En manque de temps de jeu avec Getafe, Medhi Lacen n’est pas satisfait de sa situation. Milieu relayeur, doté d’une belle patte gauche, l’international algérien ne s’imagine pas revivre la même saison l’an prochain. Engagé avec sa sélection dans la course aux éliminatoires 2014, le capitaine des Fennecs porte un regard lucide sur le parcours de cette équipe talentueuse et inexpérimentée. Confidences.
Medhi, alors que vous disputiez 33 matches en Championnat en moyenne depuis votre arrivée en Espagne, vous jouez moins cette saison (17 matches en Liga). Payez-vous votre CAN avec l’Algérie ?
Non, pas du tout. Je jouais la saison dernière avec le même entraîneur. J’ai eu une discussion avec Luis Garcia Plaza, mon coach. Il y a des joueurs avec qui il est plus en confiance. Dans son esprit, je suis plus son troisième numéro 6. Je ne suis pas forcément d’accord, je n’ai rien d’autre à faire que de m’entraîner et d’attendre ma chance.
On ressent de la frustration…
Depuis que je joue au football, j’ai toujours eu cette chance d’être titulaire. Peut-être que certains peuvent accepter cette situation, pour ma part, j’ai du mal. Ici, il y a de grandes chances que le coach continue. Je me vois mal revivre la même chose.
Envisagez-vous un départ ?
Je ne ferme la porte à personne. S’il y a des offres intéressantes qui se présentent, je les étudierai.
Vous êtes franco-algérien, natif de Versailles, et c’est en Espagne que vous vous êtes construit un parcours. La Ligue 1, cela vous tenterait-il ?
Oui, c’est en Espagne que je me suis fait connaître. Je suis arrivé à 20 ans car je n’ai pas pu accéder avec Valence en Ligue 2 en raison de problèmes administratifs. Depuis que je suis ici, la vie me plaît et ma famille s’y sent bien. Maintenant si un bon club français se présente, je suis ouvert.
Après le départ de la génération Mansouri, Vahid Halilhodzic a choisi de vous confier le brassard de capitaine de la sélection algérienne lors de la CAN. Avez-vous hésité à accepter cette charge ?
Je n’ai pas hésité. Au début, j’étais quatrième capitaine. Sur le coup, cela ne veut pas dire grand-chose. Anthar Yahia et Belhadj ont pris leur retraite, Bougherra s’est blessé… Halilhodzic m’a dit : « J’ai confiance en toi, cela fait un moment que tu joues au foot et que tu es en sélection. J’aimerais que tu guides un peu l’équipe ». Madjid Bougherra est encore là. Et quand il joue, il est le capitaine.
Cela n’a pas dû être simple de devenir, à 29 ans, le leader d’une sélection (22 sélections) aussi suivie et qui sortait d’une qualification à un Mondial après 24 ans d’absence…
Oui, ce n’est pas facile de succéder à des Yahia, Belhadj ou Ziani qui ont réalisé des grands parcours avec l’Algérie. Maintenant, j’essaye de montrer l’exemple aux entraînements ou sur le terrain. Maintenant, le coach attend peut-être plus que j’aille vers les autres. Mais du jour au lendemain, je ne peux pas changer mon comportement et devenir un autre homme.
Quelles sont les différences entre l’Algérie qualifiée au Mondial 2010 et demi-finales à la CAN 2010, et cette nouvelle génération symbolisée par le talent de Feghouli ?
Ceux qui étaient là avant ont réalisé des grandes choses en sélection, mais je pense qu’au niveau du talent, il y en a plus maintenant. Ce qu’il avait, et il l’a peut-être un peu moins maintenant, c’est cette âme. Ça courait dans tous les sens et ça taclait… Il faut qu’on récupère cela. Pour le reste, nous sommes une équipe de joueurs de ballon qui aime faire le jeu.
A l’image d’une Côte d’Ivoire souvent malheureuse malgré son armada, en Afrique plus qu’ailleurs, le talent suffit-il ?
Oui, l’expérience est indispensable. A la dernière CAN, dans notre effectif, seuls trois ou quatre joueurs avaient disputé celle de 2010. Nous avons vraiment des jeunes joueurs comme Feghouli, Taïder ou Boudebouz. Dans trois à quatre ans, quand ils auront accumulé du temps de jeu ensemble, l’Algérie fera mal.
Cela signifie-t-il que cette équipe est encore trop tendre pour une qualification au prochain Mondial ?
C’est jouable. On peut aller au Mondial, nous avons l’équipe pour. Nous sommes bien classés. Nos deux prochains matches à l’extérieur seront décisifs. Prendre six points serait le top, et nous permettrait un match nul face au Mali. Mais un minimum de trois points est indispensable, cela nous obligerait à battre le Mali en septembre à domicile.
Justement, les matches au Bénin et face au Rwanda (9 et 16 juin) risquent d’être compliqués. L’Algérie est rarement à l’aise en Afrique noire. Comment l’expliquez-vous ?
Les matches là-bas, ce n’est pas évident. Oui, nous avons une équipe compétitive mais nous jouons souvent à 15h avec des températures très élevées. Si les gens ont du mal à comprendre, les conditions sont dures quand vous n’êtes pas habitués. Je me souviens d’un match perdu en Centrafrique. Au bout de dix minutes, je n’en pouvais plus. Je respirais de l’air très chaud. Ce jour là on aurait dit que c’était la première fois que nous évoluions ensemble. Alors que l’adversaire, c’était le Real Madrid. Croyez-moi, c’était impressionnant. Il faut juste arriver tôt pour s’adapter. A ce niveau-là notre fédération fait un super travail. Toutes les conditions sont réunies pour que nous puissions assurer.
Est-ce une explication suffisante pour masquer un échec ?
Les gens ont peut-être du mal à comprendre, mais il faut vivre ces conditions pour en prendre conscience. Mais derrière cela, il faut juste arriver tôt pour s’adapter. A ce niveau-là notre fédération fait un super travail. Toutes les conditions sont réunies pour que nous puissions assurer. Nous avons des vols privés et arrivons assez tôt pour pouvoir nous acclimater.
Eliminée au premier tour de la CAN, l’Algérie a déçu. Avez-vous été surpris par le maintien de Vahid Halilhodzic ?
J’ai toujours pensé qu’il allait continuer et je ne me suis jamais posé de questions de son départ. Mais j’imagine qu’il a eu des doutes car nous avons été la première équipe à être éliminée de la compétition. Ce fut un coup dur. Le président de la Fédération algérienne de Football (FAF) voulait également continuer avec lui. Et depuis qu’il est là nous avons fait pas mal de bons résultats.
Sauf que vous n’avez jamais encore battu de grosses écuries…
Ce n’est pas faux. Face à la Côte d’Ivoire à la CAN, nous avons fait 2-2 mais le match ne comptais pour plus rien. Au Mali, nous avons mené 1-0 là-bas, nous aurions pu tuer le match, nous ne l’avons pas fait, et derrière c’est vrai qu’ils sont costauds physiquement (2-1 pour le Mali). Je pense qu’il ne nous manque pas grand-chose pour faire un résultat à l’extérieur contre une grosse écurie.
Nourredine Kourichi, l’adjoint de Vahid Halilhodzic, a pris attache avec Jérémie Aliadière pour lui proposer de rejoindre les Fennecs. En tant que capitaine, que penseriez-vous d’un tel renfort ?
Quand je suis arrivé en sélection, cela a énormément discuté sur le fait que je vienne ou pas jouer avec l’Algérie. Je ne suis pas forcément bien placé pour donner mon avis là-dessus. Les joueurs qui ont vraiment envie de venir, d’apporter un plus que ce soit Aliadière ou même Zidane, si il a envie de revenir ou n’importe qui, il sont les bienvenus et libre à eux de faire ce qu’ils veulent.
Pourquoi avez-vous tardé ?
Pour la CAN 2010 où j’avais été appelé j’ai dû rester au chevet de mon épouse qui attendait notre enfant. Pour le reste, le seul regret que j’ai par rapport à la sélection algérienne, c’est de ne pas être venu plus tôt.
A cause de la fantastique ambiance qu’il règne dans le stade de Blida autour de la sélection algérienne ?
Ici en Espagne, ils me font rire. Ils me disent à chaque fois, « on va aller jouer dans une bonne ambiance ». Mais venez jouer un jour au bled, et vous allez voir ce qu’est une bonne ambiance ! Le directeur sportif de Getafe s’est déplacé pour voir le match face au Bénin, il m’a dit « nous sommes arrivés quatre heures avant, et le stade était déjà rempli ». Et c’est comme ça tous les matchs, pour nous, c’est un avantage énorme.
In footafrica365

