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Poésie sur fonds musicaux d’Ahcène Mariche : Une nouveauté

Par Abdennour Abdesselam

Notre poésie, comme d’ailleurs tous les autres domaines de notre culture, que sont le conte, le récit, la chronique, la berceuses&hellip,; se disent et s’écoutent plus qu’ils ne sont imprimés et lus. L’oralité a la peau dure et c’est peut-être mieux ainsi. Ainsi, et sur des fonds musicaux bien arrangés, bien accordés et mis en harmonie avec la thématique de chaque texte, porté par une voix imposante, Ahcène Mariche nous propose une compilation de 24 poèmes sur CD, qui vous aimantent. L’ensemble se transforme en un long récit, tant les textes se suivent et s’imbriquent les uns dans les autres, en une trame captivante. Habituellement, ce sont, seulement, les chansons qui s’offrent de cette manière aux oreilles du public, les poèmes ne sont proposés que sous la seule forme livresque, remplissant les étalages des librairies et attendant longtemps avant d’être consultés. Pour tout support écrit en langue berbère, la marche est apparentée à celle de l’escargot. Le passage de la culture de l’oral à celle de l’écrit n’est en définitif pas systématique. Mais l’initiative d’Ahcène Mariche ouvre de nouvelles pistes. Elle prolonge la vie à l’oralité : une spécialité bien de chez nous. La première réussite de cette nouveauté est ce contact sonore, direct, avec le public qui dépasse la paresse du lecteur toute involontaire qu’elle soit. Assurément, l’écrit n’a pas encore réussi à « détrôner » cette tradition vivante de déclamer. Le pourra-t-il jamais un jour ?! Ce n’est certainement pas pour demain et c’est tant mieux. Dans ce même ordre d’idée, Mouloud Mammeri dans son ouvrage Poèmes Kabyles anciens note très précisément : « Le dépaysement dans le livre leur (les poèmes) enlève toute substance, les prive de tous les harmoniques de la transmission vivante. Le sens épuise la valeur du vers écrit : il est ce qu’il veut dire, comme de la simple prose. Quelque fois aussi, il est vrai, il est ce qu’il suggère. Le vers dit par un homme à des hommes, en des circonstances données, souvent au cours d’un rite où la ferveur de l’attente orchestre et multiplie les réussites de la réalisation, dépasse de partout les limites formelles d’un texte ». C’est dire qu’il y a des domaines et des genres réservés qui ont imprimé leur marque, d’entrée. De nature, avons-nous dit, un poème se récite et avec lui la voix donne le ton, ouvre une destination, trace le sillon du message et capte l’attention de l’auditoire. On ne récite pas un poème, comme cela, avec la raideur d’une voix sèche, cassée ou cassante. Les timbres de la voix donnent de la personnalité aux compositions. Quand il est écrit, un poème se lit à haute voix, directe ou chantonnante, même en soliloque (pour soi-même). L’imposition de la voix ondulée est une caractéristique de toute déclamation poétique dans notre tradition, à plus forte raison avec l’introduction des instruments musicaux modernes et traditionnels, comme l’a si bien fait Ahcène Mariche, car la teneur élève la valeur. Cette nouvelle initiative du poète prolifique par ailleurs est à encourager.  

A. A.

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