Daho Ould Kablia avait annoncé qu’une instruction interministérielle (Intérieur/Commerce) a été adressée aux walis, le 9 mars 2011, pour prendre en charge l’assainissement des activités commerciales informelles.
Deux années plus tard, la situation, même si elle fut plus ou moins maîtrisée au tout début, demeure quasi inchangée au niveau du territoire de la wilaya de Bouira. Un manque à gagner assez conséquent pour le Trésor Public. Avec l’avènement de la décennie noire, le commerce, comme plusieurs autres secteurs, a été rudement touché par les bouleversements qu’a connus notre pays. Les marchés de fruits et légumes, cibles favorites des attentats, n’attiraient plus les foules, les citoyens préférant se fournir en denrées de première nécessité auprès des commerces de proximité. Les us et coutumes des familles, quant à leurs approvisionnements, furent ainsi chamboulés, et cela a conforté certaines personnes qui se sont recyclées dans la vente à la sauvette. Petits commerces, qui se sont au fil du temps agrandis pour devenir des échoppes ayant pignon sur … trottoir. La wilaya de Bouira n’a pas échappé à ce phénomène qui est devenu, par la force des choses, courant et extrêmement difficile à bannir. L’éradication des commerces informels, qui a débuté il y a de cela quelques mois déjà a donné certains résultats qui se sont avérés éphémères. D’après M Hedjal Rachid, chef de service au niveau de la direction du commerce de Bouira, il est difficile d’avancer un chiffre exact quant au nombre exact des personnes qui interviennent dans le commerce informel à travers la wilaya. « Les espaces sont occupés par intermittence par les intervenants dans le commerce informels. Nous réactualisons sans cesse nos données car, d’une journée à une autre, on peut recenser des nouveaux sites et des nouvelles personnes activant dans l’informel. Cela évolue chaque jour. Toutefois, au début de notre enquête, nous avions recensé 38 sites à travers le territoire de la wilaya ». Notre interlocuteur soulignera au passage que sur les 38 sites recensés, 31 ont été éradiqués, et ce dans 19 communes de la wilaya.
Des sites informels persistants
Sur le terrain, force est de constater que la nature a horreur du vide. Les commerçants informels, même s’ils ont abandonné les sites sur lesquels ils exerçaient auparavant, ont vite trouvé d’autres lieux pour fourguer leurs marchandises. Des étalages qui laissent des traces. Les déchets de toutes sortes qui sont autant d’indices prouvant qu’une activité commerciale est pratiquée dans certains lieux. C’est le cas, à la sortie Est de la ville de Bouira, non loin de la bretelle autoroutière reliant la wilaya à Bordj Bou Arreridj. Dès les premières heures de la matinée, des véhicules à usage commercial stationnent sur le bas côté de la RN05. Un véritable petit marché où sont proposés notamment, pommes de terre, oranges, artichauts, tomates, salades, fraises, etc. Autant de produits maraîchers qui laissent, en fin de journée, de grandes quantités d’ordures qui polluent l’environnement. Et si ces déchets sont biodégradables, il n’en est pas de même pour ceux d’une autre activité commerciale en ces lieux : la vente de poules en fin de ponte. Des camionnettes bâchées remplies de gallinacés créent des attroupements monstres sur le bas côté de la chaussée. La vieille ville de Bouira n’est pas non plus épargnée par ce phénomène du marché informel qui s’est éclipsé durant quelques semaines avant de réinvestir le terrain. Idem pour les quartiers populaires de Bouira, où les trottoirs font office de foire à ciel ouvert. Les charrettes de marchands de fruits et légumes occupent hélas beaucoup plus d’espace que les marchés dits de proximité. Marchés où l’hygiène se fait de plus en plus désirer malgré les mesures prises récemment par l’APC de la ville de Bouira pour fermer chaque dimanche le marché de l’ex-gare routière afin de le nettoyer. Mesure dont les résultats ne sont, du reste, pas visibles dans cette enceinte.
Les grandes enseignes pour une alternative ?
Des espaces commerciaux légaux et salubres existent pourtant. Ce ne sont pas les supérettes qui manquent dans la ville, certaines sont des exemples en matière de propreté même si les prix pratiqués sont parfois légèrement plus élevés que dans d’autres commerces dits de proximité. Toutefois et malgré cela, les riverains de ces commerces demeurent assez fidèles car les propriétaires de ces magasins offrent des facilités de paiements aux fonctionnaires qui attendent leurs fins de mois. Système qui fidélise une certaine clientèle. Il existe même un carrefour où hygiène et prix raisonnables font bon marché. C’est le cas de Uno Shopping Center. La grande surface est également un endroit commercial convivial et familial qui fait le plein à longueur de journée et même jusqu’à 22h00. Les autorités de wilaya ont permis à cette enseigne de s’installer à Bouira avec dans l’optique justement de créer des postes d’emploi et de lutter de manière efficace contre le commerce informel qui gangrenait la wilaya. Si pour absorber un tant soit peu le chômage, près de 300 emplois directs ont été créés par ce centre commercial, pour l’éradication du commerce informel, ce n’est, en revanche, pas gagné.Pour les clients rencontrés dans cet hypermarché il est inconcevable d’aller s’approvisionner ailleurs en matière d’agro-alimentaire et de fruits et légumes au vu des normes d’hygiène draconiennes qui sont scrupuleusement respectées. « Nous faisons nos courses pour la semaine et nous prenons le soin d’acheter toutes les denrées nécessaires pour notre famille. Les produits proposés sont sains et ne sont pas exposés toute la journée à la poussière et aux émanations de dioxyde de carbone des pots d’échappements. En plus, nous faisons des économies sur de nombreux produits par rapport aux commerces de proximité », dira une mère famille en compagnie de ses deux enfants avec son caddy plein à craquer.
Hafidh B.

