en effet, qu’en 17 ans d’enseignement, le nombre d’apprenants de Tamazight a, non seulement fait un bond en avant, passant de 37 000, au lendemain de la révolution du cartable, à 240 000 actuellement, mais le nombre d’enseignants a aussi évolué. Le SG du HCA expliquera que ce nombre est passé de 233 en 1995 à 1 427 aujourd’hui, dont la plupart des enseignants sont des licenciés. Un nombre qu’il jugera, toutefois, insuffisant pour enseigner la langue dans toutes les écoles. Il déplorera, toutefois, un manque de volonté de la part des autorités pour l’instauration d’un programme qui va permettre de prendre en charge l’enseignement effectif de la langue à travers toutes les écoles du pays. Ces statistiques, mis en évidence à travers le documentaire de Mme Kaïssa Aït Hadda, même en paraissant positifs, le deviennent moins lorsqu’ils sont étudiés de plus près. Notamment par rapport au nombre de wilayas touchées par l’enseignement de Tamazight. En effet, le nombre de wilayas dans lesquelles la langue est enseignée a, quant à lui, dégringolé. Au tout début, elle était enseignée dans pas moins de 16 wilayas du territoire national. Actuellement, elle ne l’est réellement que dans les trois wilayas citées. « Même au niveau de la capitale, on ne recense que 47 apprenants », affirmera M. Merahi. Le problème de la transcription de la langue, à l’école et dans les manuels scolaires, mis en avant à chaque occasion dans les discours officiels, a aussi été un centre d’intérêt du documentaire, mais aussi des interventions qui ont suivi la projection. Youcef Merahi soutiendra que « chacun l’enseigne avec le caractère qui lui sied », soutenant que ce n’est là qu’un faux problème. Une vision d’ailleurs partagée par les spécialistes, dont les propos ont été mis en avant dans le documentaire « Tamazigh Di Lakul ». Un inspecteur de Tamazight affirmera, de sont côté qu’« il faut laisser le temps au temps, et c’est le temps qui répondra à la question de savoir avec quel caractère Tamazight doit être transcrite et enseignée ». Le SG du HCA affirmera également que l’enseignement de Tamazight fait toujours face à des difficultés d’instauration d’une base réelle pour que la langue ait sa place en classe. Il dira, à la fin de son intervention que, 17 ans après, l’enseignement de Tamazight demeure, malheureusement, toujours « au stade expérimental. Aucune réunion d’évaluation n’a été tenue afin de faire le point sur cette expérience », affirmera-t-il en signalant que « la question de l’enseignement de Tamazight sera soulevée devant la commission chargée de la révision de la constitution ».

Tassadit Ch.

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